Votons pour la science

Parlons d'avenir. Parlons de science.

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy : Mini bio et équipe de campagne

Nicolas Sarkozy, président de la république de 2007 à 2012, se présente à sa propre succession sous l’étendard de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Avocat de formation, il a occupé notamment les fonctions de ministre du budget, ministre de l’intérieur, et ministre de l’économie et des finances.

Les personnalités associées aux thématiques de « Votons pour la science » à l’UMP sont Valérie Pécresse (ancienne ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche), Laurent Wauquiez (actuel ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche), Luc Chatel (ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative) et Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement).

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Nicolas Sarkozy : « Modes de décision » en matière scientifique et familiarité du candidat avec la science

L’agenda scientifique et politique se construit à partir de sujets médiatiques, enjeux émergents, questionnements propres à la culture du parti et exercices de prospective stratégique.

>> En ce qui vous concerne, comment définissez-vous les sujets à traiter en priorité en matière de science et technologie ?

Comme je l’ai montré lors de ce premier quinquennat, je n’ai pas la prétention de fixer depuis l’Elysée l’agenda des priorités de la recherche. Le politique doit donner une impulsion, des orientations ; il peut rappeler les attentes et les espérances de la société par rapport à la science. Mais la « planification » politique des projets scientifiques appartient à une autre époque et à d’autres pays.

Avec la LRU votée en 2007, nous avons voulu faire confiance au monde de l’université et de la recherche, qui disposent enfin d’une véritable autonomie.

La logique que nous avons mise en place avec l’agence nationale de la recherche et dans le cadre des « investissements d’avenir » est fondée sur des appels à projets évalués par des jurys internationaux impartiaux et reconnus pour leur excellence. C’est à mon avis la meilleure façon de procéder.

>> À partir de quoi construisez-vous vos positions et propositions sur les sujets à caractère scientifique ? Vous reposez-vous sur une culture ou formation personnelles, sur la presse spécialisée, sur les médias traditionnels, sur des conseillers spécialisés (précisez leur parcours), sur un dialogue direct avec des scientifiques, sur l’opinion publique, sur les rapports d’experts, sur les arguments d’associations ou entreprises ?

Je n’ai pas de formation scientifique et quand bien même ce serait le cas, le champ de la science est aujourd’hui si vaste et a atteint un tel niveau de complexité que personne ne peut plus se faire un avis en s’appuyant sur sa seule culture personnelle. Il faut donc consulter en permanence les spécialistes de chaque sujet. C’est ce que je fais en tâchant de rencontrer et d’échanger très régulièrement avec de grands scientifiques, dans tous les domaines.  En outre, à mon cabinet à la Présidence de la République, j’ai appelé à mes côtés un grand pédiatre et généticien, le professeur Arnold Munnich, qui est mon conseiller pour la recherche. L’économiste Bernard Belloc, ancien président de la Conférence des Présidents d’université, me conseille également sur l’enseignement supérieur.

Au cours de mon quinquennat, j’ai également multiplié les visites et déplacements dans les centres de recherche – qui me permettent de me familiariser avec le travail des scientifiques au quotidien et de mieux saisir les enjeux concrets de leurs expériences.

Je crois beaucoup dans ces domaines au croisement des expertises, qui permet de se forger un point de vue politique. Avec le Grenelle de l’Environnement, nous avons montré notre capacité à faire travailler ensemble sur des sujets techniques ou scientifiques des personnalités venues de tous horizons (acteurs associatifs, scientifiques, partenaires sociaux…).

>> Qu’attendez-vous comme type d’information pour commencer à former une politique : des conclusions définitives, une vue d’ensemble de la situation, des pour et contre… ?

Pour tout ce qui engage la sécurité des personnes, il va de soi que nous dépendons entièrement de l’avis des experts et qu’en l’absence de certitude scientifique sur le caractère non dangereux de tel ou tel projet, nous devons y renoncer. Mais toutes les questions ne sont pas aussi tranchées. J’écoute tout le monde et j’essaie également de prendre des avis à l’étranger – rappelez-vous le rapport que j’avais demandé au prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz sur la nouvelle façon de mesurer la croissance.

Tous les points de vue m’intéressent, mais je confesse une préférence pour ceux qui cherchent des solutions nouvelles, qui ouvrent le champ des possibles. Les « experts » qui vous expliquent pourquoi c’est compliqué et qu’il est urgent de ne rien faire, très peu pour moi…

Et je voudrais rappeler une chose : à la fin, c’est toujours au politique que revient le dernier mot : parce qu’une décision politique n’est pas réductible à la conclusion d’un raisonnement scientifique, c’est toujours un choix, qui repose sur la conception que l’on se fait de l’intérêt général. « Dans quelle société voulons-nous vivre ? » : à cette question, la science ne peut pas répondre.

>> Comment décririez vous le rapport entre le monde de la science et celui de l’action publique ? Avez-vous suffisamment accès aux informations nécessaires voire au acteurs concernés ? Que proposeriez vous pour faire évoluer ce rapport ?

En France, il y a traditionnellement une méfiance réciproque entre les deux mondes, celui de la science et celui de la décision. Les scientifiques soupçonnent souvent, davantage qu’à l’étranger me semble-t-il, le « pouvoir » de vouloir les « instrumentaliser ». Quant aux politiques, ils sous-estiment souvent, par ignorance et par méfiance, tout ce que la science pourrait leur apporter. J’ai souvent déploré le fait que la politique ne s’appuie pas davantage sur l’immense apport des sciences afin de guider nos choix, afin d’ouvrir des perspectives nouvelles, afin d’alimenter nos réflexions.

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Nicolas Sarkozy : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Le choix du nucléaire comme choix stratégique pour notre pays a été décidé après la seconde guerre mondiale par le Général de GAULLE et amplifié après le choc pétrolier en 1974. En effet, dans un contexte d’augmentation sensible des prix de l’énergie, la France a souhaité devenir indépendante en matière électrique et ne pas dépendre de produits fossiles (charbon, pétrole, et gaz) dont les ressources étaient en diminution.

Le nucléaire est devenu un pilier de notre politique énergétique puisqu’il garantit à la France un taux d’indépendance énergétique de 50 % et qu’il assure 78 % de notre consommation d’électricité. Il nous permet d’avoir une électricité 35% moins chère que la moyenne des autres pays européens, ce qui bénéficie au pouvoir d’achat des Français et à la compétitivité de nos entreprises.

La France peut être fière du résultat produit par son programme nucléaire : plus des trois-quarts de l’électricité consommée en France est d’origine nucléaire et l’électricité elle-même représente 42% de l’ensemble de l’énergie consommée. Combiné au développement des énergies renouvelables, notre parc nucléaire nous offre une indépendance énergétique hors normes : alors que le taux de dépendance aux énergies fossiles est de 90% dans le monde et 80% en Europe, il s’élève à seulement 50% en France.

Je souhaite rappeler que le nucléaire représente pour la France 410 000 emplois, dont 125 000 emplois directs, que nous devons prendre en compte dans le développement de notre politique énergétique. S’écarter du nucléaire, c’est aussi menacer ces emplois.

Par ailleurs, s’écarter du nucléaire, ce serait mettre en péril les résultats exceptionnels de la France en matière de réduction des émissions de CO². Notre pays se classe en troisième position des Etats de l’OCDE les moins émetteurs de CO², avec 8 tonnes par habitant et par an (contre une moyenne de plus de 12t en Europe).

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Notre engagement dans le nucléaire n’empêche pas la France de mener une politique ambitieuse en matière de développement des énergies renouvelables. Les énergies renouvelables connaissent un très fort développement, qui doit se poursuivre car elles représentent véritablement une solution de croissance énergétique durable s’inscrivant dans nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Elles représentaient ainsi, en 2010, 13% de la consommation d’énergie, contre 10% en 2007. Et le Grenelle a fixé un objectif de 23% à l’horizon 2020. Le parc éolien a déjà triplé et le premier appel d’offres éolien offshore a été lancé le 11 juillet 2011 pour 3000 MW de capacité. La filière photovoltaïque a, elle aussi, connu un développement sans précédent : le parc installé aujourd’hui représente 18 fois celui existant en 2007 et dans 10 ans, les panneaux installés représenteront au moins deux fois l’objectif initial du Grenelle.

Grâce à notre mix énergétique et à notre électricité issue de l’énergie nucléaire, la France fait donc partie des pays les moins pollueurs. En outre, pour un euro dans la recherche sur le nucléaire, un euro est désormais investi dans la recherche sur les nouvelles technologies de l’énergie (renouvelables, smart grids, bâtiments intelligents, véhicule électrique). Les investissements d’avenir consacrés aux énergies renouvelables, 1 milliard d’euros pour des instituts d’excellence dans les énergies décarbonées et 1,35 milliard d’euros pour des démonstrateurs énergies renouvelables et captage et stockage de CO2, abondent également dans ce sens.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Je souhaite poursuivre notre politique énergétique qui lie compétitivité et respect de l’environnement. C’est grâce à notre indépendance énergétique que nous pouvons aujourd’hui attirer les grandes entreprises sur notre territoire mais également préparer les transports de demain comme la voiture électrique.

Les grands acteurs ont bien évidemment un rôle important dans cette politique énergétique et dans la recherche de nouvelles sources de production.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Nous devons garder une large part d’énergie nucléaire tout en continuant de développer les énergies renouvelables. Sortir du nucléaire au moment où la France en a le plus besoin est dangereux pour notre indépendance énergétique et pour le pouvoir d’achat des Français.

Bien évidemment, la sûreté de nos installations est un impératif non négociable. Les industriels français offrent aujourd’hui le plus haut niveau de sûreté au monde, lui permettant de bénéficier d’une expertise reconnue. Cette politique de sûreté est fondée sur le triptyque : responsabilité des exploitants, indépendance et transparence de l’organisme de contrôle, excellence de l’expertise technique.

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Nicolas Sarkozy : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Depuis 2007, nous avons engagé dans ce domaine une action sans précédent. C’est l’un des chantiers les plus importants du quinquennat. Les résultats commencent à se faire sentir : malgré la crise, la part de R&D dans le PIB a progressé, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays européens. Les dépenses de R&D ont augmenté de 11% entre 2007 et 2010 et ont atteint en 2010 2,26% du PIB, soit le plus haut niveau enregistré depuis 1996. Les 9 Mds€ apportés au secteur sur la période ont en particulier permis à la France d’atteindre l’un des niveaux d’investissement dans la recherche publique (0,88 % du PIB en 2010) les plus élevés de l’OCDE. De plus, cet accroissement de la recherche publique a eu un clair effet de levier sur les dépenses de R&D des entreprises qui sont aussi reparties à la hausse malgré un contexte économique très difficile: l’intensité de R&D des entreprises a augmenté de 5% depuis 2007 après avoir baissé lors du quinquennat précédent.

Par ailleurs, avec les investissements d’avenir, nous consacrons 35 milliards d’euros à des secteurs stratégiques : l’enseignement supérieur et l’innovation, les industries de demain, les PME, les technologies du développement durable et l’économie numérique.

Le lancement de la deuxième phase des pôles de compétitivité a aussi permis d’investir plus d’un milliard d’euros dans les projets de R&D.

Cet effort de l’Etat doit absolument être poursuivi.

Mais pour atteindre les 3%, nous ne pourrons compter sur les seuls investissements  publics. Il faut donc que le secteur privé, les entreprises, contribuent davantage à la recherche et à l’innovation qu’ils ne le font aujourd’hui. Il faut également renforcer la culture de la coopération entre recherche publique et privée.

Les réformes engagées depuis 2007 ont créé un environnement propice à l’innovation au plus haut niveau mondial.

La réforme du CIR en 2007 a doté la France de l’outil fiscal le plus avantageux et a fait de la France l’un des pays les plus attractifs en matière de recherche et d’innovation. Le CIR permet de démultiplier les coopérations public/privé : depuis 2007, le nombre d’entreprises bénéficiaires du CIR confiant de la R&D à des organismes publics a augmenté de 61%.

Les investissements d’avenir  donnent un coup d’accélérateur à la coopération entre  recherche publique, recherche privée et industries. Les 4,45 Mds€ consacrés à la valorisation de la recherche dans le cadre des Investissements d’Avenir permettront de faciliter les transferts de technologies public/privé, notamment grâce à la mise en place des Instituts de recherche technologique (IRT), des Institut d’Excellence dans le domaine des Energies Décarbonées (IEED), et des Sociétés d’Accélération du Transfert Technologique (SATT).

Le combat pour libérer notre potentiel d’innovation commence à porter ses fruits comme en témoigne la nette reprise des dépôts de brevets (+ 2,9% en 2010) et la montée en puissance de la coopération public/privé (38% des brevets du CNRS sont d’emblée engagés avec un industriel).

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Pour que les PME soient aussi un lieu d’innovation, je m’engage à ce que le crédit-impôt recherche soit avancé aux PME ayant des difficultés de trésorerie, pour éviter que des contraintes de financement ne les bloquent dans le développement de projets innovants.
Je propose également d’engager une simplification réglementaire, dont les PME seront les premières bénéficiaires: pour toute norme nouvelle créée, deux normes seront supprimées.

Enfin, pour dépasser l’opposition PME / grands groupes nous devons favoriser une logique collective de développement économique en conditionnant les aides publiques à l’export dont bénéficient les grands groupes (assurance-crédit COFACE ; prêts concessionnels pour l’essentiel) à des engagements concrets et contractuels pour emmener des PME avec eux sur les marchés mondiaux (mise en contact avec des clients potentiels, soutien administratif et juridique du bureau local du grand groupe). De cette manière, nous développerons une véritable solidarité entre les entreprises françaises au service du rayonnement de notre secteur industriel.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Il n’y a pas à choisir entre les deux options, qui sont complémentaires. Les universités ont vocation à devenir des centres de recherche autour desquelles gravitent tout un écosystème d’entreprises innovantes. C’est un nouveau modèle de croissance fondé sur le savoir qui est en train de prendre forme, à la faveur de la LRU de 2007 et des investissements d’avenir.

Le principal instrument pour renforcer le lien entre recherche et économie, ce sont les sociétés d’accélération des transferts de technologies que nous avons créées. Au nombre d’une dizaine, elles ont été dotées par le « Fonds national de valorisation  » de près d’un milliard d’euros.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

L’innovation doit être soutenue partout sur le territoire. C’est l’une de clefs majeures de la croissance. L’État soutient l’innovation, par des dispositifs fiscaux, des aides directes ou la création de pôles de compétitivité, mais c’est aux entreprises et aux laboratoires de conduire leurs travaux de recherche et de développement comme ils l’entendent. Ce n’est pas au pouvoir administratif de dire aux entreprises ce qu’elles doivent faire. Le rôle des pouvoirs publics est de mettre en place l’environnement le plus favorable possible pour qu’un maximum d’initiatives puissent être développées.

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Nicolas Sarkozy : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l'éducation 2011: Les indicateurs de l'OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Améliorer les résultats de la France à PISA suppose d’engager une profonde transformation de notre système éducatif, qui doit prendre la mesure des changements intervenus dans la société depuis une trentaine d’années et s’adapter à la diversité des élèves qu’il accueille. J’ai fait des propositions fortes en ce sens : développement de l’autonomie des établissements, y compris de l’école primaire ; redéfinition des missions des enseignants et revalorisation de leurs statut ; mise place d’un dispositif de repérage et de traitement de la difficulté scolaire en 3e maternelle et en CP ; passage du collège unique au collège pour tous, etc.
En ce qui concerne les sciences, il me semble essentiel de mettre fin à la suprématie de la série S, et des études scientifiques en général. Cette suprématie conduit en effet les élèves à choisir un parcours scientifique pour de mauvaises raisons (se retrouver avec « les meilleurs ») et à se détourner ensuite des sciences par la suite. Nous devons susciter au contraire des vocations de vrais scientifiques – dont nous manquons cruellement aujourd’hui.

C’est l’un des objectifs de la réforme du lycée général entrée en vigueur à la rentrée 2010 (premier baccalauréat « nouvelle formule » en juin prochain).

Mais il faut aussi agir en amont, et susciter le goût des élèves pour les sciences, en développant notamment une approche plus concrète : c’est le sens de la pédagogie de la « main à la pâte » à l’école primaire. Dans le prolongement de cette logique, nous avons développé, en partenariat avec l’académie des sciences, « l’enseignement intégré de science et technologie » au collège. Il s’agit d’une approche interdisciplinaire : les trois disciplines (physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, technologie) sont enseignées en commun.

Enfin, nous ne pourrons former le nombre d’ingénieurs dont le pays a besoin que si nous diversifions les voies d’accès au diplôme d’ingénieur. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un véritable « parcours technologique » qui pourrait permettre, à partir d’un baccalauréat STI – via un IUT ou une classe préparatoire technologique – d’accéder à une école d’ingénieur.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Ces inégalités ont tendance à se réduire, dans le cadre de la réorganisation de l’enseignement supérieur dont je parlais tout à l’heure. Les grandes écoles s’ouvrent de plus en plus aux étudiants de l’université, les passerelles entre les filières se développent. La réforme de la licence a en outre permis de revaloriser ce diplôme (plus d’heures de cours, enseignement plus généraliste). C’est en encourageant ce mouvement de décloisonnement que nous parviendrons à diversifier les voies d’excellence et à mettre fin à ce système trop hiérarchisé. Je ne souhaite pas en revanche une modification des frais de scolarité.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Tout citoyen devrait pouvoir se repérer dans l’univers de la science contemporaine, être sensibilisé à ses principales problématiques. Il s’agit là d’un enjeu majeur pour nos démocraties contemporaines. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la thématique de « la science au service de la société » fasse partie de la contribution française à la construction de l’espace européen de la recherche.

Pour faire progresser « l’éducation informelle » dans le domaine des sciences, je compte beaucoup sur « Universciences », issu de la fusion entre la Cité des Sciences et le Palais de la découverte, qui est devenu l’opérateur de référence dans l’animation du réseau des centres de culture scientifique et technique. Universciences a pour mission d’assurer la diffusion de la culture scientifique, notamment en développant une offre pédagogique en ligne.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Comme vous le rappelez, le rapport 2010 de la MIVILUDES reflète la préoccupation des pouvoirs publics quant aux potentielles dérives des médecines alternatives, notamment dans le cadre du traitement de certaines pathologies lourdes.

La MIVILUDES remplit donc pleinement son rôle de vigilance et d’information par la publication de son rapport annuel et de sa lettre bimestrielle comme à l’occasion des consultations que lui adressent quotidiennement les pouvoirs publics, les associations ou les particuliers.

En ce qui concerne les médicaments, le rôle des professionnels de santé, au premier rang desquels les pharmaciens, est prépondérant pour améliorer l’éducation thérapeutique des patients. Je pense notamment à l’usage des médicaments qui doivent être correctement utilisés. C’est pour cela qu’il est important que les médicaments soient distribués en officine, là où les patients peuvent bénéficier des conseils de professionnels de santé expérimentés.

C’est pour cette même raison que je suis contre la vente de médicaments sur internet. 50% des médicaments vendus par internet sont falsifiés et des millions de médicaments contrefaits sont saisis par les douanes chaque année. La contrefaçon et la falsification de produits de santé sont une grande menace, tant pour les patients que pour l’industrie de la Santé. Elles mettent en danger la vie des patients, remettent en cause leur confiance dans les produits de santé et le système de santé et, pour les industries, elles portent atteinte à l’emploi, à la recherche, à l’innovation ainsi qu’à l’image des entreprises.

L’éducation scientifique et thérapeutique des citoyens est donc primordiale pour que chacun soit sensibilisé aux opportunités et aux dangers des potentialités offertes par la science.

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Nicolas Sarkozy : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

Je n’ai pas de position dogmatique sur ces sujets. Je souhaite évidemment que l’on respecte le principe de précaution, qu’il s’agisse des OGM, de l’utilisation de la biologie de synthèse ou des nanotechnologies. Ce principe de précaution est compatible avec un principe de recherche : nous devons faire confiance à nos scientifiques qui font la fierté de notre pays. C’est à la lumière de leurs expertises que la France doit faire avancer ces sujets.

Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement,  j’ai souhaité que soit inscrit dans la loi une obligation d’organiser un débat public national sur les nanotechnologies. Ce débat a donc été organisé du 14 octobre 2009 au 24 février 2010. Je suis favorable à la continuité de ce débat afin de mettre en lumière toutes les problématiques relatives aux nanotechnologies.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

La maîtrise des particules de dimensions nanométriques (dimensions de l’ordre du milliardième de mètre) et de leurs propriétés représente en effet des enjeux très importants de compétitivité et d’innovation.

Les potentialités des nanotechnologies dans des domaines aussi essentiels que la santé, la protection de l’environnement, l’énergie ou les technologies de l’information et de la communication en font un champ de recherche et d’innovation majeur, en France comme au niveau international.

Je souhaite donc que la France puisse continuer ses recherches et le développement de ces nouvelles technologies.

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amiante, impact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

Suite au débat public que j’ai souhaité organiser, nous avons pris un premier engagement afin de développer la recherche publique en toxicologie et écotoxicologie, ainsi qu’en métrologie (mesures des particules émises et des expositions) et en analyse « bénéfices-risques » sur l’ensemble du cycle de vie des nanomatériaux. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sera chargée de mettre en place une «méthodologie adaptée d’évaluation des risques des produits», et avec l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), une méthodologie d’analyse des impacts socio-économiques adaptée aux nanomatériaux.

Je souhaite que soit avant tout appliquer le principe de précaution sur les nanotechnologies. Nous devons saisir toutes ses opportunités technologiques tout en respectant la santé de nos concitoyens.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

L’audiovisuel public a déjà un devoir de qualité dans les émissions qu’ils diffusent. J’ai une totale confiance en la qualité de notre service public qui parvient à marier habilement information, débats et divertissements.

Internet est une formidable porte ouverte sur le monde et sur le savoir. A chaque seconde, des millions de contenus, accessibles partout et à tous, sont publiés sur le Web. Mais ce n’est qu’un outil. Le foisonnement des données de toutes natures, dont rien ne garantit a priori l’exactitude nous met face à un défi majeur. Nous devons former nos concitoyens, dès l’école, à utiliser cet outil et à reconnaître une information viable d’une autre non fondée.

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