Nicolas Sarkozy : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

Je n’ai pas de position dogmatique sur ces sujets. Je souhaite évidemment que l’on respecte le principe de précaution, qu’il s’agisse des OGM, de l’utilisation de la biologie de synthèse ou des nanotechnologies. Ce principe de précaution est compatible avec un principe de recherche : nous devons faire confiance à nos scientifiques qui font la fierté de notre pays. C’est à la lumière de leurs expertises que la France doit faire avancer ces sujets.

Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement,  j’ai souhaité que soit inscrit dans la loi une obligation d’organiser un débat public national sur les nanotechnologies. Ce débat a donc été organisé du 14 octobre 2009 au 24 février 2010. Je suis favorable à la continuité de ce débat afin de mettre en lumière toutes les problématiques relatives aux nanotechnologies.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

La maîtrise des particules de dimensions nanométriques (dimensions de l’ordre du milliardième de mètre) et de leurs propriétés représente en effet des enjeux très importants de compétitivité et d’innovation.

Les potentialités des nanotechnologies dans des domaines aussi essentiels que la santé, la protection de l’environnement, l’énergie ou les technologies de l’information et de la communication en font un champ de recherche et d’innovation majeur, en France comme au niveau international.

Je souhaite donc que la France puisse continuer ses recherches et le développement de ces nouvelles technologies.

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amiante, impact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

Suite au débat public que j’ai souhaité organiser, nous avons pris un premier engagement afin de développer la recherche publique en toxicologie et écotoxicologie, ainsi qu’en métrologie (mesures des particules émises et des expositions) et en analyse « bénéfices-risques » sur l’ensemble du cycle de vie des nanomatériaux. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sera chargée de mettre en place une «méthodologie adaptée d’évaluation des risques des produits», et avec l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), une méthodologie d’analyse des impacts socio-économiques adaptée aux nanomatériaux.

Je souhaite que soit avant tout appliquer le principe de précaution sur les nanotechnologies. Nous devons saisir toutes ses opportunités technologiques tout en respectant la santé de nos concitoyens.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

L’audiovisuel public a déjà un devoir de qualité dans les émissions qu’ils diffusent. J’ai une totale confiance en la qualité de notre service public qui parvient à marier habilement information, débats et divertissements.

Internet est une formidable porte ouverte sur le monde et sur le savoir. A chaque seconde, des millions de contenus, accessibles partout et à tous, sont publiés sur le Web. Mais ce n’est qu’un outil. Le foisonnement des données de toutes natures, dont rien ne garantit a priori l’exactitude nous met face à un défi majeur. Nous devons former nos concitoyens, dès l’école, à utiliser cet outil et à reconnaître une information viable d’une autre non fondée.

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