Nicolas Dupont-Aignan : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

On ne peut pas faire de tous des bacheliers ou des médecins mais tous doivent pouvoir accéder au savoir qui rend libre. Chacun doit pouvoir développer le génie qui lui est propre et ce génie doit avoir sa place dans le puzzle qu’est une société. Concernant l’enseignement scientifique, il est important de revaloriser les métiers scientifiques, en particulier celui de chercheur qui est discrédité même au plus haut niveau de l’Etat. C’est inconcevable.

Il faut des chercheurs et des enseignants dédiés. Par conséquent, il faut constamment donner le choix à la vocation, pas à la rémunération de l’activité de recherche ou d’enseignement, ou du mélange des deux, tout au long de la carrière, après évaluation.

Il faut garder le service à l’Etat avec des salaires compétitifs par rapport aux autres pays européens.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Notre pays possède un système d’enseignement supérieur complexe : université, écoles d’ingénieurs de différents types avec et sans classes préparatoires, IUT, etc. Ces différentes composantes ont des missions propres et complémentaires qui doivent être clairement identifiées et respectées.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Dans l’audiovisuel, il est fondamental d’avoir des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité, ce qui n’est pas le cas à 90% actuellement.

La télévision est particulièrement efficace en termes d’éducation, bonne ou mauvaise d’ailleurs. Avec les journaux, c’est la source d’accès à l’information de beaucoup de personnes âgées.

Dans ce rôle des média, les pays nordiques nous donnent de très bons exemples :
Sur la page d’accueil de grands média suédois, il y a toujours un encart consacré à une avancée ou une information concernant les sciences.
En 1967, lorsque l’État suédois a changé la conduite de gauche à droite, ceci fut précédé par une intense campagne télévisée durant laquelle tous les soirs, pendant 5-10 minutes étaient expliquées les raisons de ce changement, les étapes mais aussi était dispensée une formation au code de la route et à tous les risques de la conduite. Le passage se fit sans problèmes, très rapidement, et surtout le nombre de morts sur les routes a fortement diminué depuis.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Pousser les chercheurs et les enseignants à faire de la vulgarisation, de la diffusion scientifique auprès de la population : formations, exposés, circulaires, débats, documents, etc. Que ce service à la société soit reconnu dans les CV et les évaluations, voir récompensé. Il faut impliquer tous les niveaux de l’Etat, la commune, la région.

Mais il ne faut pas comme dans certains parcs ou émissions télévisées ridiculiser le scientifique et ses recherches. Au contraire, de bons exemples ont déjà existé comme « La vie », « Ma petite planète chérie » ou « C’est pas sorcier ».

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