Marine Le Pen : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Il ne faut jamais s’enfermer dans des grilles toutes établies. Il est évident que les ressources qui permettent aujourd’hui de produire de l’électricité sont encore et toujours majoritairement des ressources fondées sur les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon). Les chiffres en termes de consommation mondiale sont les suivants : 37 % pour le charbon, 28% pour le pétrole et 21 % pour le gaz. La plupart des pays, notamment les pays émergents comme la Chine, l’Inde, produisent leur électricité essentiellement sur la base de centrales thermiques utilisant le charbon. Le gaz va monter en puissance, tandis que le pétrole va décliner. Tous les experts pensent que le peak oil a été atteint ou est sur le point de l’être. Même s’il y a un renchérissement du prix du pétrole qui fait qu’effectivement un certain nombre de projets de forage et d’exploitation seront rentabilisé à moyen et long terme et pourront encore augmenter un petit peu le volume des réserves exploitables, il est certain que l’on n’aura pas de pétrole ad vitam aeternam. C’est un élément que tout homme politique doit naturellement prendre en compte. Et c’est un élément dont je suis personnellement parfaitement consciente. S’il y a un facteur dont je tiens très largement compte dans mes analyses géopolitiques, c’est celui de la raréfaction d’un certain nombre de ressources. Mais faire ce constat ne signifie pas que nous devions nous enfermer dans la déploration ou le fatalisme. Nous ne sommes pas prisonniers de ce schéma de production électrique qui fait reposer l’essentiel de notre couverture énergétique sur l’exploitation des hydrocarbures. Nous disposons pour garantir nos besoins énergétiques d’un certain nombre de ressources, de systèmes d’énergies renouvelables, comme l’hydraulique notamment. En France nous avons la chance de disposer d’un parc hydraulique qui fonctionne bien, qui est relativement important mais qui pourrait être encore accru. Nous disposons par ailleurs d’un savoir faire et de la maîtrise technique pour  multiplier et étendre le nombre de nos usines marémotrices ou géothermiques. Nous savons également exploiter la biomasse et l’énergie solaire. Toutes ces filières énergétiques représentent à l’évidence des solutions d’avenir.

Nous avons certes connu, dans le sillage de la politique d’indépendance énergétique et militaire voulue par le général de Gaulle, sous Pompidou et Giscard une politique énergétique centrée sur un très fort soutien au développement de l’électronucléaire civil. Ce qui nous met aujourd’hui dans une situation effectivement très particulière en regard de ce qui se passe dans les autres États européens. La France en effet, avec plus de 75 % de sa production électrique provenant de son parc électronucléaire civil fait figure d’exception dans le paysage européen. Sous cet angle, il est clair que les gouvernants français se trouvent face à un certain nombre d’exigences contradictoires. D’un côté l’électronucléaire offre l’avantage de mettre à disposition une énergie peu coûteuse et souple d’utilisation qui, contrairement à la plupart des autres filières de production ne dépend ni des saisons (solaire), ni des caprices de la météorologie (éolien), ni des variations climatiques (biomasse). Une énergie qui, en outre, présente l’avantage – encore faudrait-il nuancer le propos et examiner les choses de plus près en considérant les situations au cas par cas – de présenter une relative sécurité du point de vue de l’approvisionnement primaire en combustible. L’uranium qu’on exploite dans différentes mines d’Afrique est aujourd’hui relativement accessible. Et même si les Chinois vont de plus en plus chercher à prendre des parts de marché dans ce secteur, on peut dire que c’est une filière d’approvisionnement relativement sécurisée pour la France. Il en va tout autrement pour le pétrole et le gaz qui nous rendent extrêmement dépendants du Moyen-Orient (pour le pétrole), de la Russie (pour le gaz), ou même de l’Afrique (pour le pétrole et le gaz). Inutile de faire un tableau. Chacun sait combien les filières montées autour de ces réseaux d’approvisionnement ont été pour la France la source de corruptions importantes et la cause du développement de réseaux de financement opaques incompatibles avec le fonctionnement normal d’une vraie démocratie. Qu’il suffise ici d’évoquer Elf et les affaires sordides nées à la suite de la mise en place de la politique d’octroi des concessions et d’appropriation des champs pétroliers par Elf en Afrique dans les années 70-80. Je suis comme vous le savez très attachée à cette question qui renvoie fondamentalement au problème de la morale en politique. Je mettrai en œuvre les décisions nécessaires pour casser ce système de corruption réciproque et de relation endogamique qui existe aujourd’hui au niveau des relations internationales entre le politique, l’industriel et le diplomatique. Il est extrêmement important que, sans tomber dans l’idéalisme, nous puissions assainir nos relations avec les pays du Sud – africains au premier chef mais aussi sud américains ou sud-asiatiques – producteurs de matière première et disposer un système de production d’électricité qui ne soit ni opaque, ni surtaxé, ni source de versement de commissions et de rétro-commissions etc. C’est un élément auquel je prête également une grande d’attention. Evidement, tout le monde est conscient – et Marine Le Pen la première – de la nécessité où nous nous trouvons de ne pas nous contenter de prolonger les courbes et de la nécessité impérieuse où nous nous trouvons de penser la question du nucléaire aujourd’hui en des termes différents de ceux dans lesquels on la pensait il y a 20 ou 30 ans. Tout le monde est conscient que la catastrophe de Fukushima, survenue dans un des pays les plus développés au monde et les plus sécurisés au monde – même si le contexte géologique demeure différent et même si la probabilité que survienne en France un phénomène sismique de grande ampleur suivi d’un tsunami analogue à celui qui submergea et ravagea  les côtes du Nord-Est du Japon apparaît très faible – change en partie la donne. Il n’est pas contestable que la catastrophe de Fukushima a contribué à faire naître une réflexion nouvelle sur la question de la sécurité nucléaire et contraint les pays développés – Allemagne et France en premier lieu – à réfléchir en termes nouveaux à la question de la sécurisation de leur parc électronucléaire.

Je suis pour ma part résolue plus que jamais, dans le cadre d’une grande politique de rétablissement de la souveraineté nationale, à accroître et renforcer la sécurisation de nos moyens de production et d‘approvisionnement et plus généralement de renforcer et d’améliorer notre politique énergétique (de l’approvisionnement au retraitement en passant par l’exploitation proprement dite). Plus qu’aucun autre candidat je suis, vous le savez, attachée à la restauration de la verticale de pouvoir. Je ferai en sorte que les procédures de contrôle soient effectivement appliquées, que les personnes recrutées pour travailler à l’entretien et à l’amélioration du parc nucléaire français soient hautement qualifiées, que le personnel en charge de la surveillance des installations soit doté de la meilleure formation et muni d’une conscience professionnelle sans faille. Le nucléaire – comme dans un autre registre la chirurgie – est un domaine dans lequel on n’a pas le droit à l’erreur. C’est un domaine qui ne souffre ni le doute ni l’approximation. Il y a un énorme travail à faire en ce domaine. Un travail qui à l’évidence ne sera pas sans incidence sur le coût final de l’électricité facturée au consommateur. Il ne faut pas être naïf dans cette affaire. Il n’y aura pas de solutions optimales et toutes les solutions qui nous seront proposées, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, des schistes bitumeux, de la biomasse ou de gaz – toutes énergies qui peuvent, chacune à leur niveau, présenter des avantages relatifs non négligeables par rapport à ceux présentés par les autres filières d’exploitation – se feront toujours à l’avantage d’un de nos pays concurrents ou rivaux. Il faut savoir avec qui nous voulons nouer des alliances, à qui nous sommes prêt à concéder des avantages et sur quelles ressources nous souhaitons faire reposer notre développement futur.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Je me suis prononcée depuis longtemps pour un renforcement de la recherche sur les énergies nouvelles, du type solaire, géothermie ou hydrogène. Parallèlement je plaide depuis longtemps pour une réduction d’un certain nombre de nos dépenses. Dans nombre de domaines nos sociétés se révèlent souvent incroyablement énergivores. Il faut revenir à une politique de chasse au gaspis. C’est un point fondamental. Il existe un gaspillage considérable dans un certain nombre de secteurs que l’on pourrait améliorer. C’est le cas de l’habitat ; c’est aussi le cas des transports. Il existe aujourd’hui tout un ensemble de systèmes de transports dont le fonctionnement demande à être entièrement repensé. Le réseau actuel de transports, notamment dans les grandes conurbations (Paris, île de France, Lyon, Toulouse, Marseille) est en effet devenu cauchemardesque et rend chaque jour la vie un peu plus difficile aux Français.

Nous sommes tout de même à l’ère d’internet, soit d’une technologie qui permet le développement quasi à volonté du télétravail. En s’engageant dans cette voie, nous réduirions considérablement le nombre et la durée des transports des Français. Il serait tout à fait possible en s’organisant intelligemment de faire tourner nos entreprises ou nos administrations en ne demandant aux Français de se rendre dans leurs bureaux que 2 à 3 jours par semaine et en les laissant le reste de la semaine travailler tranquillement chez eux. En procédant ainsi, nous permettrions à nos sociétés de faire des économies considérables en termes de consommation d’énergie. C’est un point très important. Il nous faut sur ce plan nous inspirer de la pratique des Allemands. Ces derniers sont en effet très attentifs à la fois à la qualité de leur construction immobilière, mais aussi à la qualité de leurs éclairages publics, de leurs systèmes de transports (réseaux routiers, réseaux ferroviaires, aéroports …). Ils travaillent tout à la fois à la préservation de leurs ressources, à la lutte contre le gaspillage et à l’harmonie de leur développement territorial. C’est un élément très important auquel dont il importe de tenir grandement  compte dans un contexte de désertification des campagnes, de disparition des services publics des zones rurales, de repli forcé des populations vers les centres urbains de moyenne ou de grande taille. Combien de Français sont-ils aujourd’hui contraints de faire des déplacements considérables pour conduire leurs enfants à l’hôpital, accompagner leur femme à la maternité, s’inscrire sur des registres d’état civil, mettre leur enfant à l’école, etc. ? Il faut vraiment repenser cette politique, qui me semble fondée sur une fausse rationalisation des coûts économiques, et qui repose bien davantage sur des analyses de court terme que sur une saine vision prospective : on nous a  fait croire que l’avenir c’était de construire des mégapoles gigantesques où l’on entasserait les gens les uns sur les autres. Ce n’est pas ma conception. Ma conception du développement, c’est celle qui permet de bâtir une France harmonieuse, de poursuivre un développement équilibré, de respecter la diversité et la spécificité des territoires qui la composent.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Je veux mettre sur pied un Haut conseil de la prospective ; une sorte de Commissariat au plan qui aura pour vocation de repérer les axes stratégiques dans lesquelles la France pourra assoir son développement dans les 10, 20, 30 ans à venir. , qui aura pour mission de donner un certain nombre d’instructions pour justement rendre concret ces axes et politiques de développement mais aussi qui sera un facilitateur d’échange et d’exécution entre différents acteurs d’un certain nombre de filières, là en l’occurrence les filières de l’énergie, ce qui permettra de mettre autour d’une table différents acteurs de cette filière : le CEA, EDF, Alstom, Areva, etc. Je serai extrêmement attentive, via la mobilisation de personnes irréprochables et en même temps hautement compétentes, au fait de casser un certain nombre de réseaux qui trop longtemps en France ont empêché le développement harmonieux de notre politique industrielle et permis le développement d’intérêts privés au détriment de l’intérêt public.

Ma politique sera fondée sur deux principes. Le premier est un principe de pilotage par l’Etat. Dans ce domaine, je m’inscris dans la grande tradition colbertienne française avec définition et assignation par l’Etat d’un certain nombre de lignes de force stratégiques nécessaires au développement de la France. Mais en même temps à l’échelle intermédiaire et surtout au niveau individuel et concret du fonctionnement de la vie de la recherche, je m’attacherai à octroyer une très grande souplesse et une grande libéralité aux chercheurs, aux équipes de recherche et aux laboratoires dans le fonctionnement quotidien de leur travail (collecte de fond, organisation de colloques, établissement des projets de recherche, recherche individuelle…).

Nous sommes aujourd’hui dans un système ultra bureaucratisé, où la charge administrative est devenue insupportable aussi bien à l’échelle individuelle des chercheurs qu’à l’échelle collective des laboratoires (que ceux-ci dépendent du CNRS ou de l’INSERM ou de tout autre organisme d’État). Idem pour la R&D. Les entreprises sont aujourd’hui écrasées de demandes contradictoires, en termes de responsabilité sociale, de responsabilité éthique, de préservation de l’environnement.

Conséquence, elles ne peuvent consacrer à la R&D qu’un faible reliquat de tout ce qu’elles n’ont pas dépensé pour se couvrir dans les autres secteurs. Nous sommes ici en présence d’une forme de matrice inversée qui fait que ce qui devrait être la priorité – l’innovation, la vraie R&D — et non pas les systèmes une peu factices de maquillage sous forme de recherche pour obtenir les crédits impôt recherche de chose qui en fait n’ont rien à voir avec la recherche — est tout à fait sacrifiée en France, en tout cas extrêmement sous-financée au profit de secteurs secondaires voire sans intérêt. Tout ceci parce que les entrepreneurs soit n’ont pas une vision stratégique suffisante, soit ont le nez collé sur le guidon et ne voient qu’à une échéance de 3 mois ou 2, soit sont dans une perspective de rentabilité immédiate, commerciale et voient dans la R&D une sorte de danseuse inutile. Il y a quelques fleurons aujourd’hui, qu’il faut non seulement préserver mais dont il faut étendre en quelque sorte le mode de fonctionnement pour que des sous-traitants, les PME-TPE puissent à leur tour participer à la compétition, faire valoir leurs idées innovantes ou leurs découvertes lorsqu’elles permettent une réelle percée scientifiques ou industrielles et qu’on sorte de ce système plus ou moins d’oligopole déguisé dans lequel on a une très grande iniquité entre les très grandes entreprises et les multinationales d’un côté et les PME-TPE de l’autre.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Il n’y a pas d’énergie propre. Toute énergie produit nécessairement des déchets ou des externalités négatives. Tout est une question de choix. Quel prix symbolique sommes nous prêts à payer, quels effets négatifs sommes nous prêts à accepter pour avoir de l’énergie ? Il en va de même pour le prix économique. Tout dépend de nos choix de société et du modèle de développement que nous avons décidé de suivre.

Il n’en reste pas moins qu’en matière d’énergie nous ne sommes pas en présence d’un bien comme un autre. Nous sommes en présence d’une ressource stratégique, indispensable au développement de la nation. Il est du rôle du politique de faire en sorte que cette ressource demeure accessible et disponible. C’est la raison pour laquelle nous devons augmenter nos réserves stratégiques pour pouvoir parer à un éventuel coup dur (catastrophe naturelle, événement géopolitique type blocage du détroit d’Ormuz). Mais nous devons par ailleurs mettre en place les conditions de production d’une énergie bon marché. C’est le rôle d’une saine politique, d’une politique prospective, d’une politique sérieuse, d’une politique authentiquement soucieuse de mettre en avant l’indépendance énergétique avant tout, que de mettre en avant ces questions.

C’est ce que je ferai si je suis élue à la présidence de la République. Vous le savez, la politique de souveraineté est au cœur de mon programme et indissociable de mon projet de redressement de la France. C’est un des axes fondateurs de mon programme présidentiel.

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