Nathalie Arthaud : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Votre question sur les PME semble indiquer que vous n’envisagez pas que la recherche puisse émaner d’autre chose que d’entreprises privées. L’idée que l’innovation serait le fruit naturel de géniaux petits entrepreneurs, et que le capitalisme serait donc en quelque sorte l’incarnation même d’un système économique qui la favoriserait, relève pourtant bien davantage du mythe que de la réalité. La recherche est aujourd’hui avant tout le résultat d’un immense travail collectif, nécessitant de moyens coordonnés à une échelle internationale.

D’ailleurs, lorsque les Etats-Unis, vexés d’avoir été devancés par l’URSS, voulurent se lancer dans la conquête spatiale, ils n’attendirent pas que quelque PME construise une fusée. Ils ne confièrent même pas cette tâche à une grande entreprise privée. Non, cet eldorado du libéralisme confia cette tâche à une agence d’Etat créée pour l’occasion, la NASA. Et aujourd’hui, quelle PME, ou même quelle multinationale, aurait pu ou voulu financer le CERN ? Quelle entreprise privée pourrait mener des recherches sur la fusion nucléaire ?

Les deux exemples que vous citez (Facebook et Google) démontrent en réalité l’inverse de ce que vous suggérez. Car si de telles PME ont fait preuve « d’innovation », c’est uniquement sur la base du protocole internet et des réseaux téléphoniques, toutes choses développées et installées à grands frais par les puissances publiques. Les milliards de profits et de capitalisation boursière de Google et Facebook ne sont que les dividendes privés que la recherche publique leur a gracieusement abandonnés.

Alors en effet, la recherche doit être une priorité pour l’Etat. Et la tendance actuelle, qui voit ses budgets sacrifiés sur l’autel du paiement des intérêts de la dette publique, devrait faire réfléchir les partisans de cette économie démente, où la « loi du marché » impose d’utiliser prioritairement d’arroser à fonds perdus des spéculateurs plutôt qu’investir les sommes indispensables dans la recherche pour permettre à l’humanité d’affronter les défis qui sont les siens dans les décennies à venir, en particulier sur le plan environnemental.

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