Votons pour la science

Parlons d'avenir. Parlons de science.

Martine Aubry

Martine Aubry : Mini bio et équipe de campagne

Martine Aubry, maire de Lille et présidente de la communauté urbaine de Lille, affronte François Hollande au second tour des « primaires citoyennes ». De formation économique puis diplômée de Sciences Po Paris et de l’ENA, elle a travaillé deux ans au sein du groupe industriel Pechiney comme directrice adjointe. Elle s’y verra confier notamment le secteur nucléaire.

Les conseillers “Recherche-Université” de Martine Aubry sont Isabelle This Saint-Jean, ancienne présidente de Sauvons la recherche et vice-présidente au conseil régional d’Ile-de-France chargée de la recherche, et Vincent Berger, président de l’université Paris-VII. A noter aussi la présence d’Axel Kahn, président de l’université Paris-Descartes, chargé de la mission “Refonder le progrès ».

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Martine Aubry : « Modes de décision » en matière scientifique et familiarité avec la science

L’agenda scientifique et politique se construit à partir de sujets médiatiques, enjeux émergents, questionnements propres à la culture du parti et exercices de prospective stratégique.

>> En ce qui vous concerne, comment définissez-vous les sujets à traiter en priorité en matière de science et technologie ?

Les découvertes qui repousseront les frontières de la connaissance du vivant, de la matière et des sociétés, les thérapies qui soulageront les souffrances et sauveront des vies, les énergies qui permettront de subvenir aux besoins humains en préservant la planète, tout comme les innovations qui simplifieront le quotidien, s’inventent aujourd’hui. A l’aube du 21e siècle, nous vivons un foisonnement scientifique considérable. De vastes champs pluridisciplinaires nouveaux et imprévus émergent, savoirs et savoir-faire convergent pour développer de nouvelles technologies de pointe, rénover des activités traditionnelles ou concevoir de nouvelles organisations sociales. Les questions scientifiques et technologiques sont donc éminemment politiques, au sens fort du terme. Il faut donc une politique scientifique nationale.

Les grandes orientations de la recherche ont vocation à être soumises au débat public. Les citoyens, éclairés par un développement indispensable de la culture scientifique, doivent y être associés. C’est ensuite au gouvernement et au Parlement de déterminer les grandes orientations prioritaires et de les décliner en termes de moyens. Mais il appartient aux scientifiques de déterminer les voies et moyens de s’inscrire dans ces orientations. Ce n’est pas aux politiques de définir l’agenda de la science. A l’heure où le gouvernement de Nicolas Sarkozy cherche à mettre les scientifiques sous tutelle, nous devons rappeler notre attachement à l’indépendance de la recherche. Au final, les priorités doivent émerger d’un dialogue permanent et confiant entre les scientifiques, les pouvoirs publics, la population et les organisations, qu’elles soient syndicales ou associatives.

>> À partir de quoi construisez-vous vos positions et propositions sur les sujets à caractère scientifique ? Vous reposez-vous sur une culture ou formation personnelles, sur la presse spécialisée, sur les médias traditionnels, sur des conseillers spécialisés (précisez leur parcours), sur un dialogue direct avec des scientifiques, sur l’opinion publique, sur les rapports d’experts, sur les arguments d’associations ou entreprises ?

Je ne suis pas scientifique de formation et je ne prétends évidemment pas disposer d’une expertise propre sur tous les sujets à caractère scientifique mais j’aime la rigueur de leurs raisonnements et la fertilité de leur imagination. Le politique doit exploiter toutes les compétences des chercheurs pour bénéficier de leurs explications, de leurs interrogations et leurs doutes aussi. C’est ce que j’ai fait pendant trois ans à la tête du Parti socialiste, en renouant le lien avec les chercheurs, les intellectuels qui s’était éloignés de nous. Avec le Laboratoire des idées, dans le cadre des forums, dans la préparation du projet, ils ont été associés en permanence. De nombreux scientifiques m’entourent dans cette campagne. Comme eux, je crois qu’il faut toujours échanger et confronter les points de vue pour faire émerger une « vérité ». Le dialogue doit être constant avec d’une part les scientifiques eux mêmes mais aussi avec les associations d’alerte qui travaillent sur ces sujets, à la fois hautement politiques et hautement scientifiques – je pense au médicament, au nucléaire par exemple – et qui ont à ce titre un avis raisonné et expérimenté sur des questions qui intéressent l’ensemble de la communauté. Bien sûr, plus l’avis est le fruit d’un débat contradictoire, plus il a des chances d’être fondé. L’essentiel est de croiser les expertises.

>> Qu’attendez-vous comme type d’information pour commencer à former une politique : des conclusions définitives, une vue d’ensemble de la situation, des pour et contre… ?

L’essentiel, je vous l’ai dit est de s’informer auprès de plusieurs sources indépendantes, de faire travailler les instances délibératives elles aussi indépendantes puis in fine, après une réelle concertation de prendre une décision et définir les axes programmatiques à soutenir.

>> Comment décririez vous le rapport entre le monde de la science et celui de l’action publique ? Avez-vous suffisamment accès aux informations nécessaires voire au acteurs concernés ? Que proposeriez vous pour faire évoluer ce rapport ?

Ces deux mondes s’ignorent trop souvent. La grande majorité des dirigeants politique n’a d’ailleurs pas reçu de formation scientifique et n’a pas ou très peu de culture scientifique.

Mais la défiance s’est aggravée ces dernières années et Nicolas Sarkozy porte une lourde responsabilité dans le creusement du fossé entre la communauté scientifique et les politiques. Toutes ses décisions ont été prises sans concertation : les mouvements sociaux qui se sont succédés dans l’enseignement supérieur et la recherche, particulièrement ceux du printemps 2009, montrent bien ce malaise.

Je veux un Etat qui soit partenarial et ce partenariat vaut pour le rapport à la science et au savoir. Il est donc indispensable de commencer par restaurer la confiance en redonnant aux chercheurs le temps et les moyens de chercher, mais aussi d’éclairer l’action publique. Je veux libérer leur créativité et leur redonner une capacité d’initiative. C’est pour cela que j’ai proposé d’organiser, dès 2012, des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui réuniront l’ensemble des acteurs pour remettre à plat l’organisation de ces secteurs. On y abordera notamment la question de l’expertise et des rapports entre la science et société. Je souhaite par exemple rapprocher le CNESER du Parlement et faire le l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques un outil indépendant du pouvoir pour qu’il puisse en toute liberté définir les  questions à traiter.

Au delà de ces questions d’organisation, pour rétablir la confiance, il faut également permettre aux jeunes de renouer avec la science, leur offrir de véritables perspectives de carrières scientifiques, développer plus encore une culture scientifique de masse et plus généralement réinscrire la science dans le champ culturel.

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Martine Aubry : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

La catastrophe nucléaire de Fukushima a provoqué, comme celle de Tchernobyl, un désastre humain, sanitaire et environnemental dont il faudra des années  pour  mesurer l’ampleur. Il y a un avant et un après Fukushima. Cela nous impose de repenser notre modèle énergétique. L’urgence de la mise à jour de notre modèle énergétique est aussi celle de la lutte contre le changement climatique et de la raréfaction inéluctable des énergies fossiles, dont nous restons trop dépendants.

Le recours aux énergies renouvelables doit pouvoir, à terme, assurer l’essentiel de la production énergétique, qu’il s’agisse de l’industrie, du transport, du résidentiel et du tertiaire. Elles seront la base de notre approvisionnement énergétique à condition, bien entendu, de respecter le triptyque « sobriété, efficacité, renouvelables », notamment pour les entreprises « électro-intensives » les plus grandes consommatrices d’électricité.

La France accuse un inquiétant retard. Les investissements en France sur les ENR sont de 1.8 milliards de dollars, ce qui la place 12e parmi les membres du G-20, loin derrière l’Allemagne. La capacité totale installée en France en 2009 était de 9,4 GW contre 36,2 en Allemagne.

Prenez l’exemple du photovoltaïque : il nous faut revoir les objectifs de production fixés à la fois au regard du mix énergétique et du développement de la filière, qui sont nettement insuffisants. En France, l’objectif est de 5400 MW d’ici 2020 alors que l’Allemagne vient de décider l’installation d’ici 2020 de 50.000 à 70.000 MW. En ce qui concerne l’éolien, le schéma est le même : hésitations, ajournements, revirements,  gouvernementaux ne favorisent pas le déploiement de cette énergie et de sa base productive alors même que la France, notamment par sa façade maritime, dispose d’un atout magnifique et d’un net avantage comparatif en Europe. La multiplication et l’empilement des procédures réglementaires ont conduit à des délais de mise en œuvre des parcs qui peuvent atteindre jusqu’à 8 ans, contre 4,5 ans dans le reste du continent.

A côté des énergies renouvelables dont le potentiel a d’ores et déjà été identifié, d’autres solutions complémentaires transitoires ou durables se profilent : la géothermie, la biomasse ou l’énergie des courants marins. Toutes doivent être étudiées sans dogmatisme. Nous devons particulièrement concentrer la recherche sur le stockage de l’électricité qui est probablement le bond technologique le plus attendu.

Les politiques nouvelles à conduire nécessiteront, il faut dire la vérité, un délai de mise en place. En l’état actuel des technologies, la production d’électricité thermique à flamme (surtout à  gaz) est en effet appelée à se développer conjointement aux énergies renouvelables, qui sont toutes, à l’exception notable de l’hydraulique de stockage, des sources de production intermittentes appelant des compléments de pointe pour assurer l’équilibre du réseau. Dans cette perspective, et pour ne pas contredire nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre, nous accélérerons le recours industriel au captage et stockage de CO2 pour toutes les centrales de production thermique.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

En l’état actuel de nos connaissances, le nucléaire doit être considéré comme une énergie de transition. Le futur énergétique de la nation se décidera lors du prochain quinquennat selon le mandat que la nouvelle présidence de la République aura reçue des Français : les choix technologiques, les options industrielles, les investissements financiers, les efforts de formation doivent être réalisés après 2012 et ils nous engageront pour les décennies suivantes. Il faut décider maintenant pour être leaders dans quarante ans.

J’ai fixé le cap de la sortie du nucléaire, progressive mais effective, car je veux voir naître la génération de l’après nucléaire. Ce cap étant fixé, le processus devra être transparent et conduit, de la conception à sa réalisation, de manière concertée. Chaque étape sera l’objet d’un débat ouvert devant les citoyens et associant l’ensemble des compétences scientifiques et techniques. Une commission d’experts, intégrant la diversité des points de vue, préparera un livre blanc auquel s’adosseront, dans chaque région, des concertations qui se concluront par une loi d’orientation de la politique énergétique que mon gouvernement soumettra au Parlement avant l’été 2013.

Tout d’abord, il faudra assurer la sécurité du parc nucléaire avec la plus grande exigence. La plupart des centrales nucléaires françaises arriveront en fin de vie à partir de 2025 : leur avenir devra être décidé dès le prochain quinquennat. Les décisions à court terme (remplacement ou non-remplacement des centrales) dépendent de la clarté sur l’issue claire à long terme (sortie ou non du nucléaire).

Je propose, dans un premier temps, de coordonner la fermeture des centrales en fin de vie et les investissements dans les énergies renouvelables, les  réseaux et l’efficacité énergétique. Le calendrier est en effet avant tout déterminé par le rythme de montée en puissance des solutions alternatives : efficacité énergétique – et d’abord dans le logement et les déplacements -, développement des énergies renouvelables et usage efficace des combustibles fossiles dans une période intermédiaire. C’est pourquoi, en lien avec les collectivités territoriales, et d’abord les Régions et les intercommunalités, je lancerai un plan national de la rénovation et de l’isolation thermique des logements et le développement des transports durables.

Je souhaite également suspendre le chantier de l’EPR de Flamanville dans l’attente du résultat complet des évaluations de sécurité en cours. C’est une technologie sur laquelle la France a beaucoup misé et la somme des conséquences financières, économiques, sociales et environnementales de l’arrêt ou de la poursuite du chantier mérite qu’on évite la précipitation. Si les résultats de l’audit sont concluants, le chantier pourra être achevé. En revanche, le chantier de l’EPR de Penly sera stoppé : alors que nous ne parvenons pas encore à évaluer précisément ni le coût ni la conformité aux exigences de sûreté d’un premier EPR, s’engager dans un second chantier serait déraisonnable. En compensation pour le territoire normand, des emplois y seront crées dans les économies d’énergie, les énergies renouvelables et le démantèlement des centrales nucléaires obsolètes.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

La spécificité française fait que le nucléaire est à la fois la part majeure de notre consommation d’électricité, une industrie et des compétences. L’énergie est une condition du progrès individuel et collectif et un secteur riche d’emplois. Cela vaut pour aujourd’hui comme cela vaudra demain.

Je souhaite donc valoriser dans le monde entier l’excellence et le savoir-faire des acteurs de notre filière nucléaire française, en réorientant les activités du secteur : le géant allemand Siemens vient de faire ce choix stratégique, ne nous laissons pas distancer !

Pour notre filière nucléaire française, filière d’excellence mondiale, cette réorientation est un passeport pour continuer de faire la course en tête dans la compétition mondiale pour la sécurisation et la transition énergétiques. Le démantèlement des centrales obsolètes, la requalification des sites, le traitement des déchets, ainsi que l’industrialisation des nouvelles énergies, leur  développement et leur maitrise, sont autant de gisements de savoir faire, d’efforts de recherche, d’ingénierie, d’emploi, bref de croissance et de compétitivité. Et l’atout des atouts de la France s’appelle le cadre public de sa filière nucléaire qui doit être structurée et non mise en concurrence, comme ce fut le cas ces dernières années ou une vision plus financière qu’industrielle a hélas prévalu. Innovation, production, sécurité, formation, export, se maintiendront a un haut niveau si l’Etat stratège réaffirme sa présence. Je serai la présidente de l’affirmation d’une puissance publique énergique pour les énergies.

Notre politique énergétique devra s’appuyer sur une ambition industrielle forte. Mise en œuvre par la banque publique d’investissements et un redéploiement des investissements en faveur des énergies “décarbonées”. C’est en privilégiant les énergies sûres et durables que nous assurerons notre indépendance énergétique à long terme. J’ai confiance dans le progrès scientifique et technologique. La recherche et le développement progressent à grand pas.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Contrairement à ce que voudraient faire croire les tenants d’un statu quo mortel pour les générations futures, la transition énergétique améliorera notre qualité de vie. En parallèle, l’enjeu du pouvoir d’achat doit être abordé par une redéfinition de la politique tarifaire : ce que j’ai appelé des tarifs progressifs.

Les ambitions du Grenelle se sont dissoutes et la France a perdu 5 ans. Il suffit de comparer le chemin parcouru par l’Allemagne. Au lieu d’engager la transition, le Gouvernement actuel a essayé de passer en force sur les gaz et huiles de schiste, a étouffé l’éolien puis le photovoltaïque en multipliant les obstacles et les procédures. Ses revirements successifs et l’instabilité des dispositifs publics ont fragilisé les filières. Les résultats parlent d’eux-mêmes : la production allemande d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque est déjà quatre fois supérieure à celle de la France. Dix fois plus de chauffe eau solaires y sont installés. En 2020, si nous ne changeons pas nos objectifs, cet écart restera identique. Or,  notre facture énergétique s’alourdit chaque année – 70 milliards d’euros pour acheter du pétrole, du gaz, du charbon, de l’uranium à l’étranger. Dès lors qu’elle est inéluctable, il ne serait pas responsable de reporter la transition énergétique sur les générations suivantes, et de leur en faire porter le poids.

La libéralisation du secteur énergétique a amplifié la hausse des prix pour les particuliers sans que des mécanismes de solidarité suffisants soient mis en place. Faut-il rappeler que plus de 3,5 millions de ménages sont en situation de précarité énergétique en France ? Entre le gaspillage, souvent contraint et coûteux pour les plus fragiles et le rationnement, il existe une voie: celle de l’efficacité énergétique. La réhabilitation du patrimoine bâti existant est un chantier colossal et devrait assurer aux professionnels du bâtiment une relance importante de leur activité. Nous avons les entreprises et les compétences pour réussir et rayonner, à condition que le marché intérieur soit le premier débouché.

Garantir l’accès à l’énergie pour tous, dans un contexte d’augmentation probable des prix de l’énergie, c’est aussi engager une révolution tarifaire qui allie critères sociaux et vertu de la progressivité, pour encourager le bon usage et pénaliser le gaspillage.

Sur la question des tarifs, je souhaite la mise en place d’un tarif progressif pour l’eau et l’énergie pour nos concitoyens. La même formule de base peut être envisagée pour les entreprises, facteur de compétitivité de nos entreprises qu’il faut protéger, même si le cas des industries intensives appelle des adaptations pour certains secteurs (tarif de gros et régulation publique pour l’eau et l’énergie). C’est donc en adaptant les tarifs aux usages que nous parviendrons à concilier maîtrise de la demande, égalité d’accès et soutien à l’activité industrielle.

La mobilité constitue bien entendu un pan fondamental de la transition et de la lutte contre le réchauffement climatique. La réduction de l’impact environnemental des véhicules est indispensable et urgente. L’acquisition de véhicules de puissance plus modeste, moins polluants et plus efficaces au plan énergétique doit être encouragée, ceci, en commençant par relancer le dispositif dit « bonus-malus », dont les premiers résultats ont démontré la pertinence. Dans une dynamique vertueuse, la mise en place de normes d’efficacité énergétique évoluant par paliers successifs permettra à la fois d’accompagner et de stimuler le progrès technique et technologique sur les moteurs, tout en abaissant le coût, par une diffusion massive.

Aujourd’hui, la consommation de l’ensemble des transports électriques est relativement faible. Le scénario NégaWatt actualisé de 2011 projette de passer à 30 TWh d’ici 2050 (métro, transports collectifs ferroviaire, véhicules électriques, hybrides rechargeables). Il nous faut aller vers des mobilités durables, tant sur le transport de personnes que le transport de marchandises.

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Martine Aubry : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Malgré les tours de passe-passe budgétaires, comme vous le soulignez justement, l’effort de la nation en matière de recherche n’a fait que décroître sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Il faut assumer que nous ferons de la recherche et de l’enseignement supérieur une priorité budgétaire, et redonner du souffle. Le court-termisme et l’utilitarisme qui caractérisent la politique de la droite depuis des années portent en germe le déclin : la recherche étouffe, asphyxiée par l’absence de vision politique, l’insuffisance des financements (la part de PIB consacrée à l’effort de recherche français a baissé de 10% entre 2002 et 2009), la précarité croissante et les injonctions autoritaires du pouvoir. Je remettrais des moyens humains. L’absence de création d’emplois et l’explosion de la précarité ont détourné de nombreux étudiants des métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur. Je mettrais en œuvre un indispensable plan pluriannuel d’emplois.

Au moment où, à travers sa politique universitaire et les modalités de distribution du grand emprunt, le gouvernement accentue les déséquilibres territoriaux ; au moment où il pervertit la notion d’autonomie pour organiser une mise en concurrence généralisée, masquer le désengagement financier de l’Etat et accroître la dépendance des Universités et des laboratoires de recherche  à l’égard de fondations et d’officines gouvernementales et privées, nous devons réaffirmer la nécessité de privilégier les dynamiques de coopération territoriale dans l’hexagone, mais aussi, et peut-être surtout, au niveau européen.

Il faut également relancer la recherche privée : nos entreprises investissent beaucoup moins dans la recherche que celles de la plupart des pays avancés.

Nous avons longtemps été bien placée grâce aux grands programmes liés à la reconstruction et à l’autonomie industrielle et énergétiques qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, stimulée par la recherche menée dans le secteur de la défense. La recherche n’a cessé de diminuer depuis. Cette baisse est d’autant plus dommageable que, parallèlement, au cours de ces dix dernières années, les pays émergents (BRIC) et nombre de nos voisins européens, les Etats-Unis, le Canada, le Japon ont, au contraire, encouragé la recherche privée comme publique. Un exemple extrême est la Corée du Sud où les aides ont augmenté de 76 % en 10 ans. En France, depuis 2002, malgré des aides directes et fiscales de l’Etat en forte croissance avec l’évolution d’un Crédit Impôt recherche multiplié par 5 en 5 ans, ce qui nous place à un niveau d’aides le plus élevé au monde, les dépenses de recherche des entreprises ont stagné. C’est pourquoi les aides publiques à la recherche et à l’innovation pour le secteur privé devront être conditionnées à la croissance du financement propre des entreprises à la R&D, au renforcement du potentiel humain ainsi qu’aux échanges réciproques entre chercheurs publics et privés.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Un des principaux outils, aujourd’hui détourné de ses finalités, est le Crédit impôt recherche. Je propose de le recentrer sur les dépenses de R&D des PME de moins de 2000 salariés et vers les entreprises industrielles stratégiques et de souveraineté. Plus généralement, il est temps de rétablir de la justice fiscale entre les entreprises et d’encourager l’investissement productif. Je m’engage à moduler l’impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices dans l’outil productif. Je redonnerai également des marges de manœuvre à nos collectivités locales, qui sont les plus à même de décliner aux plus près des réalités du terrain les orientations nationales. C’est pour cela que la Banque publique d’investissement que je créerai sera déclinée sous forme de fonds régionaux, et dotée d’une agence des PME.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Une science qui progresse est une science qui marche sur ses deux jambes. Privée et publique, fondamentale et orientée : il est indispensable de favoriser les coopérations. Pour autant, les universités ne doivent pas devenir les sous-traitantes des entreprises et leurs relations doivent être équilibrées. Or, les grands groupes ont progressivement diminué la place des recherches fondamentales en amont des applications recherchées, ce qui a considérablement freiné les coopérations publics privé, ainsi que les échanges réciproques entre chercheurs du public et du privé. Aujourd’hui, le sous-investissement financier des grandes entreprises dans leur propre recherche se manifeste notamment par le faible recrutement des jeunes docteurs. Par comparaison avec leurs voisines allemandes, les entreprises françaises affichent un taux de docteurs de 13 % dans leurs équipes de recherche pour 53 % d’ingénieurs, soit trois fois moins que les Allemands et seuls 20 % de jeunes docteurs travaillent dans le secteur privé à la sortie de leur thèse. De plus, le titre d’ingénieur-docteur est mal reconnu et même fragilisé par l’obligation faite au CNRS de diminuer drastiquement le nombre de BDI, formation qu’il faudrait au contraire fortement encourager.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Les pouvoirs publics doivent savoir respecter la temporalité de la recherche. Nul ne peut prévoir à l’avance quelles seront les champs, les découvertes les plus prometteuses : c’est pour cela qu’il faut laisser les chercheurs chercher en garantissant des financements pérennes et en leur laissant le temps de trouver… ou de ne pas trouver d’ailleurs. Je l’ai dit, il faut libérer les chercheurs de la gangue bureaucratique insensée qui les enserre aujourd’hui. Je me suis amusée à faire une liste  – incomplète – des nouveaux sigles qui sont apparu depuis quelques années et qui se sont superposés aux anciens : ANR, PRES, EPCS, RTRA, RTRS, l’AERES, pôles de compétitivité, instituts Carnot, CIR, LRU, Alliances, opérations Campus, Labex, Equipex, IEED, IRT, IHU, Idex, PCRD, crédits Ademe, FUI

Plus personne n’y comprend rien, à part que cet empilement de dispositifs conduit à un gaspillage considérable d’énergie – tout le temps que passent les chercheurs à répondre à des appels d’offre et à se repérer dans ce maquis, c’est du temps qu’ils ne passent pas à chercher, qui les épuise et qui les exaspèrent. Il faudra simplifier, retrouver de la cohérence et de la sérénité.

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Martine Aubry : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l'éducation 2011: Les indicateurs de l'OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISAclassement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Avant de fixer un chiffre – j’y viendrai – il faut rappeler un objectif simple : il faut élever le niveau de qualification et de formation dans notre pays. L’égalité réelle en ce domaine, est un impératif de justice sociale, un enjeu démocratique, autant qu’une nécessité économique.

L’enseignement supérieur doit permette à chacun, quels que soient ses talents et capacités, d’identifier sa propre voie et s’y réaliser en dehors de toute contrainte économique ou sociale. Il nous faudra donc donner plus à ceux qui ont moins, à ceux qui ont le plus d’efforts à fournir, pour garantir un service public équitable. Qu’à peine 4 jeunes sur 10 obtiennent un diplôme d’enseignement supérieur dans notre pays est vraiment un handicap à la fois pour les jeunes et pour notre pays. Une nouvelle étape de la démocratisation de l’enseignement supérieur est indispensable et nous devons atteindre les 50% d’une classe d’âge diplômé de la licence. La première condition est que les étudiants puissent faire des études en ayant une chance réelle de les réussir, et pour cela, d’avoir les moyens financiers nécessaires. Il n’est donc naturellement pas question d’augmenter les frais d’inscription. Je m’engage en revanche à mettre en œuvre une allocation d’étude et de formation, qui remplacera et complétera un système de bourse aujourd’hui très insuffisant et un système fiscal inégalitaire.  Je pense qu’elle doit prendre en compte la situation réelle du jeune, ses ressources comme son niveau d’autonomie.

La seconde condition, c’est la réussite à l’Université. Nous sommes le pays de l’OCDE dans lequel le taux d’encadrement des étudiants est le plus faible : 5 enseignants seulement pour 100 étudiants. Il faut en finir avec ces amphis bondés dans lesquels se perdent les étudiants les plus fragiles et qui conduisent à l’échec. A l’université comme à l’école, il faut accompagner chacun selon des pédagogies différentes, des rythmes différents : cela fait partie de la révolution de nos services publiques que je veux entreprendre. Je mènerai une vraie réforme des premiers cycles universitaires pour offrir aux étudiants à l’université les mêmes conditions qu’à ceux des classes prépa : 25 heures d’enseignements minimum par semaine, des petits groupes, une véritable pluridisciplinarité, un accompagnement personnalisé par des enseignants…

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Je n’accepte pas la reproduction des inégalités et le recul de la démocratisation à l’œuvre aujourd’hui dans l’enseignement. Le fait que trop d’étudiants choisissent de contourner l’Université, au profit d’écoles souvent extrêmement onéreuses, qui ne sont pas toutes « grandes » et qui ne garantissent pas nécessairement un niveau de formation satisfaisant y participe largement. Je veux mettre un terme à l’hémorragie de l’enseignement supérieur public au profit de l’enseignement supérieur privé, et cela passe d’abord par une amélioration des conditions d’études, de la pédagogie et de l’encadrement dans les universités. Je rapprocherai également les classes préparatoires, les BTS, les écoles, les universités, au sein de Réseau territoriaux de la Connaissance qui permettront de mutualiser les moyens et d’offrir une offre de formation cohérente sur le territoire. Je crois par ailleurs qu’il est absolument essentiel de développer les formations technologiques et professionnelles et de créer un vrai service public de l’orientation : trop de jeunes échouent, ont l’impression de ne pas être à la hauteur et sont obligés de se remettre en cause parce qu’ils ont été mal orientés.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

La pensée critique, la culture du doute, la capacité à mettre en œuvre des stratégies de résolution de problèmes sont des outils intellectuels essentiels à l’émancipation et à l’exercice de la citoyenneté. La science fait partie de la culture, tout comme les arts et les humanités. Aujourd’hui plus que jamais, les progrès scientifiques et techniques (de la physique quantique au séquençage génétique) et les avancées des sciences humaines conduisent à de nouvelles interrogations relatives à l’éthique, au droit, au travail, à l’environnement et à la santé. Elles vont jusqu’à remettre en cause les structures et les règles sociétales. Le politique ne peut se contenter de s’en remettre sur ces sujets à l’analyse des seuls experts. Les citoyens doivent disposer de la faculté de comprendre les enjeux environnementaux, éthiques, scientifiques des décisions politiques et des moyens de participer à leur élaboration.

Or, le niveau de la culture scientifique de la population, composante essentielle de la démocratie, doit s’accroître. Les citoyens comme les politiques ont souvent peu accès à la science et la diffusion des connaissances se fait mal. L’éducation à la science reste peu développée et les carrières scientifiques demeurent trop peu attractives. C’est d’autant plus grave que les oubliés de la science sont les laissés pour compte de demain.

Je veux encourager la créativité, l’initiative, la formation à la démarche scientifique et mettre pour cela en place de l’école primaire aux premiers cycles universitaires, une véritable formation à la culture scientifique, visant à la fois à faire émerger des vocations scientifique, et à former les citoyens de demain. Il faut multiplier les pratiques du type « main à la pâte » et en  même temps, introduire de l’histoire des sciences, voire de l’épistémologie dans les programmes. Vous avez raison de le souligner : la place faite à la science par les journaux et radiotélévisions nationales est proprement scandaleuse. Les informations à caractère scientifique et technique représentent 1,8 % de l’offre totale d’information télévisuelle. Je suis favorable à l’élaboration d’une charte d’information pour les médias publics ou recevant des subventions ou l’allocation de canaux de diffusion, particulièrement la télévision, afin de changer l’échelle de la diffusion de la culture scientifique. Il faudrait d’ailleurs également développer, avec une formation adéquate, le métier de journaliste scientifique. Enfin, il faut rapprocher cette culture, comme toute les cultures, des territoires pour que les citoyens, même après leur formation, y aient accès. La diffusion de la culture scientifique ne peut se résumer à l’organisation de quelques grandes expositions parisiennes. Le débat entre les chercheurs et les Français doit se développer au plus près de la vie locale, au fil des interrogations soulevées par les grands problèmes du monde (défis climatique, énergétique, démographique, éthique) et par le besoin dans le même temps de développement social, culturel et technique au plus près du territoire en créant notamment des lieux d’interaction entre chercheurs et citoyens.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p. 129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Bien sûr que l’éducation des citoyens, le développement de leur esprit critique, est essentiel. Mais cela ne suffit pas toujours. Les pouvoirs publics doivent garantir une information complète et diverse, encourager les scientifiques et chercheurs à prendre part au débat public.

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