Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).
D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source :Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)
>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?
Je pense avoir déjà été très clair sur cette question. Il y a chez moi une triple préoccupation : optimiser l’efficacité énergétique, réduire les rejets de gaz à effet de serre et abaisser la part du nucléaire dans la production d’électricité en développant les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse). Actuellement, nous sommes doublement dépendants des énergies fossiles et du nucléaire. J’entends ramener la part du nucléaire de 75% à 50% à l’horizon 2025.
Il s’agit d’un effort équivalent à celui qu’a fourni l’Allemagne et qui nécessitera, pour être pleinement réussi, une mobilisation intellectuelle, industrielle et financière très importante. Puisque, de tradition, le président de la République peut impulser des « grands travaux », il parait clair que cette modification très sensible du mix énergétique sera situé à ce niveau de mes préoccupations. C’est une urgence écologique.
Elle implique plus de sobriété et d’efficacité énergétique. Certains se donnent des objectifs imprécis de sortie du nucléaire, sans dire quand ni comment, sans préciser par quoi remplacer les moyens actuels de production d’électricité et sans annoncer que le nucléaire supprimé sera remplacé par des énergies fossiles fortement émettrices de GES. Il y a actuellement plusieurs centrales à gaz en construction en France. Il me semble plus responsable de dire que je ferai évoluer le mix énergétique par les renouvelables. Je réaffirme par ailleurs avec force que le nucléaire doit être à 100% public.
À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.
>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?
Cette ambition est de diminuer dans 15 ans la part du nucléaire dans notre production énergétique. Cela suppose bien évidemment en parallèle un soutien appuyé aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse de 2ème génération…), au niveau recherche et développement d’abord, mais aussi en termes d’incitation pour l’implantation de ces sources d’énergie, sans négliger de garder un œil sur les impacts environnementaux, notamment en matière de réchauffement climatique. Ce plan sur 15 ans représentera une chance formidable pour la filière du renouvelable, pour l’installer dans la durée et convaincre les plus indécis de ses potentialités. C’est aussi l’opportunité de développer de nouvelles filières et les nouveaux emplois de la croissance verte. Nous devons organiser un véritable débat national, accompagné d’une information la plus objective possible. La transition énergétique est peut-être le plus grand défi du siècle qui vient. On ne peut y engager la France sans d’abord en débattre avec les Français.
La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.
>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?
Le mix énergétique doit être transformé à travers deux volets, comme je viens de le dire : un soutien aux énergies renouvelables, ce qui passe naturellement par un soutien à la recherche et au développement en matière de stockage de l’énergie et en matière d’économie d’énergie, en particulier au niveau de l’habitat. Deuxième volet, le nucléaire, ce qui implique de fermer les centrales en fin de vie après avis de l’autorité de sûreté nucléaire. Un plan d’action qui doit, en parallèle, s’accompagner d’une vraie réflexion sur les dangers de la privatisation de la sécurité dans les centrales, et sur les moyens d’une information plus transparente et indépendante quant à la situation et à l’entretien des centrales françaises. Enfin, à l’export, la vente de centrales devra être réservé aux démocraties dotées d’une autorité de sécurité fiable et indépendante.
Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.
>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?
Il ne faut pas cacher la vérité aux Français. Le prix de l’énergie ne peut aller qu’en augmentant, en particulier d’ailleurs le prix du nucléaire, surtout si l’on commence à s’engager sérieusement – et il le faut – sur la question du démantèlement des centrales, de la gestion des déchets, etc…, ce qui a un coût. Les énergies propres, de leur côté, peuvent également coûter très cher. Mais on peut les financer. C’est une question de volonté politique. On pourra utiliser une partie de la somme dégagée par la suppression des niches fiscales. Il faudra aussi instaurer une fiscalité écologique, avec une taxe carbone, y compris à nos frontières si les pays exportateurs ne respectent pas les engagements internationaux de réduction de gaz à effet de serre. Mais si des économies sont à faire, il ne faut que cela soit sur le dos des Français, notamment à travers les fluctuations du prix du pétrole. Je pense notamment aux ménages les plus modestes pour lesquels je propose d’instaurer des tarifs différenciés suivant la consommation : un tarif bas pour la consommation répondant à des besoins élémentaires et un tarif plus cher pour la consommation de confort. Quand il y aura des hausses trop importantes, il sera impératif de bloquer les prix ; quand il y aura une baisse des cours du baril, il ne faudra pas hésiter, si besoin, à contraindre les compagnies pétrolières à répercuter cette baisse sur les prix à la pompe. La transition écologique ne doit pas se faire au prix d’une asphyxie du pouvoir d’achat des ménages.