François Hollande : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Nous n’avons cessé de le dire, et je ne cesserai de le répéter. Je donnerai la priorité au soutien à l’innovation. Il faut soutenir davantage la recherche fondamentale, et, dans le même temps, favoriser le lien entre l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ainsi que la valorisation et le transfert de technologies. Il faut en finir avec toutes ces contrevérités que l’on distille autour de la grande réforme du quinquennat que serait celle des universités et de la recherche. Les dernières années  ont été, en réalité, celles d’un tour de passe-passe permanent consistant à faire passer pour des priorités budgétaires des baisses et des stagnations. On ment à nos concitoyens dans cette affaire. Il n’y a pas eu, en valeur absolue, de créations de postes dans l’enseignement supérieur et la recherche ces dernières années. Le budget reste loin des 3% du PIB annoncés, le Crédit impôt recherche a été détourné de son usage d’origine et le Grand Emprunt a créé une concurrence éhontée entre nos établissements.

Notre vision de la science, de l’université et de la recherche est différente. Il convient de rééquilibrer les dotations, en redonnant aux universités et aux grands organismes des moyens qui leur font aujourd’hui défaut. Dans le cadre du R&D, il faudra ré-orienter le Crédit impôt recherche, qui a trop souvent servi d’effet d’aubaine pour les grands groupes, vers les PMI-PME et les ETI  (il bénéficie seulement pour 23% aux PME et ETI, et 77% aux grandes entreprises) et en redéployer une partie pour les organismes et les Universités . Et il faudra, bien sûr, miser sur l’embauche des docteurs dans les entreprises, en commençant par faire reconnaître le doctorat à la fois dans les grilles de la fonction publique et dans les conventions collectives.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il faut remettre à plat le Crédit impôt recherche afin de le rediriger en priorité vers les PME, soit en les ciblant directement, soit en encourageant des entreprises de plus grande taille ayant des PME comme sous-traitants, dans le cadre de leurs activités de R&D. Pour y pourvoir, il faut réfléchir à la création d’un statut d’entreprise d’innovation et de croissance. Si le CIR finance la preuve du concept, les phases de maturation de l’entreprise sont trop peu soutenues. Je pense donc que dans le cadre de l’actuel effort financier, il faut compléter le Crédit impôt recherche par un Crédit impôt innovation qui permettra aux start-ups et aux jeunes entreprises innovantes de devenir des Entreprises de taille Intermédiaire. On peut faciliter les liens entre entreprises innovantes et laboratoires, en poussant notamment au recrutement de celles et ceux qui ont été formés par la recherche, qui sont souvent docteurs, et qui ont envie d’aller vers les PME innovantes. Regardons enfin comment faciliter l’accès aux commandes publiques, à la manière du Small Business Act aux États-Unis.

L’un des problèmes de la France, non résolu, est la croissance de ses PMI-PME: je propose, pour y remédier, de facliter la diffusion de l’innovation, de faciliter l’accès facilité aux crédits, de renforcer les fonds propres, notamment grâce à la mise en place d’une banque publique d’investissement, avec une délégation régionale, qui permettra de développer la croissance des PME-PMI à fort potentiel et d’en faire des ETI, créatrices d’emplois et performantes à l’export.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Il faut, en la matière, se méfier de tout dogmatisme. Une part de ce qui devient de l’innovation provient de découvertes issues de la recherche fondamentale, sans que cette innovation soit d’ailleurs toujours prévisible à l’origine, est a le plus souvent pour cadre le monde académique. Mais il n’est pas interdit à l’industrie de s’y mêler. Un bel exemple en est le laboratoire mixte entre Thalès et le CNRS, autour du prix Nobel Albert Fert. Et puis, il est évident que plus on se rapproche de la partie « développement », plus l’expertise industrielle a toute sa place. Mais attention. Il faut éviter ces situations, qu’on a vu récemment avec la recherche pharmaceutique, où l’on voit le gouvernement pousser les entreprises à sous-traiter une partie de leur recherche dans les laboratoires publics. Un message bien reçu par Sanofi-Aventis qui propose de financer des recherches mais qui, dans le même temps, procède à des licenciements massifs dans ses propres laboratoires. L’État ne doit pas encourager de telles attitudes. Les crédits publics doivent servir l’emploi et la création de richesses dans notre pays.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Parmi toutes les informations qui me remontent du monde des universités et de la recherche, j’entends les critiques multiples qui fusent contre cet empilement accru de structures diverses, de directives à appliquer, de formulaires à remplir, dont la prise en compte est particulièrement chronophage pour les chercheurs. Il faut simplifier les structures et les procédures pour dégager du temps à consacrer seulement à l’enseignement et à la recherche. Il faut aussi, comme je vous l’ai dit, redonner aux universités, aux laboratoires, aux organismes les moyens de définir leurs propres politiques scientifiques. Il faut revenir sur tous ces financements de projets à court terme, qui n’incitent pas à la prise de risque, qui n’assurent pas les conditions de découvertes, mais qui enferment la recherche dans le conformisme. Enfin, accompagner ces essais-erreurs dont vous parlez, c’est aussi mettre en œuvre une évaluation digne de ce nom : non pas une évaluation sanction, faite de critères numériques absurdes basée de plus en plus sur des critères numériques réducteurs (comme le nombre de publications) et qui conduit à supprimer les financements des secteurs non immédiatement rentables, mais une évaluation soucieuse de comprendre les besoins réels des chercheurs, de les aider à créer des synergies avec d’autres équipes, voire de les soutenir pour réorienter un projet de recherche qui n’aurait pas abouti. Il faut vraiment n’y rien connaître pour percevoir l’échec comme une faute, alors qu’il s’agit d’une étape logique du travail scientifique.

Dans certains pays, l’échec lié à la prise d’initiative et de risque est même considéré comme un élément positif, dans l’évaluation d’un cursus professionnel. On en est loin.

One Response to François Hollande : Innovation et R&D

  1. Finot says:

    En France les grands groupes pharmaceutiques bénéficient du crédit impôt recherche.
    Ces mêmes grands groupes ont leurs médicaments remboursés par la sécurité sociale et les mutuelles. Durant cette dernière décennie les grands groupes ont licencié et détruit de nombreux emploi de chercheurs en France. De plus ces mêmes grand groupes ont fait dans cette décennie des milliers de milliards de bénéfice. Ne peut on pas réserver ce crédit impôt recherche aux entreprise qui ne licencie pas? Ne peut on pas favoriser le remboursement « sociale » aux entreprises qui sont socialement responsables ? Le même raisonnement serait à faire pour ces groupes autour de l écologie . En effet que deviennent les rejets de ces mêmes médicaments ? Qui cherchent sur ce sujet ? Quel est la part de ces rejets sur l’ augmentation des maladies ( diabètes cancer ) . C’est bien dans l’ensemble le sentiment d ‘ un grand gâchis et l’argent qu on jette par les fenêtres, si aucune régulation sociale n’ est faite sur l’ octroie du crédit impôt recherche.

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