Jean-Luc Mélenchon : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

D’abord, le point de départ : nous sommes confrontés à un problème qui est celui de la transition climatique, qui pose un problème à tous les êtres humains, et qui en posant ce problème nous assène une première leçon : il n’y a qu’un seul écosystème qui rende possible la vie humaine.

Dès lors, deux conséquences : premièrement, les êtres humains sont donc bien décidément tous semblables ; deuxièmement, il y a un intérêt général humain. De la sorte, la crise climatique nous permet de comprendre quelles sont les bases objectives de la pensée de gauche, qui est fondée sur la similitude des êtres humains, leur égalité, en droit du moins, et ensuite le fait qu’il existe un intérêt général, lequel ne se déduit d’aucune vérité révélée. Et le seul moyen que nous avons, c’est de discuter ; et la seule méthode intelligente que nous avons pour discuter n’est pas de dire ce qui est bon chacun pour soi, mais de dire ce qui est bon pour tous, car le climat ne peut pas être une affaire individuelle. On voit par là comment l’écologie politique refonde la pensée socialiste, en lui fournissant un mode d’explication objectif qui justifie la transition à laquelle nous appelons, et notamment le renversement de l’ordre du monde, qui est aujourd’hui dans la main du marché et auquel nous voulons substituer ce que nous appelons la planification écologique, c’est-à-dire la décision collective à la place de la loi aveugle du marché.

Ensuite, et plus précisément, sur la question de la transition énergétique, nous ne croyons pas à une bataille de certitudes réciproques que l’on se jetterait à la figure. Notre conviction se construit sur deux prémisses. La première est qu’il faut sortir des énergies carbonées, qui sont la source de l’effet de serre et de la bifurcation climatique qui aura bientôt un cours catastrophique. Nous avons bien conscience qu’il s’agit là d’un gigantesque défi technique mais nous sommes des êtres humains : rien n’est au-delà de notre portée, rien ne peut nous arrêter ! L’esprit humain est capable de résoudre tous les problèmes, c’est donc une source d’optimisme et d’enthousiasme.

Ensuite, et à l’intérieur de la discussion sur cet objectif de sortie des énergies carbonées, vient la question de l’énergie nucléaire, de très grande importance, qui pose un problème de sécurité et qui fait réfléchir tout le monde. La question est celle de l’évaluation du danger. D’une part il faut pouvoir débattre librement, avec toutes les informations en main. Deuxièmement il faut prendre en compte un processus de sécurisation renforcée de l’industrie nucléaire et du parc de centrales du pays. Donc en chasser les logiques de profit et la cohorte d’irresponsabilités qu’elle implique. Troisièmement il faut approfondir et accélérer les recherches pour tout ce qui concerne le traitement des déchets et la réhabilitation des zones sinistrées. Dans ces conditions, à horizon de ma génération politique, c’est-à-dire pour les dix ans qui viennent, il n’y a pas de divergences concrètes entre les différentes options que les forces politiques participant au Front de Gauche présentent aujourd’hui. Sinon la décision à prendre, oui ou non, de planifier la sortie du nucléaire.

C’est pourquoi nous proposerons un débat public national immédiat sur la politique énergétique en France.

Ce grand débat devra permettre la remise à plat des choix énergétiques et du nucléaire et préparer le remplacement des énergies fossiles. Il se déroulera sous contrôle citoyen de l’information jusqu’à la prise de décision et se terminera par un référendum. Dans le domaine du nucléaire civil, l’ensemble des possibilités – dont la sortie du nucléaire ou le maintien d’un nucléaire sécurisé et public – sera alors tranché. Aucun choix définitif en matière de politique énergétique ne sera effectué avant la conclusion de ce grand débat public. Et sans attendre, la réinternalisation de toutes les opérations de maintenance et de sûreté nucléaire sera engagée. Autrement dit, quiconque pense qu’il faut discuter de ces questions peut voter Front de gauche.

Enfin, nous voulons et pouvons développer les énergies alternatives abondantes, celle des mouvements de la mer et la géothermie de la Terre. Avec la géothermie, on produit plus de chaleur qu’on ne sait en utiliser. Cette chaleur peut alors être utilisée par un cercle vertueux dans d’autres installations ou pour d’autres utilisations. C’est donc un double gain écologique. Mais pour arriver à ce résultat, il faut créer des compétences dans beaucoup de domaines, il faut des ingénieurs, des architectes, des centrales, etc.
Notre credo est simple : la transition énergétique est possible. Des scénarios concrets et réalistes existent. Bien qu’il pose débat, nous pouvons notamment nous inspirer du scénario Négawatt. Il a été élaboré par un collectif de scientifiques et professionnels de l’énergie pour permettre une transition énergétique crédible, et, si le peuple en décide ainsi, une sortie raisonnée du nucléaire. Ce scénario précis a été conçu pour rendre possible une sortie du nucléaire à l’horizon 2040-2050. Il permet de penser à la fois la sortie du nucléaire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ce plan de marche vise une division par quatre des consommations d’énergie fossile. Il se présente en trois volets : sobriété énergétique, efficacité énergétique, énergies renouvelables. La sobriété énergétique permettrait de réduire la consommation de 15% en supprimant les usages inutiles. Il n’en manque pas. Par exemple les écrans publicitaires vidéos dans le métro parisien. Nos objectifs en la matière doivent être la réduction des consommations électriques, de chaleur par des mesures d’économies et des incitations à des comportements plus sobres (suppression des éclairages permanents inutiles, des enseignes lumineuses, la veille des appareils électroménagers, du chauffage inutile etc.). Cette politique de sobriété touche également les besoins de mobilité que nous devons réduire grâce à des mesures d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

L’efficacité énergétique permettrait de réduire la consommation de 30% en améliorant le rendement des équipements utiles mais en changeant aussi la manière dont ils sont produits. Tout cela permettrait de stabiliser la consommation électrique à horizon 2040 alors qu’elle doublerait si on restait sur la tendance actuelle. L’urgence est donc à la mise en œuvre de la rénovation énergétique des bâtiments, à la prise en compte de l’objectif d’efficacité énergétique dans la construction du neuf, et à l’instauration de normes plus fortes sur les produits consommateurs d’électricité.

Les économies d’énergie réalisées grâce à ces mesures doivent permettre de rendre viable un scénario de production à partir des énergies renouvelables. Pour permettre de sortir le pays de sa dépendance au nucléaire, le scénario Négawatt expose les voies du passage à 80 % d’électricité renouvelable en stabilisant l’hydraulique, en développant l’éolien, le solaire thermique et photovoltaïque, la géothermie profonde, les énergies marines et la biomasse. Le scénario a établi pour cela des prévisions de développement de chaque mode en fonction des potentialités estimées par des scientifiques, en fonction de la réalité naturelle et géographique de notre pays. Bien sûr, en cas de catastrophe ou de recul de la sécurité, il faudrait aller plus vite encore. Encore une fois : raison pour ne pas retarder les décisions.

Nous engagerons d’autre part la fermeture rapide des centrales au fioul et au charbon, et le remplacement progressif des centrales au gaz par des centrales à cycle combiné à haute performance et par des centrales à cogénération. Elles seront utilisées pour compenser l’intermittence de la production électrique d’origine renouvelable.
Pour mener à bien ces ambitions, nous réaffirmons l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie, seule garante de la transparence, de l’indépendance, de l’expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Nous créerons à cette fin un pôle 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé. Ses salariés seront toutes et tous sous le même statut. Ils et elles seront associés étroitement aux choix de gestion de l’entreprise publique, et leur liberté d’expression sera garantie. Les citoyens seront également associés à la direction de ce pôle. Nous agirons parallèlement pour la création d’un tel pôle public au plan européen.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

D’autre part, la gestion d’un secteur aussi essentiel que l’énergie appelle des outils de gestion et de recherche qui permettent au citoyen de reprendre le contrôle des décisions, de fixer les orientations dans le domaine de l’énergie. Ces outils contribueront à économiser de l’énergie autant qu’à en produire de façon de façon accessible et propre. C’est pourquoi, afin de piloter de la manière la plus efficace et la plus transparente le grand plan de transition écologique et le plan de financement pour la sobriété et l’efficacité énergétiques et pour la diversification des sources d’énergie, nous créerons un Commissariat aux Economies et à la Production d’Energie (le CEA deviendra une branche du nouveau commissariat), chargé notamment de nouveaux champs de recherche publique : sobriété énergétique, économies d’énergies, énergies renouvelables, accompagnement et démantèlement des centrales en fin de vie, gestion des déchets, etc.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Le Front de Gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>