Votons pour la science

Parlons d'avenir. Parlons de science.

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon : Mini bio et équipe de campagne

Jean-Luc Mélenchon est le co-président du Parti de gauche (PG). Il s’engage en politique au moment de ses études (en philosophie), et exercera plusieurs métiers : correcteur d’imprimerie, professeur de français, journaliste… Après différents mandats locaux, un mandat de sénateur et un poste de ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans le gouvernement Lionel Jospin, il est aujourd’hui député européen. Jean-Luc Mélenchon est candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle.

Voici les réponses que les Fronts de Gauche de la planification écologique et de l’enseignement supérieur et de la recherche ont apporté à nos questions à la demande de Jean-Luc Mélenchon.

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Jean-Luc Mélenchon : « Modes de décision » en matière scientifique et familiarité du candidat avec la science

L’agenda scientifique et politique se construit à partir de sujets médiatiques, enjeux émergents, questionnements propres à la culture du parti et exercices de prospective stratégique.

>> En ce qui vous concerne, comment définissez-vous les sujets à traiter en priorité en matière de science et technologie ?

>> À partir de quoi construisez-vous vos positions et propositions sur les sujets à caractère scientifique ? Vous reposez-vous sur une culture ou formation personnelles, sur la presse spécialisée, sur les médias traditionnels, sur des conseillers spécialisés (précisez leur parcours), sur un dialogue direct avec des scientifiques, sur l’opinion publique, sur les rapports d’experts, sur les arguments d’associations ou entreprises ?

>> Qu’attendez-vous comme type d’information pour commencer à former une politique : des conclusions définitives, une vue d’ensemble de la situation, des pour et contre… ?

>> Comment décririez vous le rapport entre le monde de la science et celui de l’action publique ? Avez-vous suffisamment accès aux informations nécessaires voire au acteurs concernés ? Que proposeriez vous pour faire évoluer ce rapport ?

Il y a dans les sciences deux composantes contradictoires : l’autonomie de la science, et sa liaison organique avec la société. Aussi une pensée dialectique est-elle nécessaire pour en comprendre l’articulation et l’unité profonde. L’autonomie de la Science recouvre plusieurs significations : les scientifiques doivent décider eux mêmes de leurs méthodes, de la validité et de la « scientificité» des résultats et des théories, ce qui est incontournable ; seuls les scientifiques sont à même de savoir ce qui, à un moment donné, peut être recherché, autrement dit où est le front des connaissances scientifiques, et quelles sont les questions qui sont « scientifiques ». En ce sens, l’autonomie est le garant du fonctionnement de la recherche, et de la valeur et de l’objectivité des résultats scientifiques. Porter atteinte à ces aspects de l’autonomie, comme les pressions sur les scientifiques sont en train de le faire actuellement, c’est menacer l’existence même de la recherche scientifique. Mais à l’inverse, l’autonomie scientifique ne signifie pas que seuls les scientifiques devraient être habilités à décider de la politique de la recherche (des thèmes de recherche à privilégier ou à sacrifier), en fonction des seules exigences de la connaissance. Bien qu’il s’agisse d’une fiction (cela n’a jamais existé), cette dernière conception se répand d’autant plus chez les travailleurs scientifiques que toute autonomie leur est de plus en plus refusée.

Or les sciences ont été, depuis les débuts de la révolution scientifique moderne, liées à la société par le biais des institutions dans lesquelles elles se développaient. L’image d’Épinal encore largement répandue, est que « La Science trouve, l’industrie applique, l’homme s’adapte ». Cette conception a été relativement mise en œuvre dans la recherche publique fondamentale en France pendant les fameuses trente glorieuses (encore que, même à cette époque, le CEA, l’INRA, l’ORSTOM… échappaient à cette logique, sans compter, bien sûr, la recherche privée). Le CNRS était un organisme de prospective scientifique, démocratique de surcroit. Dans ces circonstances, « la société » faisait ses choix, par le biais des industries, donc les choix portaient essentiellement sur les techniques. Et les exemples abondent dans toute l’histoire des sciences, où ce sont les besoins d’application qui ont dirigé les recherches scientifiques elles mêmes (le « pilotage par l’aval »). En temps de guerre, les efforts de recherche sont dirigés de façon exclusive vers les efforts de guerre (pensons à la bombe atomique). Plus récemment, la guerre économique, que se livrent actuellement les multinationales, par États interposés, a fait surgir le concept d’ « économie et société de la connaissance », où les sciences sont au service de ce qu’ils appellent « l’innovation », base de la compétitivité financière des entreprises. Elle en est même un des piliers.

Pour parvenir à cette économie de la connaissance ont été mises au point des méthodes très efficaces pour contraindre les sciences à se mettre au service quasi exclusif de la compétitivité, donc du profit. Cela passe par les appels d’offres, ou les programmes scientifiques financés. Les choix ne se font donc plus au seul niveau technique, ils se situent à présent dès le niveau scientifique, et le terme de techno-science résume ce processus. Mais ils restent, plus que jamais entre les mains et au service des grandes Sociétés, et non pas de « la société ».

Une pensée simpliste subordonne toujours l’un des aspects à l’autre : ou bien la science ne peut être qu’autonome, la société se contentant d’utiliser ce qu’elle trouve, ou bien la Science devrait être entièrement soumise à la société (qu’il s’agisse d’ailleurs du marché ou de la société civile au sens large), qui pilote toute la recherche à travers la politique scientifique. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, la nécessaire autonomie des chercheurs est terriblement mise à mal, ce qui rend la lutte pour retrouver de l’autonomie une priorité des travailleurs scientifiques ; mais cette lutte est fragile, mal comprise du public, et s’attaque essentiellement aux conséquences et non aux causes du mal. Il serait non seulement mieux compris, mais surtout plus efficace, de rechercher les meilleures interactions entre autonomie et liens avec la société, tant au niveau scientifique, qu’au niveau technique.

En réalité, autonomie et dépendance sont toujours intimement liés parce que les sciences d’une part et les techniques d’autre part sont les instruments par lesquels la société occidentale s’approprie les connaissances en vue de la maîtrise sur le monde. C’est pourquoi la politique et la gestion de la science (et par là même la manière dont elle est enseignée), reflètent la nature de la société à un moment donné. Plus encore, en raison du temps long de la recherche, la science d’aujourd’hui prépare la société de demain. Pensons aux énergies renouvelables : ce n’est que par un effort réel de recherche (à la fois scientifique et technologique) dans ces domaines que l’on pourra remplacer les énergies polluantes.

Les sciences déterminent à un moment donné les possibles, mais la politique de la science, en choisissant parmi ces possibles, va non seulement les diriger et les développer dans le sens choisi par cette politique, mais, assez rapidement tendre à ne faire considérer comme scientifiques que les questions ainsi favorisées. La politique de la science se traduit, à l’heure actuelle, de deux manières : des choix dans les directions de recherche, pour les canaliser vers des recherches « rentables », conformément à la conception dominante des besoins de l’économie capitaliste, et des méthodes de gestion de la recherche et de ses personnels pour les rendre malléables à la politique scientifique. Ce sont ces méthodes de gestions qui se traduisent par toutes les mesures (la LRU, la création de l’ANR et de l’AERES) qui ont été imposées malgré les luttes des travailleurs scientifiques, et qui limitent de façon absolument dommageable l’autonomie scientifique. Ces méthodes modifient les sciences en profondeur pour les mettre au service des besoins de la compétitivité. Mais les personnels de la recherche publique ne sont pas nécessairement les mieux placés pour mesurer l’ensemble de dégâts, ou le « manque à gagner social », ou les problèmes éminemment politiques, posés par le dogme de la compétitivité. C’est pourquoi la science et la technique ne peuvent pas être l’apanage des seuls scientifiques ; c’est pourquoi ce sont des enjeux politiques, à la fois pour la société d’aujourd’hui, et, à cause du temps long de la recherche, pour la société de demain : des enjeux qui doivent notamment permettre de rendre l’État à sa fonction essentielle d’organisateur du temps long. D’où notre attachement, en particulier, à l’idée de planification écologique, qui comporte évidemment un volet de recherche non négligeable : seule une telle planification permettra de fixer démocratiquement des lignes d’horizon dans une société qui n’en a pas, de discuter sur ce qui est important, sur ce qui est urgent ou pas, donc de ramener la vie de la société dans la délibération collective. Nous vivons le règne du court terme : l’activité d’une entreprise est guidée par des bilans tous les trois mois, le cycle politique s’est raccourci, le cycle médiatique est à la frontière du collapse entre l’instantané et une durée de visibilité de 24 heures. Tout le pouvoir est dans le temps court. La planification, c’est le retour de la maîtrise collective sur ce qu’on organise. C’est rétablir les droits du temps long comme norme de l’activité humaine.

Finalement, tout tourne autour d’une question à la fois politique et scientifique : « les sciences, pour quoi faire ? ». Et la réponse ne peut être qu’à la fois politique et scientifique, en mariant autonomie de la recherche et prise en compte politique des besoins de la société :

  • ?L’autonomie, sans laquelle il n’y aura pas de réelles découvertes, donc pas de possibilité de résoudre certains problèmes actuellement insolubles et même à terme pas de véritable recherche scientifique. Le besoin de connaissance est un besoin distinctif de l’Humanité, la connaissance est donc un bien commun, et la liberté de la Science doit être une des composantes de la politique scientifique. (Ce qui ne veut pas dire que la Science soit le seul canal de la connaissance!)
  • L’évaluation des besoins de la société, qui requiert une approche démocratique profonde, une véritable politique de la science (c’est à dire la définition, éminemment politique, des grandes priorités scientifiques) qui doit être arrachée à la seule domination des marchés, par une démocratie renouvelée des institutions (dont il est possible de penser qu’elle influera, en retour, sur la nature de la science, ne serait-ce qu’en augmentant la pluralité des approches et des démarches scientifiques).

À cette question (les sciences, pour quoi faire ?), la réponse de l’économie libérale est sans ambiguïté : les sciences pour augmenter la compétitivité et le profit. C’est pourquoi nous refusons de considérer, comme le font sans examen et sans nuance la plupart des responsables politiques, que l’innovation et la compétitivité sont bien les besoins les plus importants actuellement, et que les sciences doivent être à bon droit réquisitionnées dans cet effort.

Dans le cadre du programme « l’humain d’abord », nous voulons donc, a contrario, répondre à cette question selon le schéma général suivant : la science, comme outil d’une connaissance s’élargissant toujours, doit pouvoir, pour partie, avancer sous sa propre impulsion, sans autre objectif que la connaissance (c’est l’exigence indispensable d’autonomie de la recherche). Mais, et de façon indissociable, la science au service de la société que nous voulons doit aussi (donc pas exclusivement) faire partie du programme politique. Et c’est là que l’imagination et l’expérimentation doivent être au pouvoir à gauche, ce qui demande une participation active des citoyens comme des chercheurs, dans le cadre d’une politique démocratique de la science. Cela nécessite la possibilité de mettre en œuvre une multiplicité d’expériences, de coopérations, de réflexions, et d’institutions, associant le plus étroitement possible scientifiques, citoyens, politiques (élus). Et pour cela, il est nécessaire d’organiser la rencontre des volontés scientifiques, citoyennes et politiques.? C’est pourquoi le programme partagé, en pointe sur les propositions concernant les réformes de Sarkozy dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche (qui ne sont que la conséquence des choix économiques dits « économie de la connaissance »), propose en même temps un véritable tournant dans la démocratisation des sciences et des techniques.

Ainsi et par exemple, nous voulons inscrire dans la Constitution le droit des citoyens à intervenir dans le développement de la recherche. Nous garantirons la création de forums citoyens des sciences et de la technologie, dotés du pouvoir d’enquête, dès lors que les populations concernées en feront la demande. Leur composition sera représentative de tous les acteurs de la vie publique. Travaillant aux côtés des instances de recherche existant dans les territoires, leur travail, évalué par des scientifiques, donnera lieu à un rapport annuel examiné par l’Assemblée nationale. Le gouvernement sera tenu d’y répondre. Cette proposition, nous pensons l’avoir montré, n’est en rien contradictoire avec l’exigence irréductible de l’autonomie des scientifiques. Elle répond à la nécessité d’une élaboration démocratique des choix de recherche et d’innovation, qui pourrait également se faire, à échelle plus large, par la préparation sur un rythme quadriennal d’une loi d’orientation et de programmation de recherche développement, qui serait l’équivalent national du « programme cadre » européen (PCRD). Ce processus s’inscrirait dans le jeu démocratique par le lancement d’un appel à propositions de priorités de recherche, ouvert à l’ensemble des chercheurs publics et des acteurs sociaux. S’ouvrirait ensuite un large débat public (chiffrage, priorisation, etc.) structuré autour d’un processus participatif de type conférences de citoyens (telles qu’inventées au Danemark dans les années 90). En résulterait  un avis proposant les grands arbitrages du programme cadre national de recherche-développement, avec obligation de prise en considération du rapport de la conférence par le gouvernement et le parlement. Le programme quadriennal de recherche-développement serait ensuite adopté comme loi de programmation de la recherche au terme d’un ample travail parlementaire, suivi d’un débat parlementaire.

Dans cette perspective, il sera également nécessaire de renforcer et de réformer l’OPECST, aujourd’hui marginalisé par la faiblesse de ses moyens, la discontinuité de ses travaux liés à la seule demande parlementaire, son insuffisante association à l’élaboration des politiques du gouvernement qui agit avec ses propres « experts ». Outre sa fonction actuelle de débat et de rédaction de rapports sur des enjeux scientifiques et techniques, l’Office devrait constituer le cadre organisationnel des forums et conférences citoyennes, et devrait pouvoir répondre à des saisines émanant de l’administration, du Conseil Economique et Social, ou du monde associatif.

L’accès citoyen à la recherche, et plus généralement la redistribution sociale des capacités d’innovation, d’expertise et de recherche dans la société, pourrait passer également par le développement, sur le modèle néerlandais, des Boutiques de science (comme celle de l’ENS de Cachan), qui offrent à des groupes de citoyens (associations, collectifs, syndicats…) un accès gratuit ou modique aux connaissances scientifiques et technologiques. L’objectif serait de faire converger de telles initiatives vers la mise en place d’un réseau du « tiers-secteur scientifique », c’est-à-dire de toutes les organisations non gouvernementales  (ni institutions étatiques ni firmes privées) impliquées dans la production d’expertises et de recherches. Une telle convergence est nécessaire afin de donner droit de cité (au sens fort) à la construction de savoirs alternatifs, c’est-à-dire sortant des cadres thématiques, paradigmatiques et méthodologiques qui dominent les institutions de recherches publiques et privées (ex. le paradigme de l’essai thérapeutique lourd randomisé critiqué par le mouvement SIDA, le dogme de l’innocuité des « faibles doses » en radioprotection, le paradigme réductionniste et productiviste de la recherche agronomique, sans parler des paradigmes hégémoniques orthodoxes en sciences économiques, etc.), et différant aussi des savoirs classiques par leur caractère et leur pertinence parfois locales. Cela sans remettre en cause l’autonomie des laboratoires de recherche fondamentale, puisque le tiers-secteur scientifique aurait son mot à dire surtout dans les secteurs de la recherche finalisée et dans un nombre limité de disciplines ; d’autre part, ouvrir la possibilité aux laboratoires publics d’obtenir des financements pour des projets avec des acteurs de la société civile à buts non marchands, ou ouvrir la possibilité à des chercheurs d’être détachés dans des associations, c’est ajouter un degré de liberté aux chercheurs publics et non leur en retirer : c’est un outil puissant pour éviter le monopartenariat imposé aux chercheurs publics avec des acteurs économiques à buts lucratifs. Et la priorité est bien sûr, et sans ambiguïté, la revendication d’une recherche publique forte.

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Jean-Luc Mélenchon : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

D’abord, le point de départ : nous sommes confrontés à un problème qui est celui de la transition climatique, qui pose un problème à tous les êtres humains, et qui en posant ce problème nous assène une première leçon : il n’y a qu’un seul écosystème qui rende possible la vie humaine.

Dès lors, deux conséquences : premièrement, les êtres humains sont donc bien décidément tous semblables ; deuxièmement, il y a un intérêt général humain. De la sorte, la crise climatique nous permet de comprendre quelles sont les bases objectives de la pensée de gauche, qui est fondée sur la similitude des êtres humains, leur égalité, en droit du moins, et ensuite le fait qu’il existe un intérêt général, lequel ne se déduit d’aucune vérité révélée. Et le seul moyen que nous avons, c’est de discuter ; et la seule méthode intelligente que nous avons pour discuter n’est pas de dire ce qui est bon chacun pour soi, mais de dire ce qui est bon pour tous, car le climat ne peut pas être une affaire individuelle. On voit par là comment l’écologie politique refonde la pensée socialiste, en lui fournissant un mode d’explication objectif qui justifie la transition à laquelle nous appelons, et notamment le renversement de l’ordre du monde, qui est aujourd’hui dans la main du marché et auquel nous voulons substituer ce que nous appelons la planification écologique, c’est-à-dire la décision collective à la place de la loi aveugle du marché.

Ensuite, et plus précisément, sur la question de la transition énergétique, nous ne croyons pas à une bataille de certitudes réciproques que l’on se jetterait à la figure. Notre conviction se construit sur deux prémisses. La première est qu’il faut sortir des énergies carbonées, qui sont la source de l’effet de serre et de la bifurcation climatique qui aura bientôt un cours catastrophique. Nous avons bien conscience qu’il s’agit là d’un gigantesque défi technique mais nous sommes des êtres humains?: rien n’est au-delà de notre portée, rien ne peut nous arrêter?! L’esprit humain est capable de résoudre tous les problèmes, c’est donc une source d’optimisme et d’enthousiasme.

Ensuite, et à l’intérieur de la discussion sur cet objectif de sortie des énergies carbonées, vient la question de l’énergie nucléaire, de très grande importance, qui pose un problème de sécurité et qui fait réfléchir tout le monde. La question est celle de l’évaluation du danger. D’une part il faut pouvoir débattre librement, avec toutes les informations en main. Deuxièmement il faut prendre en compte un processus de sécurisation renforcée de l’industrie nucléaire et du parc de centrales du pays. Donc en chasser les logiques de profit et la cohorte d’irresponsabilités qu’elle implique. Troisièmement il faut approfondir et accélérer les recherches pour tout ce qui concerne le traitement des déchets et la réhabilitation des zones sinistrées. Dans ces conditions, à horizon de ma génération politique, c’est-à-dire pour les dix ans qui viennent, il n’y a pas de divergences concrètes entre les différentes options que les forces politiques participant au Front de Gauche présentent aujourd’hui. Sinon la décision à prendre, oui ou non, de planifier la sortie du nucléaire.

C’est pourquoi nous proposerons un débat public national immédiat sur la politique énergétique en France.

Ce grand débat devra permettre la remise à plat des choix énergétiques et du nucléaire et préparer le remplacement des énergies fossiles. Il se déroulera sous contrôle citoyen de l’information jusqu’à la prise de décision et se terminera par un référendum. Dans le domaine du nucléaire civil, l’ensemble des possibilités – dont la sortie du nucléaire ou le maintien d’un nucléaire sécurisé et public – sera alors tranché. Aucun choix définitif en matière de politique énergétique ne sera effectué avant la conclusion de ce grand débat public. Et sans attendre, la réinternalisation de toutes les opérations de maintenance et de sûreté nucléaire sera engagée. Autrement dit, quiconque pense qu’il faut discuter de ces questions peut voter Front de gauche.

Enfin, nous voulons et pouvons développer les énergies alternatives abondantes, celle des mouvements de la mer et la géothermie de la Terre. Avec la géothermie, on produit plus de chaleur qu’on ne sait en utiliser. Cette chaleur peut alors être utilisée par un cercle vertueux dans d’autres installations ou pour d’autres utilisations. C’est donc un double gain écologique. Mais pour arriver à ce résultat, il faut créer des compétences dans beaucoup de domaines, il faut des ingénieurs, des architectes, des centrales, etc.
Notre credo est simple : la transition énergétique est possible. Des scénarios concrets et réalistes existent. Bien qu’il pose débat, nous pouvons notamment nous inspirer du scénario Négawatt. Il a été élaboré par un collectif de scientifiques et professionnels de l’énergie pour permettre une transition énergétique crédible, et, si le peuple en décide ainsi, une sortie raisonnée du nucléaire. Ce scénario précis a été conçu pour rendre possible une sortie du nucléaire à l’horizon 2040-2050. Il permet de penser à la fois la sortie du nucléaire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ce plan de marche vise une division par quatre des consommations d’énergie fossile. Il se présente en trois volets : sobriété énergétique, efficacité énergétique, énergies renouvelables. La sobriété énergétique permettrait de réduire la consommation de 15% en supprimant les usages inutiles. Il n’en manque pas. Par exemple les écrans publicitaires vidéos dans le métro parisien. Nos objectifs en la matière doivent être la réduction des consommations électriques, de chaleur par des mesures d’économies et des incitations à des comportements plus sobres (suppression des éclairages permanents inutiles, des enseignes lumineuses, la veille des appareils électroménagers, du chauffage inutile etc.). Cette politique de sobriété touche également les besoins de mobilité que nous devons réduire grâce à des mesures d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

L’efficacité énergétique permettrait de réduire la consommation de 30% en améliorant le rendement des équipements utiles mais en changeant aussi la manière dont ils sont produits. Tout cela permettrait de stabiliser la consommation électrique à horizon 2040 alors qu’elle doublerait si on restait sur la tendance actuelle. L’urgence est donc à la mise en œuvre de la rénovation énergétique des bâtiments, à la prise en compte de l’objectif d’efficacité énergétique dans la construction du neuf, et à l’instauration de normes plus fortes sur les produits consommateurs d’électricité.

Les économies d’énergie réalisées grâce à ces mesures doivent permettre de rendre viable un scénario de production à partir des énergies renouvelables. Pour permettre de sortir le pays de sa dépendance au nucléaire, le scénario Négawatt expose les voies du passage à 80 % d’électricité renouvelable en stabilisant l’hydraulique, en développant l’éolien, le solaire thermique et photovoltaïque, la géothermie profonde, les énergies marines et la biomasse. Le scénario a établi pour cela des prévisions de développement de chaque mode en fonction des potentialités estimées par des scientifiques, en fonction de la réalité naturelle et géographique de notre pays. Bien sûr, en cas de catastrophe ou de recul de la sécurité, il faudrait aller plus vite encore. Encore une fois : raison pour ne pas retarder les décisions.

Nous engagerons d’autre part la fermeture rapide des centrales au fioul et au charbon, et le remplacement progressif des centrales au gaz par des centrales à cycle combiné à haute performance et par des centrales à cogénération. Elles seront utilisées pour compenser l’intermittence de la production électrique d’origine renouvelable.
Pour mener à bien ces ambitions, nous réaffirmons l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie, seule garante de la transparence, de l’indépendance, de l’expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Nous créerons à cette fin un pôle 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé. Ses salariés seront toutes et tous sous le même statut. Ils et elles seront associés étroitement aux choix de gestion de l’entreprise publique, et leur liberté d’expression sera garantie. Les citoyens seront également associés à la direction de ce pôle. Nous agirons parallèlement pour la création d’un tel pôle public au plan européen.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

D’autre part, la gestion d’un secteur aussi essentiel que l’énergie appelle des outils de gestion et de recherche qui permettent au citoyen de reprendre le contrôle des décisions, de fixer les orientations dans le domaine de l’énergie. Ces outils contribueront à économiser de l’énergie autant qu’à en produire de façon de façon accessible et propre. C’est pourquoi, afin de piloter de la manière la plus efficace et la plus transparente le grand plan de transition écologique et le plan de financement pour la sobriété et l’efficacité énergétiques et pour la diversification des sources d’énergie, nous créerons un Commissariat aux Economies et à la Production d’Energie (le CEA deviendra une branche du nouveau commissariat), chargé notamment de nouveaux champs de recherche publique : sobriété énergétique, économies d’énergies, énergies renouvelables, accompagnement et démantèlement des centrales en fin de vie, gestion des déchets, etc.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Le Front de Gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

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Jean-Luc Mélenchon : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Au total, si l’on se réfère aux lois de finance successives, ce sont 3 milliards d’euros de financements publics qui servent chaque année à subventionner la recherche des entreprises : crédit d’impôt recherche (plus d’un milliard d’euros) et autres exemptions fiscales, concours national de la création d’entreprise, Centres Régionaux d’Innovation et de Transfert de Technologie, plateformes technologiques, actions de l’ANVA, aides des ministères techniques à la recherche privée, bourses de thèses en entreprise, dispositif Jeunes entreprises innovantes, apport en capital de l’État au profit de fondations dominées par les grandes entreprises privées (cf. les neuf Fondations de recherche privées en voie de création suite à la loi d’août 2003 sur le mécénat et les fondations : les entreprises apportent un capital que l’État double – par exemple la Fondation de recherche « Cœur et artère », sur les maladies cardio-vasculaires, regroupant, Bonduelle, Mac Cain – frites et pizza… –, Sanofi, Auchan ; ou la Fondation « TICS », chargée des recherches sur les effets des champs de radiofréquence sur la biologie et la santé, qui aura pour principaux partenaires Orange, Bouygues Telecom, Cégétel, Alcatel et Sagem…). La tendance s’accentue ces dernières années, dogme libéral oblige. Dans la plupart des cas, l’État débourse sans même prendre en considération le contenu et l’orientation des recherches : la mise de fonds dans les fondations et surtout le Crédit impôt recherche sont caractéristiques d’une telle distribution à l’aveugle de l’argent des contribuables, sans évaluation scientifique, technique, sociale et environnementale des subventions accordées.

Il faut en finir avec cette situation. Dans cette perspective, la priorité est non seulement d’augmenter les moyens de la recherche publique, mais également d’en reformuler et d’en élargir les missions par rapport à la loi de 1982, qui s’en tient à envisager une mission de formation, une mission d’appui à l’innovation marchande, et à entériner une vision surannée du savant éclairant la société en diffusant la « culture scientifique et technique ». Nous défendons ainsi une vision plus large de l’appui à l’innovation, qui doit être considérée comme une co-production des technologies et des savoirs plutôt que comme un « transfert » du fondamental vers l’appliqué. L’appui à l’innovation doit également et nécessairement être conditionné à des critères de développement social et écologique durable ; il doit être élargi pour inclure la créativité et la production de bien commun par des innovateurs à but non lucratif et à modes alternatifs (mutualiste et ouvert) de propriété intellectuelle – par ex. réseaux de recherche et innovation en logiciel libre, réseaux de santé environnementale, réseaux paysans de sélection participative de semences, etc.

Il est urgent également de définir des objectifs socio-économiques clairs pour le financement public de la R&D privée, afin de contrôler drastiquement les effets (et, le cas échéant, de supprimer) des financements directs d’entreprises (cf. crédit d’impôt recherche) qui « achètent » ensuite de la recherche publique par contrat avec un laboratoire. Les financements publics doivent être placés sous conditionnalité sociale et environnementale, et critérisés en fonction de programmes technologiques nationaux, par exemple par la création de Réseaux de Recherche et d’Innovation Technologique sur des programmes tels que les énergies renouvelables, l’agriculture écologique ou la santé environnementale.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.inventioneurope.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Quant au développement en France d’un tissu de PME technologiques : les PMEPMI sont le cœur vivant et le poumon productif de notre économie ; elles sont aussi les plus créatrices d’emploi. Le soutien de l’État et des pouvoirs publics aux PMEPMI sera donc renforcé.

Les premiers besoins des petits entrepreneurs, ce sont la stabilité, la prévisibilité et l’activité. La politique du Front de Gauche est une politique de relance de l’activité, fondée sur l’instauration d’un cercle vertueux entre salaires, consommation et emploi, et articulée autour du grand défi que nous nommons planification écologique. Nous voulons mener une politique systématique de relocalisation de notre économie : les PME doivent en être les acteurs prioritaires. C’est pourquoi la puissance publique doit les aider à sortir de la dépendance vis-à-vis des grands groupes qui leur imposent des conditions socio-économiques intenables : si les donneurs d’ordre peuvent pratiquer le chantage aux délocalisations dans les pays à bas coûts, c’est parce qu’il n’existe aucune protection réelle susceptible de réaligner par le haut les normes sociales et environnementales. C’est tout l’objet du programme du Front de Gauche.

Par ailleurs, la création d’un grand pôle financier public, avec ses antennes locales, permettra également de desserrer les contraintes du crédit bancaire, donc rendra possible pour les PME (notamment celles dont le potentiel technologique est fort, et qui ont les problèmes de trésorerie les plus importants) d’emprunter à des taux très bas pour se développer. C’est là le préalable nécessaire à tout projet de développement d’un tissu dense de PME technologiques. Ce développement sera de toute façon le corollaire nécessaire de la planification écologique que nous mettrons en place, immense défi potentiellement créateurs de millions d’emplois qualifiés : les PME seront appelées à se développer en tant notamment que relais et destinataire de la commande publique. Le pôle financier public fournira par exemple un crédit bonifié aux entreprises pour l’emploi, la formation, la recherche et le développement, sur critère d’utilité sociale et environnementale des investissements et de la production, et soutiendra les politiques d’investissement des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles. C’est tout le visage de notre tissu industriel productif qui sera transformé et redynamisé par la transition de nos modes de production, de consommation et d’échange.

Ainsi notre ambition est-elle d’investir massivement dans les domaines clés de la transition écologique, du développement humain durable et de la santé publique, notamment par le cadrage des financements publics de la R&D en direction d’orientations technologiques vectrices de progrès social et environnemental : énergies renouvelables ; démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie et traitement des déchets ; transition écologique de l’agriculture ; santé environnementale, toxicologie, épidémiologie et biomédecine curative ; chimie et ingénierie vertes ; affirmation de stratégies de filières dans des secteurs émergents et stratégiques (réduction de la consommation d’énergie par l’isolation du parc ancien des bâtiments, développement du ferroutage et des transports collectifs, aménagement des espaces de vie, etc.) ; relocalisation de secteurs industriels vitaux (acier, raffinerie, pâte à papier, médicaments, constituants de l’industrie agro-alimentaire, etc.) ; grand projet de déclinaison marine des méthodes de la conquête spatiale (axe d’investissement prioritaire pour notre projet de planification écologique), en profitant du deuxième espace maritime du monde : recherche sur la biodiversité et l’écosystème marins, développement des moyens d’observation (réseaux de balises et de robots en eau profonde), d’exploration (vaisseaux d’exploration océanique, sous-marins profonds, mais aussi développement de véritables stations sous-marines permanentes), de surveillance et de protection de la mer, transition écologique des techniques de pêche, recherche agronomique, culture des algues et identification des protéines issues de la mer, exploitation (non prédatrice sur l’environnement) des immenses gisements énergétiques des mers.

Bref, les PME technologiques sont appelées à devenir les acteurs centraux de la planification écologique qui constitue le cœur de notre programme. Dans cette perspective, nous abolirons les pôles de compétitivité qui concentrent les activités sur quelques lieux selon une mise en concurrence aveugle des territoires, au profit de la constitution de pôles de coopération permettant de mieux lier recherche, formation, production et emploi. Dans ce cadre, nous créerons des pôles publics de l’industrie à l’échelle territoriale. Ceux-ci rassembleront les partenaires publics et privés de ces territoires et travailleront en liaison avec les forums citoyens des sciences et de la technologie ou d’autres instances de recherche, en permettant l’embauche dans ces pôles de titulaires du titre de docteur et en faisant reconnaître ce titre dans les conventions collectives. Sur le modèle du CNRS, nous créerons un établissement public de recherche technologique et industrielle s’appuyant sur les structures existantes.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Le Front de gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

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Jean-Luc Mélenchon : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

L’objectif fondamental est l’accès des étudiants, notamment des classes populaires, à la science et à l’orientation de cette dernière vers le progrès humain. Aussi devons-nous faire coïncider une perspective quantitative (massifier le nombre d’étudiants qui accèdent à des qualifications scientifiques de haut niveau) et qualitative (en démocratisant le recrutement social de ces filières). Des passerelles avec l’enseignement technique et professionnel doivent exister, car certains de leurs étudiants à haute qualification peuvent souhaiter enrichir le socle théorique de leur pratique professionnelle. Nous retrouvons ici la problématique de l’enseignement supérieur dans sa généralité, et l’importance de partir des conditions d’existence : extension des bourses, allocation d’autonomie pour les étudiants leur garantissant le libre choix et les moyens de leurs études, fin de la mise en concurrence des universités, et projets coopératifs via la garantie d’un cadrage national des diplômes et de statuts protecteurs pour les professeurs et doctorants. Ensuite, le goût pour la science dépasse le strict cadre universitaire. Nous appelons de nos vœux l’éducation populaire, la culture scientifique pour toutes et tous dès le plus jeune âge, les forums citoyens sur les sciences afin de populariser et mettre en débat les innovations scientifiques dans ce qu’elles ont de potentiellement positif pour les citoyennes et citoyens. Ici comme ailleurs, nous défendons l’humain d’abord, et son accès aux sciences.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Les différences de financement entre filières et matières relèvent d’une conception élitiste, d’une hiérarchisation des savoirs. Loin de cette  perspective, le Front de Gauche trace un horizon égalitaire, qui encouragerait chacune et chacun à s’investir dans les sciences, selon le libre choix de l’étudiant. Nous valoriserons pareillement toutes les études scientifiques – et les mettront à égalité avec les études littéraires ou de sciences humaines, en les tirant toutes vers le haut. Pour cela, gratuité des frais d’inscription, allocation d’autonomie, hausse des budgets universitaires, et financement non plus sur projets concurrentiels mais selon les besoins de chaque université nous semblent indispensables.

Quant à l’inégalité entre premiers cycles universitaires et classes préparatoires, notre position est la suivante : si nous sommes attachés à la pluridisciplinarité qui fait la caractéristique de l’enseignement en classe préparatoire ainsi qu’au fort taux d’encadrement dont bénéficient les élèves, mais aussi à l’excellence et au haut niveau d’exigences attachés à ces formations, nous proposons que ce modèle, au lieu d’être réservé à quelques-uns, soit progressivement élargi à l’Université. L’objectif est donc à terme celui d’une remise en cause de la dualité grandes écoles-universités, et d’un rapprochement des taux d’encadrement et des moyens par élève dévolus aux premiers cycles universitaires et aux classes préparatoires, dans la perspective d’une intégration raisonnée et d’une convergence concertée de l’ensemble des formations post-baccalauréat aujourd’hui dispersées entre universités et CPGE, mais aussi BTS, IUT, Ecoles d’ingénieurs, formations paramédicales, etc. de commerce, des ENS, etc. L’une de nos préoccupations est notamment la revalorisation et la réhabilitation de filières techniques d’excellence (et par exemple l’attractivité des formations d’ingénieurs), mais aussi celles des carrières d’enseignants-chercheurs.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Trois éléments jouent dans ce processus d’apprentissage, trois éléments au cœur de la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux. Tout d’abord, l’accès à la culture dès l’enfance, afin de juguler l’autocensure sociale ou de genre, et son accessibilité tout au long de la vie. Les structures publiques de promotion, de sensibilisation à la science, tout comme l’éducation populaire massive et la mise en valeur du patrimoine par la découverte ludique et scientifique sont incontournables. Ensuite, la scolarité, que nous voulons porter de 3 à 18 ans, afin d’inculquer des connaissances scientifiques de bon niveau à chaque jeune Française ou jeune Français, avec égalité de traitement entre les filières, libre choix des étudiants et investissement massif, afin de permettre un rayonnement de l’université française et de son savoir par-delà ses murs. Enfin, les medias en général jouent un rôle pilier. Nous nous battons pour sauver la diversité de la presse, via une distribution publique, une majoration des aides, et de vrais statuts protecteurs avec contrats à durée indéterminé et autonomie des rédactions, pour permettre aux journalistes d’accomplir leur œuvre informationnelle dans de bonnes conditions.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

La déstructuration de la recherche et de l’encadrement public s’amplifie depuis 2005, accompagnée du recul des services publics, et donc de la recherche de solutions alternatives, privées et individuelles, ce qui laisse libre cours à toute dérive ou abus de sur personnes fragiles.

L’État ne doit pas abandonner la recherche, ses conclusions et l’intérêt général qui en découle aux marchands de superstitions. C’est pourquoi le Front de Gauche entend rompre avec les logiques d’autonomisation des universités, de précarisation du personnel, de la bibliométrie, de l’évaluation durcie, de la recherche par projet et des financements privés qui camouflent parfois fort mal les intérêts privés qui les meuvent. Les entreprises prennent le pouvoir par le biais du financement de la recherche et de la privatisation des conseils d’administration, tandis que la vie dans les laboratoires est rendue indigne.

L’indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent et de l’obscurantisme est une pièce centrale de la nouvelle logique que nous entendons promouvoir. Les citoyens ne peuvent avoir confiance dans une recherche qui fonctionne sur fonds privés et qui roule pour des intérêts privés. La perte de confiance est extrêmement grave pour des sujets d’intérêt majeur. La parole scientifique doit retrouver son rôle, et pour retrouver son rôle et donc être investie de confiance, il faut que l’État soit le premier à investir en elle. Nous entendons mener une planification écologique, afin d’orchestrer la transition énergétique et la bifurcation de nos modes de production et de consommation : nous avons besoin de scientifiques formés, d’excellence, dont les interventions publiques seraient dictés par leur conscience et leur sens de l’intérêt général. Contre les fondations privées et les lobbies industriels, les citoyens doivent être éduqués à l’école, et en dehors de l’école par l’irruption sur la scène publique des chercheurs et de leurs conclusions.

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Jean-Luc Mélenchon : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

L’innovation et les incertitudes scientifiques ne seront opposées que tant que durera la séparation la plus totale entre la recherche scientifique et les citoyens. Notre proposition de constitutionnaliser dans une VIe République le droit du pouvoir citoyen à intervenir dans le développement de la recherche scientifique, via des Forums des Sciences et de la Technologie, répond à cette problématique. Créés à la demande des populations concernées, ces Forums disposeront de pouvoirs d’enquête, verront leurs investigations étudiées par des scientifiques, le tout constituera un rapport annuel auprès de l’Assemblée Nationale. Ainsi, le Parlement pourra contrôler le développement et les usages de la science en s’appuyant sur le pouvoir citoyen. L’expertise interne demeure toutefois nécessaire, et nous sommes favorables à des logiques de régulation scientifiques remises entre les mains des chercheurs, l’évaluation par les pairs, afin de les soustraire à l’évaluation de l’argent, de l’utilité immédiate et du court-termisme des financeurs.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amiante, impact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Tout d’abord, nous sommes favorables à la dissolution de l’ANR, afin de faire cesser le financement par projets concurrentiels, et d’attribuer des financements globaux sur besoin. Les nanotechnologies en tant que telles sont un potentiel progrès technologique. Si elles servent l’humain d’abord, elles pourraient faire évoluer la médecine, les transferts d’information, les transports… Grâce aux nanotechnologies, des progrès considérables sont attendus notamment en matière médicale. Elles permettraient des avancées considérables pour des prothèses ou des implants biocompatibles. D’ores et déjà, on travaille sur des médicaments mieux ciblés, sous la forme de nanocapsules, pouvant être dirigées vraiment vers les cellules que l’on souhaite traiter. Cela permettrait des progrès considérables dans la lutte contre le cancer, voire le sida, etc. Dans le domaine de l’information et de la communication, la miniaturisation des processeurs n’est pas encore arrivée à son terme. Les perspectives sont des capacités de calcul beaucoup plus importantes, c’est-à-dire une augmentation de la vitesse de traitement des informations et des capacités mémoires. De plus en plus, des processeurs seront intégrés dans les objets du quotidien : du mobilier aux équipements ménagers en passant par les textiles qui peuvent devenir « intelligents », c’est-à-dire supports de communication ou thermo-adaptables. Citons également les progrès en matière d’environnement, grâce à la détection et à la filtration de matières polluantes, ou les progrès en matière d’énergie dans le photovoltaïque ou les piles à combustible. Plus globalement, nombre de processus industriels sont concernés. Ainsi, l’utilisation des nanotechnologies est porteuse d’une nouvelle vague de développement technologique, à côté de laquelle il n’est évidemment pas question de passer. Au-delà de leurs impacts potentiels, nous les considérons comme une opportunité de lancer le débat que nous souhaitons voir se réaliser dans les Forums citoyens des Sciences et de la Technologie, afin de discuter les techniques, leurs progrès, leurs implications, leur sens, et de les soumettre au jugement du débat public, les mesurer à l’aune de l’intérêt général.

C’est pourquoi nous devrons encadrer institutionnellement l’organisation de l’indispensable débat de société sur la nécessité d’une politique active de prévention des risques. Pour l’heure, ce sont les peurs qui dominent. Il est plus simple pour certains industriels, enfermés dans des logiques court-termistes, d’essayer de contourner ces – inquiétudes plutôt que de faire un réel effort de transparence et de recherche, à partir d’une prise en compte de ce que les inquiétudes exprimées ont de légitime et de positif. Il y a aujourd’hui une véritable prise de conscience, du côté de l’opinion publique, de la nécessité de maîtriser socialement les technologies nouvelles, et les nanotechnologies en particulier. Louvoyer avec cette exigence, c’est participer à l’obscurantisme, aux idéologies de régression sociale.

De manière générale, il y a nécessité de maîtriser socialement le progrès technologique, son utilisation. Cela implique de définir un certain nombre de règles permettant d’appliquer le principe de précaution entendu au sens d’un principe d’action raisonnée, et non seulement comme un principe d’abstention. Un débat public transparent doit être impulsé à partir d’une expertise pluraliste, permettant que l’ensemble des questions de sécurité, de santé, mais également de respect des libertés publiques puissent être prises en compte et faire l’objet de règles préventives.

Plus précisément, deux problématiques associées aux nanotechnologies nous semblent mériter étude approfondie et débat public, l’une sanitaire et l’autre relative au respect des libertés individuelles.

  • D’une part, la dissémination massive de nanoparticules dans l’environnement constitue un thème politique de toute première importance, et un enjeu sanitaire à évaluer publiquement, de manière transparente. D’autre part, la capacité des nanopoudres à se diffuser dans l’ensemble du corps humain (poumon, sang, barrière hémato-encéphalique, barrière placentaire, etc.) pose de manière éventuellement dramatique la question des limites aux nanotechnologies. Enfin doivent être évalués les effets toxiques associés au matériau de fabrication des nanoparticules, qui peuvent engendrer des pathologies multiples ou inflammations violentes. Précisons. Certains produits sont susceptibles de passer les barrières biologiques. On peut très bien envisager, par exemple, qu’une crème solaire nanostructurée, dotée de propriétés de transparence pour des raisons esthétiques, puisse éventuellement traverser l’épiderme, du fait de la taille des composants. Pour tous les produits susceptibles d’affecter le corps humain, il est très important d’élaborer des protocoles de sécurité. De même, un renforcement des règles de suivi sanitaires des salariés exposés aux substances nanoparticulaires est indispensable. Mais la France est confrontée à l’insuffisance des moyens humains dédiés à la recherche en toxicité. Nous n’avons pas assez de spécialistes dans ce domaine, tout simplement parce que les carrières ne sont pas suffisamment valorisées. Il incombe aux pouvoirs publics de changer cette donne. C’est essentiel si nous voulons vraiment avancer dans la voie d’une maîtrise sociale des technologies. Le CES préconise un effort de formation et de recherche de très grande ampleur. Les moyens financiers nous paraissent devoir être affectés prioritairement à trois domaines particuliers: d’abord, l’étude des nanoparticules les plus utilisées industriellement, c’est-à-dire celles qui sont déjà sur le marché ou qui vont l’être (par exemple les nanotubes de carbone, dont la forme peut être agressive pour l’organisme humain). Ensuite, l’effort de prospective doit porter sur toutes les nanoparticules appliquées au corps humain. Enfin, des recherches sur les différentes étapes du cycle de vie des nanoobjets ou nanomatériaux sont urgentes (que deviennent les nanotubes intégrés dans les matériaux composites des objets éventuellement abandonnés dans la nature ?).
  • Par ailleurs, un usage militaire et policier des nanotechnologies se profile ; il requiert une attention, une vigilance et une recherche importantes. Les nanotechnologies posent incontestablement des problèmes de respect des libertés individuelles ; c’est d’ailleurs le cas de toutes les technologies susceptibles d’être utilisées pour la localisation de personnes. La spécificité des nanotechnologies à cet égard tient à la perspective de nanopuces dans les objets de notre quotidien, qui pourraient permettre de suivre les individus partout où ils sont. C’est d’ores et déjà le cas des RFID, c’est-à-dire la détection d’objets par radiofréquence. Il est fortement question d’intégrer ces puces dans l’ensemble des objets proposés à la vente dans les hypermarchés, le but premier étant de supprimer les caisses manuelles. Mais on peut très bien envisager que chacun de nous finisse par se trouver entouré d’un halo d’objets parfaitement connus et repérables à distance par une tierce personne. Les menaces qu’une telle perspective fait peser sur les libertés individuelles constituent un enjeu grave de société, mais pas une raison de renoncer aux progrès technologiques. Il faudrait commencer par rendre obligatoire la déclaration à la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) de tous les objets susceptibles de permettre la traçabilité des individus. C’est là l’une des recommandations du Conseil économique et sociale (CES). Il faudrait aussi, à partir de là, définir les modalités de recours juridiques en cas de dérives, et éventuellement interdire l’usage policier de ces technologies.

Tous ces motifs exigent de placer sous très haute surveillance les nanotechnologies, leur production et les objectifs qui leur sont associés. Cette surveillance relèvera de la tutelle étatique, mais aussi du pouvoir citoyen d’investigation – et leurs conclusions détermineront les éventuelles autorisations ciblées, ainsi que le champ de l’interdiction. Le moratoire quant à lui s’impose durant la campagne d’information et de réflexion collective à ce propos.

C’est pourquoi, plus généralement, nous souhaitons institutionnaliser le débat citoyen par la création de Forums liés directement aux processus législatifs. Le nombre de problèmes, notamment technologiques, nécessitant débat national est en train d’augmenter. L’actuelle Commission Nationale du Débat Public n’est pas en situation aujourd’hui de pouvoir faire face à cet ensemble de responsabilités en forte augmentation. Il est nécessaire que les débats prennent corps à une échelle plus vaste. Il ne s’agit pas d’exiger ou de prétendre que tous les citoyens deviennent experts, scientifiques. Il s’agit de leur donner les arêtes des débats entre experts. Car c’est à partir de la saisie des contradictions que s’exerce réellement la démocratie, que se forgent les jugements, que s’évaluent les précautions à prendre. Au fond, les nanotechnologies, par les questions qu’elles posent, sont une bonne occasion de faire progresser une véritable démocratie participative, c’est-à-dire une appropriation par les citoyens des questions d’intérêt général en lien direct avec leurs vies quotidiennes, y compris du point de vue du progrès social. Car les nanotechnologies ne posent pas question que pour les consommateurs, mais aussi pour les producteurs et les salariés.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

Le Front de Gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

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