Nicolas Dupont-Aignan : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

Un institut, dans le service de l’Etat, devrait être dédié aux recherches sur les risques sanitaires et environnementaux sur l’ensemble des découvertes et inventions afin de développer un recul sur toutes les avancées scientifiques.

D’autre part, s’il est fondamental d’informer la société dans son ensemble sur les sujets scientifiques et technologiques de plus en plus complexes, les décisions ne peuvent être prises sur référendum ou débat public mais par des commissions d’experts. Ces commissions d’experts doivent tenir compte des inquiétudes et manques d’informations de la société et y répondre soit en modifiant les décisions soit en intensifiant l’information.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amianteimpact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Oui. Toute avancée scientifique ou technologique comporte en elle un risque par les dérives qui peuvent en découler. Les nanotechnologies, comme le nucléaire font partie des domaines qui peuvent apporter beaucoup mais sur lesquels la connaissance doit être augmentée et sur lesquels des questions spécifiques d’utilisation doivent être résolues par des projets dédiés.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

Un débat est efficace s’il est organisé avec des experts qui savent de quoi ils parlent et si l’arbitre du débat a la formation suffisante pour relayer les bonnes questions et surtout s’il est objectif. Nous revenons au journaliste scientifique formé en conséquence et objectif.

Cependant, un expert, du fait de l’état de la connaissance du moment, peut être rassurant en toute objectivité et finalement être mis en erreur plus tard si une découverte survient. Ce fut le cas d’Einstein qui réalisa l’impact de ses découvertes et fit campagne contre la bombe ensuite.

La solution est encore une fois d ’intensifier la recherche à tâtons dans l’obscurité sous contrôle de l’Etat pour faire accroitre la connaissance qui sera source de savoir pour l’enseignement et source d’inventions pour l’innovation.

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