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Marine le Pen

Marine Le Pen : Mini bio et équipe de campagne

Marine Le Pen, présidente du Front national, représente ce parti à l’élection présidentielle. Avocate de formation et de profession, elle siège actuellement au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et au Parlement européen.

Son conseiller à l’innovation et à la recherche est David Mascré. Docteur en mathématiques, docteur en philosophie et histoire des sciences, et titulaire d’un troisième cycle en analyse des menaces criminelles contemporaines, il a rejoint le Bureau politique du parti en 2011. Il est également le Délégué National aux études et argumentaires.

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Marine Le Pen : « Modes de décision » en matière scientifique et familiarité avec la science

L’agenda scientifique et politique se construit à partir de sujets médiatiques, enjeux émergents, questionnements propres à la culture du parti et exercices de prospective stratégique.

>> En ce qui vous concerne, comment définissez-vous les sujets à traiter en priorité en matière de science et technologie ?

À partir d’une vision prospective et stratégique. Autrement dit, en analysant les enjeux à la fois politiques, scientifiques, géopolitiques, économiques, stratégiques et éventuellement culturels et civilisationnels de long terme impliqués par les questions soulevées. Mon devoir de femme prétendant exercer la magistrature suprême n’est pas de regarder dans le détail ce qu’il en est de la manière dont se posent les problèmes scientifiques ou dont se déploient les dispositifs pour les résoudre. Par contre, il est de mon devoir d’homme politique de prendre en charge les conséquences sociales, politiques, géopolitiques, économiques et même éventuellement culturelles, intellectuelles et civilisationnelles des avancées scientifiques et des découvertes scientifiques. C’est ce que je m’attache à faire, en étroite liaison avec mes conseillers

Je suis pour cette raison favorable à la mise en place d’un Haut conseil à la prospective. Ce dernier serait la reprise en plus intelligent du Commissariat au Plan qui avait fait les beaux jours de la Cinquième République commençante. Il serait amené à produire une vision stratégique permettant au chef de l’Etat, à ses conseillers et aux principaux représentants du gouvernement de disposer des moyens de se projeter à 20 ou 30 ans et non pas d’être rivés les yeux sur le guidon et prisonniers d’une gestion à très court terme des problèmes.

Le politique se doit par nature de prendre en compte les enjeux de long terme de la science. Il doit aussi prendre en charge les perceptions, attentes et transformations de représentation qui accompagnent nécessairement le progrès de celle-ci. La science génère indissolublement et parfois même simultanément des craintes et des peurs d’un côté, et des attentes et des espérances de l’autre. L’homme politique doit s’efforcer de prendre en charge les unes et les autres et d’y répondre au mieux. Il doit enfin réunir et mettre sur pied les conditions d’un bon fonctionnement de la science. Il doit s’attacher à faire en sorte que les chercheurs puissent travailler dans un bon environnement, disposer du matériel adéquat, s’intégrer dans des projets stimulants, participer à des programmes intellectuellement excitants et vivifiants, développer des coopérations intranationales et internationales enrichissantes et fructueuses. Il doit fédérer les énergies. Il doit aider et contribuer à l’organisation de la communauté scientifique. Il doit mettre en place les garde-fous permettant d’éviter les entreprises dangereuses pour la collectivité. Il doit favoriser la mise en place  d’une bonne et efficace articulation entre recherche fondamentale et recherche appliquée, en même temps qu’entre recherche appliquée et développement industriel. Il doit enfin suivre des règles de prudence (je préfère ce terme à celui de précaution), le cas échéant assorties de protocoles de surveillance et de contrôle, de manière à s’assurer que les savants – de leur propre chef ou parfois sous la pression des médias ou la société civile – ne s’engagent pas dans des impasses politiques ou intellectuelles (affaire Lyssenko) ou des politiques d’apprenti sorcier (clonage)

>> À partir de quoi construisez-vous vos positions et propositions sur les sujets à caractère scientifique ? Vous reposez-vous sur une culture ou formation personnelles, sur la presse spécialisée, sur les médias traditionnels, sur des conseillers spécialisés (précisez leur parcours), sur un dialogue direct avec des scientifiques, sur l’opinion publique, sur les rapports d’experts, sur les arguments d’associations ou entreprises ?

Comme vous le savez, je suis juriste de formation. Mon parcours de juriste et ma profession d’avocate ne fait pas de moi une scientifique au sens propre du terme. Mais mon statut d’homme politique m’oblige à m’intéresser à ces questions.

On ne peut pas faire dans notre société comme si la science n’existait pas et comme si les questions scientifiques ne se posaient pas. La science est omniprésente dans nos sociétés et il est donc de mon rôle, avec mes qualités d’intuition, de synthèse et ma vision prospective de m’intéresser aux problèmes qu’elle soulève, aux conséquences de ses applications, aux effets induits de ses progrès techniques, aux transformations politiques, économiques et sociales induites par ses découvertes ou ses inventions.

Pour mettre en musique ce sens politique dans les questions scientifiques, j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur un certain nombre d’experts ; savants, scientifiques, ingénieurs, universitaires m’entourent et me prodiguent leurs conseils. Ces experts avec les quels je suis en lien étroit se caractérisent par le fait qu’ils ont une réelle pratique de la science et qu’ils ont, pour certains d’entre eux, poursuivi une carrière scientifique de premier plan. Ces experts me livrent, chacun dans leur domaine de compétence ou leur champ de spécialité, des grilles de lecture et des éléments d’analyse précis et fins qui me permettent de bien comprendre les grands enjeux associés à certaines problématiques scientifiques. Telle est la source première à laquelle je m’alimente pour construire ma vision politique et prospective des problèmes et affiner ma perception de la place que tiennent aujourd’hui les sciences dans la société.

Parallèlement, j’entretiens un dialogue direct avec certains scientifiques et universitaires non militants. Ce dialogue me permet d’être informée de l’évolution des problématiques scientifiques mais aussi des conditions concrètes d’exercice de la science – vie des laboratoires, financement de la recherche, valorisation des travaux. Ces échanges sont pour ces scientifiques un moyen de me faire passer des éléments d’information, de me raconter ce qui se passe dans les laboratoires, de m’expliquer les difficultés auxquelles ils se heurtent, de me faire connaître les dysfonctionnements qu’ils constatent dans leur quotidien – sous-financement, charges bureaucratiques excessives, faible valorisation médiatique des travaux menés, déclassement social, difficulté à faire valoir l’excellence et à sortir de la logique de promotion à l’ancienneté, développement du népotisme, apparition de phénomènes de censure, stérilisation de certains champs disciplinaires du fait d’approches méthodologiques viciées ou de cheminements conceptuels erronés, blocages institutionnels et scientifiques du fait de l’irruption dans certains champs d’activité de considérations idéologiques sans rapport avec la science. Ils sont en outre pour ces scientifiques un moyen de faire remonter au politique des éléments d’analyse ou de synthèse qui, parfois, ne parviennent pas à passer par la voie normale de la publication scientifique ou de la discussion académique. Cela leur permet notamment d‘alerter le politique sur des dangers méconnus ou des dérives cachées du fonctionnement de certaines de nos institutions et de donner au politique des grilles de lecture différentes de celles en vigueur dans les cénacles dominants ou dans les rapports officiels.

>> Qu’attendez-vous comme type d’information pour commencer à former une politique : des conclusions définitives, une vue d’ensemble de la situation, des pour et contre… ?

Cela dépend du sujet considéré. La situation la plus souhaitable, évidemment, est celle dans laquelle le décideur dispose d’une vue d’ensemble de la situation. C’est celle qui, idéalement, permet précisément d’agir avec sagesse et prudence, de mettre en avant les bonnes solutions après avoir écouté tous les arguments, tenu compte de toutes les forces en présence, et pris connaissance de l’ensemble du dossier.

Le drame c’est que cette situation est l’exception exceptionnelle. Il est très rare en effet que le décideur politique se trouve dans cette situation et il est même parfois impossible d’y parvenir. Par définition, dans les sociétés modernes, un homme politique est quelqu’un qui dispose de très peu de temps, qui ne peut par lui même prendre intégralement connaissance de la situation ou des éléments du dossier qui lui est soumis.

Il y a donc en amont un travail de filtrage et de prémâchage qui doit être opéré par les experts et les conseillers du décideur politique. Ce travail de filtrage, de synthèse et de préparation des dossiers est extrêmement important. Il permet à l’homme politique de disposer d’une vue d’ensemble synthétique et de prendre connaissance en un temps relativement court des informations clés d’un dossier. Il lui permet de disposer des arguments et autres éléments d’analyse qui lui permettront en peu de temps de se faire une idée tout à fait claire du sujet qu’il doit traiter et de la question qu’il doit éventuellement trancher.

Cette situation correspond à celle que rencontre le plus souvent l’homme politique. A côté de cette situation standard, il existe néanmoins également des situations où l’homme politique est dans l’incapacité de décider clairement, où il se trouve en quelque sorte contraint d’avancer dans le brouillard. Il existe en effet des champs ou des domaines dans lesquels, de toutes façons, par essence pourrait-on dire, il est impossible d’avoir non seulement une vue d’ensemble mais même des conclusions définitives et tranchées. Ces cas sont loin d’être négligeables. Ils sont même hautement fréquents. C’est le cas de la plupart des disciplines relevant de l’humain (problèmes sociaux, problèmes politiques) ou de l’action humaine et des institutions humaines (administration, droit, économie, guerre, production, rapports sociaux …). Dans ces champs, on travaille dans le flou ; on est par nature dans le domaine du mouvant, de l’incertain.

Même dans des disciplines relevant pourtant en propres des sciences dites dures ou encore des sciences exactes, il arrive que l’on soit dans le flou et que des questions demeurent très largement ouvertes. En sciences comme ailleurs, il faut se méfier beaucoup des effets de mode, a fortiori lorsque ceux-ci cachent des intérêts ou des mobiles politiques, géopolitiques, stratégiques inavoués. C’est typiquement le cas pour la question du réchauffement climatique. C’est plus généralement le cas pour les questions qui, à plus ou moins long terme, mettent en jeu la question des ressources, la question du partage des richesses, la question des frontières, la question de la propriété des biens, la question des nouvelles techniques : Quels sont les effets sur les populations de l’hyperconcentration urbaine ? Quelles seront les transformations sociales et économiques induites par le développement des TICE ? Doit-on faire un moratoire sur l’exploitation ou le commerce de certaines espèces animales ? Comment protéger la biodiversité sans nuire au développement humain ? Faut-il envisager de nouvelles règles internationales en matière de droit de l’espace ? Quelles règles mettre en place pour parvenir à une exploitation harmonieuse, pacifique et respectueuse de l’environnement, des ressources minières contenues dans le sous-sol ? Y aura-t-il un jour des guerres de l’eau ? Des populations entières connaîtront-elles des situations de stress hydrique ? Comment gérer les ressources agricoles ? Il est très difficile de répondre par avance à ces questions tant elles dépendent de paramètres différents et souvent non corrélés.

Même chose pour la question du nucléaire. Même chose pour la question du gaz et du pétrole. Ces énergies sont-elles de bonnes énergies ? Sont-elles profitables à l’humanité ? Sont-elles propres à faciliter l’épanouissement des sociétés ? Leurs effets négatifs dépassent-ils ou non leurs effets bénéfiques ? Ont-elles une incidence sur le réchauffement de la planète ? Autant de questions sur lesquelles il est très difficile au politique de trancher.

Il existe tout un ensemble de sujets qui, par nature ou du fait de leur complexité et de leur intrication, ne peuvent faire l’objet d’un consensus et sur lesquels il est très difficile de disposer de conclusions définitives.

>> Comment décririez vous le rapport entre le monde de la science et celui de l’action publique ? Avez-vous suffisamment accès aux informations nécessaires voire au acteurs concernés ? Que proposeriez vous pour faire évoluer ce rapport ?

Cette question est une question clé. Elle met en effet le doigt sur un point souvent passé inaperçu des médias et du monde journalistique : le basculement extrêmement rapide qui s’est opéré après 68, disons de manière plus générale au tournant des années 70, dans le rapport qui s’établissait jusqu’alors dans le monde occidental entre la figure du savant et la figure du politique. Tout au long du 19ième siècle et même avant, mais particulièrement tout au long du grand 19ième siècle – soit de la période allant du Consulat (1899) à la première guerre mondiale (1914) – la figure du savant était une figure majeure non seulement de la vie sociale, mais aussi de la vie politique. Au sein des sociétés occidentales, le savant a bénéficié pendant plus de deux siècles d’un poids considérable, non seulement en termes de renommée et de considération publique, non seulement en termes de reconnaissance des mérites acquis et de reconnaissance symbolique, mais également en termes de reconnaissance morale et sociale.

Dans les sociétés européennes du 18ième et du 19ième siècle, le savant était non seulement une autorité morale mais aussi et encore bien souvent une autorité politique. La IIIième République – forme de régime pour laquelle Marine Le Pen éprouve une réelle sympathie, notamment sur le plan de l’idéal méritocratique comme cela apparaît avec force dans nombre de ses discours et réflexions – la IIIième République donc, en considérant l’acquis général de cette période, au moins la première partie (1870 – 1914), a été une période faste. Elle fut une période de rayonnement de la science, d’essor scientifique considérable. Elle fut une époque bénie pour les savants qui pouvaient dans nombre de cas et à bien des égards s’appuyer sur un soutien officiel et bénéficier d’une authentique reconnaissance institutionnelle et sociale. Je vous épargne la figure de Pasteur qui reste depuis la IIIième République l’archétype même de l’homme de science – un homme qui, incontestablement, a profondément bouleversé son temps, exercé une influence considérable sur son époque et joui d’une reconnaissance posthume sans égale. Pour prendre un simple domaine – celui des mathématiques – la IIIième République nous offre toute une foule de grands noms – Darboux, Hermite, Appell, Painlevé, Poincaré, Picard, Borel, Lebesgue – qui ont, chacun à leur niveau, marqué leur temps. Dans un domaine non moins considérable, celui de la physique, on pourrait aligner des dizaines de noms, de Pierre Curie à Louis de Broglie en passant par Nicolas Tesla, Edouard Branly, Paul Langevin, Frédéric et Irène Joliot Curie.

Je passe sur des figures comme Jean Perrin qui, outre son rôle éminent dans l’avancement des sciences et le progrès de la physique de son temps, a exercé un rôle politique de premier plan, tout à la fois comme fondateur puis directeur du CNRS et comme secrétaire d’État à la recherche dans le ministère Blum de 1936.

Je préfère citer ici la figure d’un Henri Poincaré qui – quoique en retrait de la vie politique tout au long de son immense carrière scientifique a joué un rôle fondamental dans un certain nombre de problématiques politiques de son temps à commencer par l’affaire Dreyfus où il lui fut demandé très officiellement d’intervenir comme expert et où il accepta finalement de rédiger, en 1904, en liaison avec Gaston Darboux et Paul Appell un rapport d’enquête intitulé « Examen critique des divers systèmes ou études graphologiques auquel a donné lieu le bordereau ».

Je pourrais citer encore Emile Picard dont le rôle a été déterminant dans l’effort de reconstruction de l’édifice scientifique et universitaire du pays après la première guerre mondiale. Je pourrais citer enfin Alfred Lacroix, immense minéralogiste et pétrographe dont les voyages en Guinée, au Soudan, en Amérique du Nord, dans le Pacifique, à Madagascar firent non seulement faire des progrès immenses à la minéralogie mais permirent d’accroître le rayonnement de la France partout dans l’Empire français et à travers le monde.

Force est de constater que cette période dans laquelle le savant représentait tout à la fois une autorité intellectuelle et une autorité morale et jouissait socialement d’une position de surplomb au sein de la société, est totalement abolie. Sous l’effet de la montée en puissance de la médiacratie, la République des savants a bel et bien disparue de notre horizon politique et, ce qui est plus grave encore, de notre horizon mental. Rien d’étonnant à cela si l’on veut bien comprendre le caractère fondamentalement antagonique des logiques qui président au fonctionnement des sciences d’un côté et des médias de l’autre.

Considérons un instant la liste de nos lauréats français du prix Nobel : Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak (pour la physique), Jean-Marie Lehn (pour la chimie). Lequel d’entre eux est connu du grand public ? Lequel d’entre eux a fait l’objet d’une émission en prime-time sur une grande chaîne de télévision nationale ? Lequel d’entre eux a réellement et régulièrement été consulté par le politique ? Aucun ! Il y a là un indice manifeste et concret de l’existence d’un vrai problème de reconnaissance par le politique de la qualité scientifique et de la plus value que peut apporter le savant dans l’analyse des phénomènes de société et la résolution des problèmes qui naissent en leur sein.

Je suis l’une des rares candidates et peut être même la seule qui soit en mesure de remettre la science au centre de la société et de redonner au savant la place qui lui revient de droit dans l’espace public. Cela m’apparaît d’autant plus nécessaire que nous comptons dans notre pays de nombreux savants de premier plan. Mais qui sont souvent inconnus du grand public et dont les travaux ne percent que rarement le cercle étroit des spécialistes.

Regardez ce qui s’est passé avec Maurice Allais. Nous avons eu là un exceptionnel économiste dont on percevra peut être seulement dans cent ans toute la profondeur de l’œuvre. Mais un économiste – notre seul prix Nobel dans la discipline – qui aura souffert toute sa vie d’avoir eu raison trop tôt. Je me suis attaché, en liaison avec mes conseillers scientifiques et économiques à reprendre un certain nombre de ses analyses et à les faire passer au grand public. Je suis sans doute le seul homme politique qui ait pris le temps d’approfondir sa connaissance de l’œuvre de Maurice Allais, en tous les cas d’avoir pris le temps de l’examiner, et d’avoir fait siennes un grand nombre de  ses conclusions.

Je me bats pour que les propositions de cet homme, qui avait été le premier – dès 1999 – à voir venir la grande crise économique de 2008, soient entendues et mises en œuvre.

Je crois du reste que c’est la seule solution pour que nous sortions de la crise actuelle et puissions nouer au sein du continent européen des partenariats bilatéraux susceptibles de déboucher sur une Europe viable et économiquement prospère.

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Marine Le Pen : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Il ne faut jamais s’enfermer dans des grilles toutes établies. Il est évident que les ressources qui permettent aujourd’hui de produire de l’électricité sont encore et toujours majoritairement des ressources fondées sur les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon). Les chiffres en termes de consommation mondiale sont les suivants : 37 % pour le charbon, 28% pour le pétrole et 21 % pour le gaz. La plupart des pays, notamment les pays émergents comme la Chine, l’Inde, produisent leur électricité essentiellement sur la base de centrales thermiques utilisant le charbon. Le gaz va monter en puissance, tandis que le pétrole va décliner. Tous les experts pensent que le peak oil a été atteint ou est sur le point de l’être. Même s’il y a un renchérissement du prix du pétrole qui fait qu’effectivement un certain nombre de projets de forage et d’exploitation seront rentabilisé à moyen et long terme et pourront encore augmenter un petit peu le volume des réserves exploitables, il est certain que l’on n’aura pas de pétrole ad vitam aeternam. C’est un élément que tout homme politique doit naturellement prendre en compte. Et c’est un élément dont je suis personnellement parfaitement consciente. S’il y a un facteur dont je tiens très largement compte dans mes analyses géopolitiques, c’est celui de la raréfaction d’un certain nombre de ressources. Mais faire ce constat ne signifie pas que nous devions nous enfermer dans la déploration ou le fatalisme. Nous ne sommes pas prisonniers de ce schéma de production électrique qui fait reposer l’essentiel de notre couverture énergétique sur l’exploitation des hydrocarbures. Nous disposons pour garantir nos besoins énergétiques d’un certain nombre de ressources, de systèmes d’énergies renouvelables, comme l’hydraulique notamment. En France nous avons la chance de disposer d’un parc hydraulique qui fonctionne bien, qui est relativement important mais qui pourrait être encore accru. Nous disposons par ailleurs d’un savoir faire et de la maîtrise technique pour  multiplier et étendre le nombre de nos usines marémotrices ou géothermiques. Nous savons également exploiter la biomasse et l’énergie solaire. Toutes ces filières énergétiques représentent à l’évidence des solutions d’avenir.

Nous avons certes connu, dans le sillage de la politique d’indépendance énergétique et militaire voulue par le général de Gaulle, sous Pompidou et Giscard une politique énergétique centrée sur un très fort soutien au développement de l’électronucléaire civil. Ce qui nous met aujourd’hui dans une situation effectivement très particulière en regard de ce qui se passe dans les autres États européens. La France en effet, avec plus de 75 % de sa production électrique provenant de son parc électronucléaire civil fait figure d’exception dans le paysage européen. Sous cet angle, il est clair que les gouvernants français se trouvent face à un certain nombre d’exigences contradictoires. D’un côté l’électronucléaire offre l’avantage de mettre à disposition une énergie peu coûteuse et souple d’utilisation qui, contrairement à la plupart des autres filières de production ne dépend ni des saisons (solaire), ni des caprices de la météorologie (éolien), ni des variations climatiques (biomasse). Une énergie qui, en outre, présente l’avantage – encore faudrait-il nuancer le propos et examiner les choses de plus près en considérant les situations au cas par cas – de présenter une relative sécurité du point de vue de l’approvisionnement primaire en combustible. L’uranium qu’on exploite dans différentes mines d’Afrique est aujourd’hui relativement accessible. Et même si les Chinois vont de plus en plus chercher à prendre des parts de marché dans ce secteur, on peut dire que c’est une filière d’approvisionnement relativement sécurisée pour la France. Il en va tout autrement pour le pétrole et le gaz qui nous rendent extrêmement dépendants du Moyen-Orient (pour le pétrole), de la Russie (pour le gaz), ou même de l’Afrique (pour le pétrole et le gaz). Inutile de faire un tableau. Chacun sait combien les filières montées autour de ces réseaux d’approvisionnement ont été pour la France la source de corruptions importantes et la cause du développement de réseaux de financement opaques incompatibles avec le fonctionnement normal d’une vraie démocratie. Qu’il suffise ici d’évoquer Elf et les affaires sordides nées à la suite de la mise en place de la politique d’octroi des concessions et d’appropriation des champs pétroliers par Elf en Afrique dans les années 70-80. Je suis comme vous le savez très attachée à cette question qui renvoie fondamentalement au problème de la morale en politique. Je mettrai en œuvre les décisions nécessaires pour casser ce système de corruption réciproque et de relation endogamique qui existe aujourd’hui au niveau des relations internationales entre le politique, l’industriel et le diplomatique. Il est extrêmement important que, sans tomber dans l’idéalisme, nous puissions assainir nos relations avec les pays du Sud – africains au premier chef mais aussi sud américains ou sud-asiatiques – producteurs de matière première et disposer un système de production d’électricité qui ne soit ni opaque, ni surtaxé, ni source de versement de commissions et de rétro-commissions etc. C’est un élément auquel je prête également une grande d’attention. Evidement, tout le monde est conscient – et Marine Le Pen la première – de la nécessité où nous nous trouvons de ne pas nous contenter de prolonger les courbes et de la nécessité impérieuse où nous nous trouvons de penser la question du nucléaire aujourd’hui en des termes différents de ceux dans lesquels on la pensait il y a 20 ou 30 ans. Tout le monde est conscient que la catastrophe de Fukushima, survenue dans un des pays les plus développés au monde et les plus sécurisés au monde – même si le contexte géologique demeure différent et même si la probabilité que survienne en France un phénomène sismique de grande ampleur suivi d’un tsunami analogue à celui qui submergea et ravagea  les côtes du Nord-Est du Japon apparaît très faible – change en partie la donne. Il n’est pas contestable que la catastrophe de Fukushima a contribué à faire naître une réflexion nouvelle sur la question de la sécurité nucléaire et contraint les pays développés – Allemagne et France en premier lieu – à réfléchir en termes nouveaux à la question de la sécurisation de leur parc électronucléaire.

Je suis pour ma part résolue plus que jamais, dans le cadre d’une grande politique de rétablissement de la souveraineté nationale, à accroître et renforcer la sécurisation de nos moyens de production et d‘approvisionnement et plus généralement de renforcer et d’améliorer notre politique énergétique (de l’approvisionnement au retraitement en passant par l’exploitation proprement dite). Plus qu’aucun autre candidat je suis, vous le savez, attachée à la restauration de la verticale de pouvoir. Je ferai en sorte que les procédures de contrôle soient effectivement appliquées, que les personnes recrutées pour travailler à l’entretien et à l’amélioration du parc nucléaire français soient hautement qualifiées, que le personnel en charge de la surveillance des installations soit doté de la meilleure formation et muni d’une conscience professionnelle sans faille. Le nucléaire – comme dans un autre registre la chirurgie – est un domaine dans lequel on n’a pas le droit à l’erreur. C’est un domaine qui ne souffre ni le doute ni l’approximation. Il y a un énorme travail à faire en ce domaine. Un travail qui à l’évidence ne sera pas sans incidence sur le coût final de l’électricité facturée au consommateur. Il ne faut pas être naïf dans cette affaire. Il n’y aura pas de solutions optimales et toutes les solutions qui nous seront proposées, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, des schistes bitumeux, de la biomasse ou de gaz – toutes énergies qui peuvent, chacune à leur niveau, présenter des avantages relatifs non négligeables par rapport à ceux présentés par les autres filières d’exploitation – se feront toujours à l’avantage d’un de nos pays concurrents ou rivaux. Il faut savoir avec qui nous voulons nouer des alliances, à qui nous sommes prêt à concéder des avantages et sur quelles ressources nous souhaitons faire reposer notre développement futur.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Je me suis prononcée depuis longtemps pour un renforcement de la recherche sur les énergies nouvelles, du type solaire, géothermie ou hydrogène. Parallèlement je plaide depuis longtemps pour une réduction d’un certain nombre de nos dépenses. Dans nombre de domaines nos sociétés se révèlent souvent incroyablement énergivores. Il faut revenir à une politique de chasse au gaspis. C’est un point fondamental. Il existe un gaspillage considérable dans un certain nombre de secteurs que l’on pourrait améliorer. C’est le cas de l’habitat ; c’est aussi le cas des transports. Il existe aujourd’hui tout un ensemble de systèmes de transports dont le fonctionnement demande à être entièrement repensé. Le réseau actuel de transports, notamment dans les grandes conurbations (Paris, île de France, Lyon, Toulouse, Marseille) est en effet devenu cauchemardesque et rend chaque jour la vie un peu plus difficile aux Français.

Nous sommes tout de même à l’ère d’internet, soit d’une technologie qui permet le développement quasi à volonté du télétravail. En s’engageant dans cette voie, nous réduirions considérablement le nombre et la durée des transports des Français. Il serait tout à fait possible en s’organisant intelligemment de faire tourner nos entreprises ou nos administrations en ne demandant aux Français de se rendre dans leurs bureaux que 2 à 3 jours par semaine et en les laissant le reste de la semaine travailler tranquillement chez eux. En procédant ainsi, nous permettrions à nos sociétés de faire des économies considérables en termes de consommation d’énergie. C’est un point très important. Il nous faut sur ce plan nous inspirer de la pratique des Allemands. Ces derniers sont en effet très attentifs à la fois à la qualité de leur construction immobilière, mais aussi à la qualité de leurs éclairages publics, de leurs systèmes de transports (réseaux routiers, réseaux ferroviaires, aéroports …). Ils travaillent tout à la fois à la préservation de leurs ressources, à la lutte contre le gaspillage et à l’harmonie de leur développement territorial. C’est un élément très important auquel dont il importe de tenir grandement  compte dans un contexte de désertification des campagnes, de disparition des services publics des zones rurales, de repli forcé des populations vers les centres urbains de moyenne ou de grande taille. Combien de Français sont-ils aujourd’hui contraints de faire des déplacements considérables pour conduire leurs enfants à l’hôpital, accompagner leur femme à la maternité, s’inscrire sur des registres d’état civil, mettre leur enfant à l’école, etc. ? Il faut vraiment repenser cette politique, qui me semble fondée sur une fausse rationalisation des coûts économiques, et qui repose bien davantage sur des analyses de court terme que sur une saine vision prospective : on nous a  fait croire que l’avenir c’était de construire des mégapoles gigantesques où l’on entasserait les gens les uns sur les autres. Ce n’est pas ma conception. Ma conception du développement, c’est celle qui permet de bâtir une France harmonieuse, de poursuivre un développement équilibré, de respecter la diversité et la spécificité des territoires qui la composent.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Je veux mettre sur pied un Haut conseil de la prospective ; une sorte de Commissariat au plan qui aura pour vocation de repérer les axes stratégiques dans lesquelles la France pourra assoir son développement dans les 10, 20, 30 ans à venir. , qui aura pour mission de donner un certain nombre d’instructions pour justement rendre concret ces axes et politiques de développement mais aussi qui sera un facilitateur d’échange et d’exécution entre différents acteurs d’un certain nombre de filières, là en l’occurrence les filières de l’énergie, ce qui permettra de mettre autour d’une table différents acteurs de cette filière : le CEA, EDF, Alstom, Areva, etc. Je serai extrêmement attentive, via la mobilisation de personnes irréprochables et en même temps hautement compétentes, au fait de casser un certain nombre de réseaux qui trop longtemps en France ont empêché le développement harmonieux de notre politique industrielle et permis le développement d’intérêts privés au détriment de l’intérêt public.

Ma politique sera fondée sur deux principes. Le premier est un principe de pilotage par l’Etat. Dans ce domaine, je m’inscris dans la grande tradition colbertienne française avec définition et assignation par l’Etat d’un certain nombre de lignes de force stratégiques nécessaires au développement de la France. Mais en même temps à l’échelle intermédiaire et surtout au niveau individuel et concret du fonctionnement de la vie de la recherche, je m’attacherai à octroyer une très grande souplesse et une grande libéralité aux chercheurs, aux équipes de recherche et aux laboratoires dans le fonctionnement quotidien de leur travail (collecte de fond, organisation de colloques, établissement des projets de recherche, recherche individuelle…).

Nous sommes aujourd’hui dans un système ultra bureaucratisé, où la charge administrative est devenue insupportable aussi bien à l’échelle individuelle des chercheurs qu’à l’échelle collective des laboratoires (que ceux-ci dépendent du CNRS ou de l’INSERM ou de tout autre organisme d’État). Idem pour la R&D. Les entreprises sont aujourd’hui écrasées de demandes contradictoires, en termes de responsabilité sociale, de responsabilité éthique, de préservation de l’environnement.

Conséquence, elles ne peuvent consacrer à la R&D qu’un faible reliquat de tout ce qu’elles n’ont pas dépensé pour se couvrir dans les autres secteurs. Nous sommes ici en présence d’une forme de matrice inversée qui fait que ce qui devrait être la priorité – l’innovation, la vraie R&D — et non pas les systèmes une peu factices de maquillage sous forme de recherche pour obtenir les crédits impôt recherche de chose qui en fait n’ont rien à voir avec la recherche — est tout à fait sacrifiée en France, en tout cas extrêmement sous-financée au profit de secteurs secondaires voire sans intérêt. Tout ceci parce que les entrepreneurs soit n’ont pas une vision stratégique suffisante, soit ont le nez collé sur le guidon et ne voient qu’à une échéance de 3 mois ou 2, soit sont dans une perspective de rentabilité immédiate, commerciale et voient dans la R&D une sorte de danseuse inutile. Il y a quelques fleurons aujourd’hui, qu’il faut non seulement préserver mais dont il faut étendre en quelque sorte le mode de fonctionnement pour que des sous-traitants, les PME-TPE puissent à leur tour participer à la compétition, faire valoir leurs idées innovantes ou leurs découvertes lorsqu’elles permettent une réelle percée scientifiques ou industrielles et qu’on sorte de ce système plus ou moins d’oligopole déguisé dans lequel on a une très grande iniquité entre les très grandes entreprises et les multinationales d’un côté et les PME-TPE de l’autre.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Il n’y a pas d’énergie propre. Toute énergie produit nécessairement des déchets ou des externalités négatives. Tout est une question de choix. Quel prix symbolique sommes nous prêts à payer, quels effets négatifs sommes nous prêts à accepter pour avoir de l’énergie ? Il en va de même pour le prix économique. Tout dépend de nos choix de société et du modèle de développement que nous avons décidé de suivre.

Il n’en reste pas moins qu’en matière d’énergie nous ne sommes pas en présence d’un bien comme un autre. Nous sommes en présence d’une ressource stratégique, indispensable au développement de la nation. Il est du rôle du politique de faire en sorte que cette ressource demeure accessible et disponible. C’est la raison pour laquelle nous devons augmenter nos réserves stratégiques pour pouvoir parer à un éventuel coup dur (catastrophe naturelle, événement géopolitique type blocage du détroit d’Ormuz). Mais nous devons par ailleurs mettre en place les conditions de production d’une énergie bon marché. C’est le rôle d’une saine politique, d’une politique prospective, d’une politique sérieuse, d’une politique authentiquement soucieuse de mettre en avant l’indépendance énergétique avant tout, que de mettre en avant ces questions.

C’est ce que je ferai si je suis élue à la présidence de la République. Vous le savez, la politique de souveraineté est au cœur de mon programme et indissociable de mon projet de redressement de la France. C’est un des axes fondateurs de mon programme présidentiel.

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Marine Le Pen : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Je suis contre cette présentation du problème. Les indicateurs statistiques, par nature, sont parfaitement manipulables. On ne doit pas d’abord mesurer cette dernière au moyen d’outils quantitatifs mais qualitatifs. Ce n’est pas parce que vous pouvez mettrez ensemble de très bons chercheurs et que vous leur donnerez des sommes très importantes, qu’ils vont trouver. Comme disait le Général de Gaulle : « des chercheurs qui cherchent on en trouve mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ».

Deuxièmement, l’approche quantitative ne permet nullement de distinguer ce qui est de la vraie D de ce qui est de la fausse R&D. En ce domaine, les possibilités de maquillage et de dissimulations sont nombreux. On l’a vu avec le crédit impôt recherche voté en 2008 dans le cadre du plan de relance programmé par Sarkozy1 pour parer aux conséquences de l’effondrement boursier de septembre 2008 et de la crise économique et financière de 2008 – une crise économique qui, soit dit en passant n’était que la conséquence directe des principes dont se réclamait Nicolas Sarkozy et de la stricte application des principes ultralibéraux que lui-même prétendait mettre en œuvre pour sortir la France de l’ornière : dérégulations à tout va, limitations des droits d’enquêtes dans le domaine des avocats d’affaires, facilitation de la circulation monétaire, remise du pouvoir économique aux banques centrales et à la FED, vente massive des réserves d’or des banques centrales. Les Français en ce domaine comme en d‘autres ont bien souvent la mémoire courte. Rafraichissons leur la mémoire s’il le faut. Et rappelons leur que c’est bien ce même Nicolas Sarkozy qui, alors même qu’il était ministre des finances et du budget en 2003-2004, a vendu 600 tonnes d’or au prix dérisoire de 350 $ l’once alors qu’il est aujourd’hui à 1700$. C’est Nicolas Sarkozy qui, en cinq années de présidence, a augmenté la dette de la France de près de 500 milliards d’euros. Nicolas Sarkozy a de ce point de vue eu une responsabilité majeure dans la dégradation de la situation économique et financière de la France. Les politiques  qu’il a cherché à « mettre en œuvre » pour sortir la France de cette crise économique et financière loin d’améliorer la situation n’ont fait que l’aggraver. Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde ont du reste été les premiers à nier de toutes leurs forces la gravité de cette crise et à prétendre la minimiser, affirmant sans vergogne fin 2008 que la crise était derrière nous,  expliquant à tout va en 2009  qu’on voyait le bout du tunnel, et racontant à qui voulait l’entendre en 2010 que ça y était, que la croissance était de retour et qu’on aurait bientôt 2% de croissance du PIB. On a vu que tout ça était totalement faux et mensonger. Mais comme toujours Nicolas Sarkozy, en illusionniste de première classe, a réussi à masquer ses mensonges et ses insuffisances en faisant croire aux Français qu’il allait relancer la France en mettant en place des programmes de crédit impôt recherche destinés à soutenir la recherche et développement. Quand on regarde de près ce qu’il en est de ce dispositif, on s’aperçoit qu’un certain nombre de ces prétendus crédits impôt recherche censés aider les entreprises dans leur effort de R&D ont été simplement des outils de maquillage comptable et ont permis de faire passer comme R&D des prestations qui n’en étaient pas du tout. Vaste fumisterie, ces prétendus aides à la recherche étaient en réalité destinées à tout autre chose et ont surtout permis aux entreprises de toucher des subventions – théoriquement interdites par Bruxelles – déguisées.

L’approche quantitative me semble donc totalement insuffisante pour répondre à la question de la performance économique et du pouvoir d’innovation. C’est vrai que des pays comme la Suisse, la Corée du Sud consacrent une part importante de leur PIB à la R&D mais cela ne suffit pas à rendre compte de la performance de leurs entreprises en ces domaines. Avant tout, ce qui compte c’est l’organisation du système de recherche et développement et surtout la qualité du continuum enseignement supérieur/recherche fondamentale/recherche industrielle/exploitation commerciale. C’est la qualité de ce continuum qui fait la force de ces pays.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.inventioneurope.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il existe en réalité au moins deux approches de la R&D. Une approche européenne et une approche américaine. Aux Etats-Unis, l’approche est principalement de type bottom/up – même si le schéma inverse existe aussi, notamment au niveau de la R&D militaire qui sous l’effet du poids du  complexe militaro-industriel demeure extrêmement importante et puissante. En Europe, l’approche est plutôt du type top/down. C’est le cas en France en particulier où l’on a depuis longtemps l’habitude d’avoir une politique très administrée, un pilotage de la recherche par le haut – même s’il ne s’est jamais réalisé pleinement dans l’esprit et à la hauteur des ambitions que souhaitaient voir lui donner les pères fondateurs du CNRS.

Je souhaite mettre sur pied une politique d’équilibre en donnant d’un côté d’importants moyens au Commissariat au plan/Haut conseil à la prospective que je mettrai sur pied dès mon investiture, et en laissant de l’autre côté beaucoup de liberté sur le terrain aux chercheurs pour que ceux-ci puissent aller au bout de leurs idées, développer à fond leurs projets, nouer en toute liberté d’authentiques partenariats, être déchargés des charges administratives superflues, être dégagés de la paperasse et du travail bureaucratique indu.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Votre question n’attend pas une réponse unique. On est typiquement dans des situations où le jugement doit s’exercer au cas par cas. A l’évidence, on ne peut demander aux universités de tout faire. La loi Savary de 1984 les a accablées d’une liste interminable de missions. Il fallait qu’elles participent à la cohésion du territoire national, au développement territorial, à l’égalité des chances, à la promotion de la diversité, à l’imposition de la démocratie dans les conseils d’administration… Cette loi qui a régi pendant plus de 25 années le monde de l’université a fait extraordinairement de tort à l’université. Elle continue aujourd’hui encore à en faire tant il est vrai qu’elle se subsiste à elle-même par delà ses amendements à la marge. Ne nous leurrons pas en effet, malgré la LRU la loi Savary demeure aujourd’hui encore bien vivante. De fait, la LRU s’est arrêtée au milieu du gué. Elle a introduit dans le monde universitaire une certaine logique ultra-libérale, via la mise en place d’un certain nombre de mesures de privatisation, l’ouverture des conseils d’administration au monde de l’entreprise, le tout dans un esprit finalement assez thatchérien mais avec 30 ans de décalage. On peut  se demander si ce modèle qui avait été expérimenté au Royaume-Uni sans du reste faire l’unanimité pour lui, était réellement adapté à la France. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui un certain nombre de matières fondamentales, des matières relevant des sciences humaines bien sûr comme la philosophie ou l’histoire, mais aussi des disciplines relevant des sciences dures comme la chimie, la botanique ou la biologie souffrent énormément aujourd’hui du fait de cette réorganisation du financement universités qui va de pair avec un authentique retrait de l’Etat.

Dans le même temps on n’a pas été jusqu’à libéraliser entièrement le système en autorisant par exemple la création d’universités privées. On ne peut toujours pas aujourd’hui en France créer des Stanford ou des MIT qui fonctionneraient entièrement sur financements privés. Cette manière de faire est typique de la prise de décision à la française. On prétend imiter les Etats-Unis mais en réalité on le fait mal, à moitié, ou de travers.

Vous soulevez la question du rôle de l’université dans l’innovation. Là aussi les mots sont piégés. Qu’appelez-vous innovation ? Qu’est-ce à vos yeux que l’innovation ? Pour répondre à ces questions encore faudrait-il s’entendre sur le sens à donner au mot innovation. Enfin l’innovation n’est rien si elle n’est pas suivie d’exploitation. Celle-ci passe nécessairement par des prises de brevets et la mise sur pied de solutions qui permettent de valoriser les découvertes et de favoriser leur rayonnement en essaim.

Cela ne sert à rien de faire de «la R&D», de « l’innovation » comme on dit dans la novlangue contemporaine, si c’est soit pour ne pas l’exploiter, soit pour la refiler à ses concurrents sitôt la découverte accomplie et le mystère percé.

L’innovation ne peut s’accomplir dûment que si elle se fait en bonne intelligence entre acteurs de la recherche fondamentale et acteurs de la recherche appliquée. Elle suppose qu’existe un sain partage des tâches, lequel partage des tâches ne peut à son tour fonctionner dûment qu’en étant fondé sur le critère de l’expérience. Là où ce sont les entreprises qui sont à la pointe du progrès, qui disposent de la capitalisation de la connaissance et de la maîtrise des circuits d’information les plus forts, il est tout à fait légitime que ce soient elles qui servent en quelque sorte de moteur, qui reprennent la suite des laboratoires d’État, qui créent des partenariats y compris même à des fins commerciales. Que Dassaut finance des expériences en haute technologie avec de l’électronique embarquée, Total en géophysique et en recherche et exploitation minière… ne me choque pas du tout et me semble au contraire tout à fait profitable. Cela sera bénéfique aussi bien à Total qu’aux différents acteurs de l’université concernés. Par contre, dans le cas inverse où les universités sont en pointe sur un domaine de recherche, il est normal que ce soient elles qui aient le leadership et que les entreprises appelées à travailler en partenariat avec elles ne viennent en quelque sorte qu’en second temps.

Le problème aujourd’hui en France, c’est qu’un grand nombre d’entreprises n’ont pas ou peu les moyens de faire des R&D sérieuses. Pour cette raison il est nécessaire qu’existe une recherche d’État forte et performante, qui puisse travailler dans la durée mais qui soit surtout excellente. Aujourd’hui on souffre surtout du fait que l’on a succombé à des logiques égalitaristes, démagogiques, liés à la massification. On a multiplié le nombre  des laboratoires, des maîtres de conférences, des chercheurs et des spécialités, ce qui fait que l’on a beaucoup de chercheurs très mal rémunérés, d’universitaires sous-classés, malheureux dans leur profession, dont un certain nombre qui n’ont plus ce sentiment de considération et de reconnaissance que pouvait avoir un Poincaré, un Painlevé, ou Picard et qui de fait sont enfermés dans leur petite marotte disciplinaire sans aucun rapport avec l’intérêt de la société ou même sans aucune prise en considération des conséquences économiques ou industrielles que pourraient avoir leurs travaux. On est dans des cloisonnements qui sont extrêmement préjudiciables et à la vitalité interne de la science dans l’université, à la circulation de la sève entre les différents rameaux et les différents branches de l’arbre de la science et à l’intérieur de ce continuum public/privé qui, dans tout Etat normalement constitué, devrait constituer la clé de voûte d’une politique d’innovation et fonctionner de manière relativement harmonieuse et naturelle. Là aussi le modèle Suisse pourrait beaucoup nous inspirer. C’est quand même un modèle qui a réussi une synthèse extrêmement intéressante entre une université de tout premier plan, en pointe sur bien des domaines et un tissu économique et industriel de première qualité. On ne compte plus aujourd’hui les entreprises suisses— pas uniquement dans des niches comme la finance, l’assurance ou les services bancaires, mais dans plusieurs secteurs clés comme l’horlogerie, les systèmes de télémétrie haute précision, l’industrie pharmaceutique, l’aéronautique – qui ont pu se développer en partenariat avec des très grandes universités que sont l’EPFL, l’ETHZ, etc.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

C’est tout à fait vrai. L’innovation, c’est d’abord le fruit d’initiatives décentralisées, individuelles, locales ; c’est le fait de gens passionnés par un sujet qui, dans leur coin, seuls souvent, font avancer la connaissance et progresser la science ; c’est le fait d’individus singuliers qui font de la recherche avant tout par plaisir, sans que rien ne les y oblige ; c’est le fait d’individus passionnés qui n’ont parfois même pas la qualification ou le titre de chercheur, et qui, pourtant à force de travail et de réflexion, finissent souvent par faire des trouvailles astucieuses et parfois même des découvertes importantes, voire majeures. Je rappelle que Pasteur lui-même n’était absolument pas un biologiste ou un médecin, mais un chimiste. Et que c’est précisément parce qu’’il était chimiste – et non médecin ou biologiste – qu’il a fait de grandes découvertes en médecine et en biologie. C’est là un fait tout à fait typique, et c’est quelque chose qu’il ne faut absolument pas perdre de vue. Aujourd’hui notre dispositif de formation et de recherche est beaucoup trop bureaucratique, beaucoup trop lourd, par suite beaucoup trop sclérosant.

L’exemple de Pasteur – et de tant d’autres après lui, de Pierre Curie à Louis de Broglie en passant par René Leriche – est là pour le montrer. Les souplesses au niveau du terrain sont absolument fondamentales. Là on rejoint la question de l’évaluation de la recherche. Celle-ci doit nécessairement mettre l’accent sur les réalisations concrètes et récompenser les découvertes faites par les individus. C’est la raison pour laquelle il faut mettre en place une réelle politique de bourses de recherche, bourses qui pourront être allouées sur des critères d’excellence et de qualité soit par le ministère de l’enseignement supérieur – éventuellement en partenariat avec le ministère des finances ou le ministère de l’industrie – soit en lien avec l’Institut de France (et l’une ou plusieurs des cinq Académies qui le composent). Ce dernier pourrait voir ses fonds accrus de manière à disposer des moyens de distribuer davantage de prix et surtout de montants plus élevés et avec une plus grande fréquence.

En procédant ainsi, on pourrait enfin vraiment, à partir d’un système d’évaluation objectif et neutre, récompenser les initiatives extraordinairement fécondes ou originales et aussi accélérer les carrières d’un certain nombre de chercheurs.

 

  1. Nous utilisons ici l’orthographe courante du nom de Sarkozy, plutôt que la forme minoritaire employée dans le texte qui nous est parvenu. []

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Marine Le Pen : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Nous avons en France un système très particulier que l’on pourrait en première approche qualifier de système à deux vitesses. D’un côté un système assis sur des filières sélectives (classes préparatoires aux grandes écoles, grandes écoles, filières universitaires techniques et professionnelles type BTS, DUT, IUT, – filières initialement destinées aux élèves du technique mais qui par dénaturation et effet logique de lutte pour la vie ont fini par être accaparées par les élèves issus des filières générales), et de l’autre système construit sur des filières non sélectives (université), ouvertes à tous et gratuites. Les premières sont payantes, qualifiantes, formatrices, extrêmement  attractives, mais en même temps réellement sélectives ; les places y sont chères, mais elles donnent lieu à des emplois souvent sûrs, relativement bien payés ; les autres sont effectivement ouvertes à tous, sans critères quasiment de concurrence au départ, sans critère d’excellence à l’entrée. Du moment qu’on a son baccalauréat  – et ici, on retrouve la question fondamentale du baccalauréat conçu à la fois comme titre de fin de cursus censé valider la fin de parcours dans le cycle secondaire et comme grade universitaire, le premier de la hiérarchie des titres universitaires très précisément, celui qui permet d’entrer à l’université – on est sûr de pouvoir entrer à l’université.

Il faut savoir ce qu’on veut. Il est clair que dans une logique de redressement national, dans le cadre d’une politique de retour à la souveraineté, dans le cadre d’un projet de reprise en main de nos appareils d’État, il va nous falloir mettre en place des politiques d’excellence qui nécessairement supposeront de revoir notamment la question de l’orientation et de la sélection.  A l’université bien sûr tant il est vrai que le système ne pourra pas continuer longtemps à produire ainsi de la fausse monnaie universitaire. Mais aussi plus généralement peut-être dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Même si celles-ci continuent aujourd’hui  de plutôt bien fonctionner – encore qu’il y aurait beaucoup à dire pour certaines d’entre elles – même si la plupart d’entre elles continuent à l’évidence à produire des éléments de qualité, force est de constater que nombre d’entre elles ont tendance à enfermer les élèves dans des parcours tous faits, au détriment tant de leur épanouissement intellectuel, culturel et scientifique, que de leur épanouissement personnel et professionnel. Grosso modo, on sait bien que celui qui sort aujourd’hui de Centrale ou de Polytechnique va passer sa vie dans le développement de telle filière dans la distribution de l’électricité ou dans l’amélioration des transports ferroviaires, mais sa carrière est quasiment tracée à vie.

Cela n’est ni sain ni normal.  Cela produit en effet un esprit de corps, une élite fermée et sclérosée, suffisante et insuffisante selon le beau mot de Talleyrand. Ce système a été extrêmement préjudiciable à l’harmonie et au développement de la société française. Il a contribué au blocage de notre société en empêchant l’instauration d’une véritable méritocratie et la constitution d’une véritable aristocratie de l’esprit. C’est ce système qui fait qu’aujourd’hui – contrairement à ce qui se produisait il y a un siècle ou deux – et plus encore sous la royauté – les personnes issues de milieux plus modestes ou même éventuellement de l’étranger ne peuvent accéder à des postes à responsabilité en phase avec leur compétence effective et leur talent réel. C’est ce qui fait qu’à l’inverse des gens médiocres et sans imagination qui ne se sont donné d’autre peine que de réussir un concours à vingt ans ont leur carrière toute tracée pour le reste de leur existence et cumuleront indépendamment de leurs résultats et de leur compétence effective postes, honneurs, pompes, gloires et prébendes.

C’est ce système qui fait que les personnes qui passent aujourd’hui par les bancs de l’université ou qui par malheur n’ont pas eu la chance de réussir les concours aux grandes écoles au bon moment ou la bonne année se voient obligés de voyager le reste de leur existence en seconde ou en troisième classe, et de vivre comme dans les entreprises ou les administrations d’Etat comme des cadres de seconde zone, suivant des carrières médiocres et sans fard sans rapport aucun avec celle à laquelle ils auraient pu prétendre s’ils avaient eu ce fameux concours le jour J à l’heure H. Le drame aujourd’hui d’un X ou d’un centralien c’est qu’à 20 ans il a déjà terminé sa carrière grosso modo. Le système a en effet aménagé tout un ensemble de dispositifs pour lui permettre de suivre jusqu’à la retraite sa voie sur l’autoroute de la vie. Ce confort émollient est quadruplement destructeur : il tue le goût du risque, il favorise l’irresponsabilité, il détruit le sens de l’honneur, il anéantit le sens de la virilité. Il fait de l’X ou de l’énarque une sorte de cuistre d’autant plus persuadé qu’il sait tout qu’en réalité il ne sait rien. Il fait de lui un fat et un sot, persuadé qu’il est le meilleur et indispensable à la terre entière. C’est ce qui fait que notre industrie va si mal. Si nous avions à la tête de nos entreprises des Goodyear, des Louis Renault ou des Benz, notre économie se porterait bien. Mais nous avons des Jean-Marie Messier, des Alain Minc et des Louis Dreyfus. C’est que qui fait que nous courons d’échecs industriel en échec industriel et vidons peu à peu la France de son tissu industriel et productif. L’énarque le centralien ou le polytechnicien est persuadé aujourd’hui qu’il est au centre de l’univers et que le monde entier a les yeux rivés sur lui. Il ne conçoit pas que l’on ne célèbre pas matin, midi et soir ses immenses qualités et son talent pharaonique. Il est tout surpris de voir quand il se rend à l’étranger que personne ne sait ce que cela signifie réellement d’être ancien élève de centrale, de l’ENA ou de l’ESSEC.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Ce sont des matières et des filières différentes, avec des finalités différentes. Le grand drame dans notre pays, c’est que l’on a cassé l’université. Le grand mensonge socialiste et UMP, le grand mensonge du système UMPS, a consisté à vouloir faire croire aux Français que tout le monde avait droit à un diplôme. L’UMPS, par démagogie a laissé ce qui constituait hier nos universités d’élite se transformer en une gigantesque université de masse dans laquelle s’entassent des étudiants sans devenir et sans avenir. LE crime de l’UMPS en cette matière a été de laisser peu à peu l’université s’enfoncer depuis 1981 dans la médiocrité la plus généralisée.

Sortir de ce système nous demander beaucoup d’effort. Cela exigera de nous du sang, de la sueur et des larmes. A l’évidence il ne faut pas casser ce qui marche – grandes écoles, IUT. A l’évidence, il ne faut pas vouloir tout aligner sur un seul système (université comme veulent le faire les gens de la gauche, grandes écoles de commerce comme souhaitent le faire certains membres de la haute bourgeoisie d’affaire). A l’évidence il faut se garder ici comme de la peste des grands projets utopistes qui amèneraient à l’absorption générale des classes préparatoires par l’université ou à l’abolition des filières sélectives… Ces projets utopiques tous teintés d’idéologies plus délétères et dangereuses les unes que les autres se sont toujours heurtés à la réalité et ont toujours conduit à des catastrophes.

Il est vrai qu’il y a un système particulièrement injuste qui fait qu’aujourd’hui on n’a plus même une « reproduction des élites » mais un « clonage des élites ». Aujourd’hui, on est énarque de père en fils, polytechnicien de père en fils. C’est un échec majeur pour le principe méritocratique dont se targuent tant nos prétendus républicains progressistes. C’est la mise en faillite de ce système qui, sous la Royauté, l’Empire puis la Troisième République naissante permettait en amont la détection des talents, au milieu la promotion vers les écoles d’instituteur ou les lycées des villes de province, puis par capillarité vers les grands centres de formation qu’étaient les grands lycées parisiens. C’est ce système qui permettait jadis de détecter dès le plus jeune âge les talents et les compétences,  de les aider au moyen de bourses, de les orienter vers les établissements d’élite, de les récompenser via l’octroi de récompenses, de citations au tableau d’honneur, et in fine de faire fonctionner une réelle méritocratie qui permette au paysan du fin fond de la Creuse, au fils d’ouvrier issu des forges du Nord ou de la Lorraine… de finir à Polytechnique ou d’obtenir une thèse de doctorat.

Quels sont les moyens pour y parvenir ? Modifier les frais de scolarité — je suis résolument contre. Ce serait entrer dans une logique de financiarisation du savoir à laquelle je m’oppose résolument. Ce serait entrer dans une logique oligarchique à l’anglo-saxonne où seuls les plus aisés ont le droit de faire des études. Or c’est précisément ce modèle qui est en train de détruire à grande vitesse notre système de formation des élites et notre méritocratie à la française. C’est un système qu’il faut combattre avec force et résolution.

La vraie solution passe au contraire par un rétablissement de la méritocratie et l’abrogation de la loi de l’argent qui fait que l’on ne peut réussir que si l’on est bien né.

Je me battrai résolument pour que les frais de scolarité demeurent à un niveau raisonnable dans les grandes écoles. Je me battrai pour que les droits d’inscription à l’université demeurent extrêmement bas de manière à ce que toute personne qui le peut, le souhaite et le mérite — quelle que soit sa condition sociale — puisse accéder à l’enseignement supérieur. Il ne s’agit pas de dire que tout individu est nécessairement fait pour faire un bac +5, mais de permettre à tous ceux qui en ont le talent ou les capacités d’aller aussi loin que possible. Je me battrai parallèlement pour revaloriser les filières courtes, via le renforcement de l’apprentissage. C’est là en effet l’une des clés pour éviter précisément de subir l’engorgement universitaire que nous connaissons aujourd’hui après le baccalauréat. Je me battrai enfin pour rétablir le baccalauréat dans sa mission sélective et d’orientation, de manière à ce que les mentions soient des vraies mentions et qu’on arrête d’avoir un baccalauréat bradé comme c’est le cas depuis 20 ans.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

On disait dans les années 1910-1920, époque où 1% d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat, que le baccalauréat était ce qui permettait justement de former un honnête citoyen c’est-à-dire quelqu’un qui sache ouvrir le journal et comprendre ce qu’il lisait quel que fût le sujet traité. On en est très loin aujourd’hui. La révolution de mai 68 est passé par là et avec elle, l’entrée dans l’ère de la décivilisation selon le beau mot de Renaud Camus ou encore de ce que l’on pourrait appeler en termes plus sociologiques et anthropologiques l’ère de l’abrutissement collectif. Nous devons sortir précisément du système de décervelage et de développement d’un comportement moutonnier et grégaire qui a été promu et mis en avant depuis trois décennies par les médias, pour des raisons essentiellement spirituelles, civilisationnelles et géopolitiques.

Nous devons à nouveau former non seulement des étudiants mais des citoyens et des hommes qui soient des hommes complets, des hommes qui, dès le baccalauréat, puissent exercer la plénitude de leurs facultés d’adultes, c’est-à-dire une liberté de juger, une liberté de penser, une liberté d’agir qui fasse d’eux des acteurs de la vie et non pas des spectateurs passifs de leur existence. Ca c’est un aspect absolument capital de la question éducative.

La question qui se pose, ceci reconnu c’est la question du comment faire ? Il est évident que la grande tradition française s’est construite sur la base d’un équilibre disciplinaire. Il est certain que le raisonnement et la culture scientifique, les mathématiques et la physique, ont toujours été dans notre tradition deux éléments incontournables et sans doute fondateurs de la formation de l’esprit français — en tous cas ça fait partie de l’héritage français, du génie français. C’est un des domaines dans lesquels le Français s’est le plus illustré. Cela ne veut pas dire bien évidemment qu’il faille écarter les autres disciplines scientifiques de la ratio studiorum. On peut évidemment réfléchir à l’introduction dans le secondaire de disciplines nouvelles, comme le droit, la santé ou la médecine. On peut réfléchir à l’enseignement de la biologie, mais il faut absolument libérer ces disciplines de toutes les charlataneries et autres délires  idéologiques type « gender studies » qui sont venu littéralement polluer en quelque sorte de l’intérieur ces disciplines. Ces doctrines et ces théories relèvent en effet du pur et simple conditionnement mental et de l’authentique matraquage idéologique pur et simple. Donc là aussi il faut remettre l’objectivité scientifique à sa place, c’est-à-dire la première. En outre, il faut remettre aussi davantage les sciences dans leur perspective historique. On est  beaucoup trop allé ces derniers dans le sens d’une présentation purement formaliste des problèmes (de type Bourbaki en mathématiques). En réaction à ce qui était déjà perçu par les enseignants et les pédagogues comme le caractère desséchant d’une telle approche, les psycho-pédagogues ont poussé en sens inverse et au nom du principe de plaisir et du spontanéisme de l’enfant développé des approches excessivement ludiques de l’enseignement. Conséquence, on a produit des générations d’élèves qui n’avaient plus la capacité d’asseoir leur raisonnement ou ne disposaient plus des connaissances scientifique fondamentales qui leur permettaient justement d’approfondir leur culture et à terme de développer eux-mêmes leur sens physique, leur sens mathématique et leur capacité à poser des problèmes et à trouver eux-mêmes les solutions.

Concernant la question du rôle dévolu au service public audiovisuel, il y a là beaucoup à dire. Le service public de l’audiovisuel a incontestablement un rôle très important à jouer dans la vulgarisation et la diffusion des sciences en même temps que dans la formation aux sciences. Nous avons en France de très grands savants ; nous avons de très bons vulgarisateurs ; nous avons des écoles d’excellence dans un certain nombre de disciplines. Et pourtant, il n’y a quasiment jamais d’émissions scientifiques sérieuses sur les principales chaînes publiques, et a fortiori sur les chaines privées. Jamais on ne voit aux heures d’écoute d’émissions scientifiques qui soient à la hauteur de ce qu’est l’excellence française et le génie français dans les sciences depuis  quatre siècles. Je m’attacherai une fois arrivée au pouvoir à remédier à cet état de fait.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Le choix qui s’impose à nous c’est un choix entre vérité et objectivité d’un côté, et fanatisme et endoctrinement de l’autre. Qui dit vérité et objectivité dit unité. Qui dit unité dit retour à un État fort, à une verticalité du pouvoir, à une hiérarchie des principes, à une reconnaissance méritocratique des talents ; l’exact inverse en somme de ce vers quoi nous nous dirigeons. La société actuelle fonce à grande vitesse vers la tour de Babel multicuturelle, s’achemine chaque jour un peu plus vers une société totalement horizontalisée conçue sur le modèle américain ou mondialiste et dans laquelle l’Etat et la nation ne seront plus rien d’autre qu’une juxtaposition de communautés et un agrégat d’individus n’ayant plus rien d’autre en commun que l’appât du gain et l’intérêt pour l’argent. Ces logiques se traduisent par un culte du « tout tout de suite »  absolument contraire à la poursuite du bien commun. Parallèlement elles s’accompagnent d’une exacerbation des revendications ethniques ou communautaristes et conduisent à la mise en avant de discours  ou de théories qui n’ont rien voir avec la vérité scientifique, la vérité historique ou la réalité sociale.  On voit ainsi aux Etats-Unis pulluler les télévangélistes, les marchands de rêve, les illusionnistes de tout poil et autres gourous du bonheur. Avec des conséquences parfois dramatiques pour la société et les personnes qui les suivent.

Ce qui se cache derrière ce type de comportements ce sont soit des logiques identitaires et communautaires, soit des logiques culturalistes et économiques fondées sur l’exacerbation des signes distinctifs et la propagation à tous les membres du clan, par exacerbation du désir mimétique, des comportements et modes identifiés comme bons par le système.

C’est un phénomène typique de l’hypercapitalisme financiarisé. Dans ce système, les entreprises sont contraintes pour conserver leurs parts de marché, de s’engager dans des logiques de segmentation. Du coup on voit apparaître des problématiques qui n’auraient eu aucun sens il y a 80, 70 ou même 50 ans de cela. Problématique de la nourriture hallal ou casher, problématique des produits pour hommes ou pour femmes, problématique des enseignements ad hoc dont on fait la promotion uniquement parce qu’on sait qu’en fait derrière il va y avoir une addiction ou comportement économique qui va être économiquement rentable. On pense aussi au sponsoring, à la multiplication des acteurs et intervenants extra-scolaires au sein de l’institution scolaire, à l’intrusion toujours plus massive des prescripteurs de comportement dans les enseignements, à la prise de pouvoir des entreprises de restauration dans les cantines scolaires mais aussi à l’intérieur des préaux, via la multiplication des distributeurs de canettes, de bonbons ou de sandwichs. Demain on en viendra à programmer les contenus scolaires en fonction des intérêts des multinationales, à segmenter les programmes en fonction des segmentations commerciales fixées par les grands groupes, à hacher les cours et donc les horaires de la journée en fonction des impératifs (publicitaires, commerciaux, mercantiles …) fixés par l’univers marchand, à saucissonner la vie des individus comme on saucissonne aujourd’hui le émissions de télévision ou les films télévisés en les entrelardant de spots publicitaires.

Il y a là une dérive très grave qui n’a plus rien à voir avec la science et nous éloigne grandement des principes d’objectivité, de neutralité et d’impartialité de l’enseignement.

Contre ces tentatives d’endoctrinement à grande échelle des citoyens, il faut qu’on puisse retrouver des émissions dignes, sereines, avec des hommes extrêmement compétents, hautement sérieux, qui puissent s’exprimer et éclairer les écoliers et les collégiens. Il faut refonder notre système médiatique, non seulement en inventant une nouvelle manière de produire l’information et de diffuser les émissions mais aussi et surtout en donnant aux médias de nouvelles règles déontologiques, plus claires, plus précises et plus justes. Il faut repenser le repenser le financement des médias, en permettant à chaque sensibilité d’opinion de s’exprimer mais aussi aux hommes de compétence et de talent de ce pays de s’exprimer et de débattre aux heures de grande écoute. Il faut enfin permettre aux acteurs de la médiasphère de retrouver le goût de la lumière. Il faut que le citoyen français soit un citoyen éclairé et instruit.

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Marine Le Pen : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

La question est en partie mal formulée : les deux exigences, « lever les incertitudes qui pèsent sur les technologies controversées » et « donner priorité à l’innovation » ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Elles m’apparaissent même relativement complémentaires. C’est justement parce que l’on est en mesure d’approfondir la connaissance d’un domaine, qu’on a toutes les chances de mieux connaître les conséquences possibles – positives ou négatives – de l’application d’une technique donnée à ce domaine.

Je crois que vous confondez deux choses. Il y a une dimension qui est celle de la recherche fondamentale en laboratoire. Dans ce contexte, on est dans des milieux qui sont socialement confinés où l’on cherche en toute connaissance de cause et dans un cadre extrêmement rigoureux, contraint et méthodique, à voir quelles sont les conséquences du développement d’une technologie ou d’une connaissance. Quand Bohr ou Rutherford faisaient les premières expériences de collision entre particules, ils ne savaient pas quelles pourraient être les conséquences industrielles ou même scientifiques de leur découverte, mais c’était dans un cadre extrêmement contraint et encadré, dans le cadre d’une théorie déjà bien constituée. En ce sens ils étaient tout sauf des apprentis-sorciers. Le savant ne s’amuse pas à faire n’importe quoi, sauf précisément quand il n’a plus en tête que la gloire ou l’argent. A ce moment-là, il fait nécessairement fausse route. Et l’on en arrive à ces dérives aujourd’hui de plus en plis fréquentes dans lesquelles des savants fraudent, mentent, trafiquent leurs résultats pour obtenir des crédits ou  valider une théorie. Tout le monde se souvient du cas de ce savant coréen qui avait été pris la main dans le sac après avoir faussé ses résultats en vue d’être le premier à publier des résultats sur le clonage. Dans des cas comme celui-ci, on voit bien qu’on est dans des dérives qui sont tout à fait condamnables. Dans des cas comme celui-ci, il faut que les sanctions soient extrêmement lourdes et dissuasives (prison ou amendes absolument exorbitantes). La falsification ne doit pas avoir sa place dans la démarche scientifique : dans le cas où elle survient, c’est la preuve qu’il y a une forme de laisser-aller, lequel est par nature tout à fait préjudiciable au bon fonctionnement de la science.

Cela rejoint effectivement la question du système d’expertise français. Chacun a pu voir ces dernières années combien, sur un certain nombre de sujets clés – comme la santé par exemple – il avait été défaillant. Chacun a en mémoire les mises en causes de l’AFSSAPS lors de la révélation au grand jour du scandale du Médiator. L’affaire du Médiator a permis de révéler au grand jour l’existence d’un certain nombre de confusion des genres et de collusion d’intérêts entre médecins, chercheurs, experts, responsables de l’autorisation de mise sur le marché. Elle a permis de mettre en évidence l’existence d’allers-retours entre le public et le privé, entre la recherche industrielle sur le médicament et les services de validation censés permettre l’autorisation de mise sur le marché dans un système où l’opacité était manifeste.

Ces faits étaient la preuve de graves disfonctionnements auxquels je m’attacherai à mettre rapidement fin. Il n’est pas tolérable que dan une instance chargée de juger de la qualité et de la sécurité des nouveaux médicaments mis sur le marché on puisse être à la fois juge et partie, et cumuler des avantages ou être successivement (parce qu’ils ne s’agit même pas nécessairement de l’être en même temps) d’un côté de la barrière en défendant les intérêts du groupe privé qui va vouloir mettre sur le marché un médicament, et de l’autre côté l’année d’après, du côté du juge qui va dire si ce médicament est valable ou non.

Je mettrai tout en œuvre pour que nous retrouvions un système d’expertise fiable, indépendant, et de haut niveau.

Il faut que nous concilions en ce domaine excellence, fiabilité et compétitivité économique. Je veux que la France puisse continuer à disposer d’une industrie de recherche extrêmement performante en pharmacie, en médecine, en chirurgie, dans les domaines des prothèses médicales ou dentaires, comme plus généralement dans les  domaines de l’automobile, de l’énergie, de la sidérurgie, des nanotechnologies et de tous les matériaux du futur… mais il faut pour cela que les conséquences à la fois environnementales, sanitaires et sociales de l’introduction éventuelle de ces techniques ou de ces nouveaux matériaux puissent être étudiées  en toute indépendance et que les conclusions des savants appelés à se prononcer sur ces questions priment sur toute autre considération, à commencer par les intérêts économiques ou financiers des entreprises qui auraient développé ces industries. C’est l’intérêt national, l’intérêt de chacun des Français qui doit passer avant les intérêts mercantiles ou financiers de tel ou tel groupe industriel. Ce sera un des axes clés de ma politique économique, industrielle et scientifique dans les années à venir.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

Pour la première question : la question est de savoir à quoi peuvent servir ces nanotechnologies. À l’évidence, elles ouvrent des champs de connaissance extrêmement intéressants et prometteurs sur un certain nombre de sujets. Le problème est qu’elles cachent des enjeux  militaires et sécuritaires extrêmement forts : ce n’est pas un hasard si George W. Bush avait décidé durant son second mandat de financer massivement ces technologies nouvelles, portant l’effort de financement américain à  près de 1,5 milliards de dollars par an (1,447 milliard de dollars exactement en 2008, si l’on se réfère à la proposition budgétaire faite par Georges W. Bush pour la National Nanotechnology Initiative (NNI)) quand dans le même temps l’Union européenne se contentait d’aligner 3745 millions d’euros sur 7 ans dans le cadre du 7e PCRD, soit moins de 500 millions d’euros par an. Le tout alors que les Etats-Unis comptent 300 millions d’habitants, quand l’Union européenne en compte 450 millions. Cela montre bien la différence d’approche qu’il y a entre ces deux grands ensembles géopolitiques sur cette question pourtant si hautement stratégique des nanotechnologies. Il est certain que les nanotechnologies sont d’abord des technologies à usage militaire : il ne faut pas se leurrer. Là aussi on est dans une sorte de compétition économique et militaire pour la suprématie géopolitique mondiale. C’est la même chose avec les terres rares pour la Chine. Il s’agit de tout sauf d’un champ de recherche neutre ou anodin.

De fait, il est vrai qu’aujourd’hui personne ne sait vraiment de quoi il retourne avec les nanotechnologies. La question est de savoir s’il y a des risques sanitaires à ingérer ces particules un million de fois plus petites qu’un cheveu. On sait qu’elles violent les barrières naturelles, notamment hémato-encéphaliques, et peuvent de ce fait avoir des conséquences très graves sur le développement cérébral.

Que cela nous plaise ou non, la nature partout a posé un certain nombre de barrières, de frontières, qui ont leur raison d’être et qu’on ne saurait franchir impunément. Ces barrières objectives sont celles qui permettent la survie des espèces, la perpétuation de la vie ou des activités élémentaires des organismes vivants. Les nanotechnologies sont un moyen de transgresser ces barrières. La taille infime des nanoparticules leur permet par exemple de pénétrer les cellules, y compris les cellules sanguines et cérébrales, d’y causer des lésions et de perturber le système immunitaire.  Les nanotubes de carbone, par exemple, sont assez comparables à des fibres d’amiante et pourraient provoquer aux poumons les mêmes lésions.  Avec des conséquences pour l’heure inconnues. Ce n’est pas un hasard si la British Royal Society a récemment réclamé une étude approfondie de la toxicité des nanomatériaux et recommandé leur réglementation au même titre que de nouvelles substances chimiques, conformément à la législation britannique et européenne.

Les nanotechnologies constituent de fait un champ d’étude fascinant mais qui n’est pas sans conséquences sur le vivant et peut être même nos sociétés. Cela s’inscrit dans une logique plus générale qui voit la science-connaissance s’effacer au profit d’une science puissance.

Nous sommes à l’évidence aujourd’hui dans une logique faustienne. Avec les procédures de clonage, la recherche tous azimuts sur le génome, les manipulations génétiques, la maîtrise du feu nucléaire, le contrôle du nanoscopique, certains savants – ou plus exactement certains industriels qui exploitent les idées des savants – développent un sentiment de toute puissance, qui leur donne l’impression qu’ils seront à leur tour demain des sortes de démiurges-créateurs capables de créer la vie, de sélectionner les êtres, de choisir le sexe des individus…

Cela est si vrai qu’il s’est même développé ces dernières années aux Etats-Unis, sous le nom de trans- ou post-humanisme, un courant philosophique dans lequel les gens sont persuadés qu’ils pourront demain ressusciter leurs morts, qu’ils pourra prolonger leur existence au-delà des 200 ans, qu’ils pourront développer des capacités physiques surhumaines… : on est typiquement là dans la réactualisation de vieux mythes, à la frontière de la science et de la science-fiction.

Face à ce type de danger on ne peut se contenter de faire de la démagogie ou du juridisme, comme l’avait fait en son temps Jacques Chirac en institutionnalisant  le principe de précaution, et en inscrivant dans la Constitution française la  nécessité de ne rien entreprendre qui soit contraire à ce principe. Agir ainsi n’est rien d’autre que professer une forme de fétichisme juridique, aussi stupide et inopérant que le fétichisme technologique. Le seul effet d’une telle démarche est de donner bonne conscience aux dirigeants et aux médias. Mais dans les faits cela ne produit que des effets négatifs. Cela plombe les entreprises innovantes, tue l’esprit de risque et mine le texte constitutionnel, qui sous la pression des faits perd évidemment de sa prestance et de sa respectabilité – chacun sait par exemple que personne ne respecte sérieusement ce principe de précaution dès qu’il y a des enjeux financiers et industriels importants.

Le principe qui devrait animer le politique, plutôt que de multiplier les gesticulations vaines ou les danses du ventre magiques autour du principe de précaution, serait plutôt de suivre un principe de prudence je dirais même de sagesse,  consistant comme on l’a dit précédemment à avoir une vue d’ensemble de chacun des sujets à traiter et à distinguer très nettement ce qui relève de la recherche pure et dure en laboratoire – avec ce que cela comporte de droiture, d’honnêteté et de recherche de l’établissement le plus objectif possible de toutes les conséquences aussi bien techniques que sanitaires, environnementales, humaines du développement des technologies étudiées – et ce qui relève de l’exploitation commerciale. Celle-ci ne peut prendre place qu’après et après seulement l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché. Cela suppose l’établissement d’un cadre précis d’exploitation, la production de normes spécifiant les conditions dans lesquelles on peut exploiter ces produits.

Mais la question fondamentale in fine, est de savoir ce  à quoi ces objets technologiques peuvent répondre sur le fond ; ce à quoi ils servent. Est-ce que le but c’est qu’on ait une industrie pharmaceutique ultra-florissante mais que la moitié de la population soit sous psychotrope ? Moi je n’en suis pas certain. Pourquoi est-ce qu’il y a des populations qui n’ont pas besoin d’anti-dépresseurs ? Pourquoi à l’inverse les femmes françaises sont-elles celles qui consomment le plus d’anti-dépresseurs au monde ? Je ne crois pas qu’on ait gagné au change à multiplier la distribution des anti-dépresseurs. C’est la même chose pour les nanotechnologies : est-il utile d’avoir 25 iPod ? Est-ce que ce n’est pas la preuve d’une très grande détresse humaine, d’un très grand malaise social ? Il faut voir aussi ce que ça détruit en terme de relations sociales. Il y a des gens aujourd’hui qui sont connectés 24h sur 24 mais qui ne parlent plus à leurs parents, à leur frère, à leur sœur et qui ne savent même pas qui est leur voisin de palier. Je ne crois pas que cela soit un progrès.

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amiante, impact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Je ne puis me prononcer sur la question d’un moratoire tant que les études disponibles ne sont pas suffisamment claires sur la question. Il me faut pour me prononcer sur cette question disposer d’une connaissance suffisante à la fois des rapports d’experts, de l’état d’avancement de la question er des risques sanitaires et environnementaux induits par le développement des nanotechnologies. Le problème en la matière, tient précisément au fait que l’on ne dispose pas d’un recul suffisant pour pouvoir donner des conclusions définitives sur ces questions. La sagesse en pareille circonstance conseille d’attendre et de s’abstenir : in dubio abstine. La prudence exige de ne pas se précipiter et de ne pas se lancer à corps perdu une exploitation commerciale, industrielle tous azimuts de ces nouvelles technologies. Mais elle se prononcera en temps voulu lorsqu’elle aura et le pouvoir  de décision et surtout l’ensemble des éléments d’information sous les yeux.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

C’est une très bonne question qui souligne les très graves déficits et la très piètre performance de notre système audiovisuel public depuis 30 ans. Il n’y a pas d’émission scientifique de pointe ou de vulgarisation digne de ce nom aujourd’hui à la télévision. Il n’y en pas d’ailleurs non plus même au cinéma.

A l’évidence aujourd’hui, on ne souhaite pas qu’il y ait une formation ou une information scientifique de haut niveau aux heures de grande écoute. C’est un problème majeur qui signe de manière claire et patente l’immense échec de notre politique culturelle. Je ferai tout le nécessaire pour relever le niveau des débats, et proposer aux heures de grande écoute, que ce soit en littérature, en arts ou en sciences, des émissions de qualité et ouvertes au plus grand nombre. Il ne s’agit pas d’organiser des discussions d’experts qui ne rencontrent que 5 téléspectateurs. Il s’agit de mettre en avant des grands sujets de société, des grandes avancées scientifiques et d’apporter des éclairages précis susceptibles de donner aux téléspectateurs les moyens de juger. Il existe manifestement une demande en ce sens. Mais cette demande ne pourra elle-même être exaucée qu’à la condition que les journalistes appelés à présenter ces émissions bénéficient à leur tour d’une solide formation scientifique. Cela signifie la mise en place d’authentiques cursus de formation au journalisme scientifique. Cela signifie la création d’une filière universitaire reconnue comme telle dans le domaine de la valorisation des sciences et – ce qui n’est pas la même chose – de la vulgarisation des sciences. Cela signifie enfin la possibilité de donner enfin la parole aux véritables savants de notre pays. Des savants qui, sans démagogie, sans idéologie, sauront mettre en avant l’intérêt de leur travail, mettre en perspective leur discipline et donc permettre justement aux Français, tout simplement, de découvrir la richesse de leur patrimoine scientifique et du travail qui s’accomplit au quotidien dans les grands laboratoires de recherche.

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