François Hollande : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l'éducation 2011: Les indicateurs de l'OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISAclassement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

J’ai placé la jeunesse au cœur de mon projet pour la France. L’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, sera donc une priorité avec l’objectif de lutter contre l’échec scolaire afin d’augmenter significativement le nombre de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et d’améliorer l’égalité d’accès à ces diplômes, de refaire de l’Université un lieu d’ascension sociale. Cette formation, la plus qualifiante possible, doit à la fois soutenir la diffusion des savoirs contre une simple acquisition de « compétences » et permettre de s’insérer dans la vie professionnelle. Préparer l’avenir de notre jeunesse, c’est aussi disposer d’une recherche forte, du fondamental à l’application, et, en sciences humaines et sociales, pour mieux faire face aux enjeux sociétaux et environnementaux auxquels nous sommes confrontés : réchauffement climatique, accès du plus grand nombre aux ressources naturelles, à l’alimentation, lutte contre les pandémies… Par ailleurs, pour conforter les emplois aujourd’hui et préparer ceux de demain, assurant ainsi un avenir professionnel aux jeunes générations, il est indispensable de mettre en place des systèmes de soutien au transfert de technologie simples, efficaces, sans effet d’aubaine, avec un effort particulier pour les PMI-PME et les Entreprises de Taille Intermédiaire les plus créatrices d’emplois durables, avec un double objectif : la réindustrialisation et la promotion de nouvelles filières, en particulier les écotechnologies (énergies renouvelables, efficacité énergétique, traitement des déchets) mais aussi la médecine personnalisée, la réponse aux enjeux du vieillissement, les métiers de la culture, les métiers liés aux technologies de la communication par exemple.

Des indicateurs alarmants

Disons-le clairement, les indicateurs sur la formation des jeunes en France sont plus qu’alarmants. Aujourd’hui, 150 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni formation qualifiante et le taux de chômage des moins de 25 ans est l’un des plus élevés d’Europe. Avec 24 % seulement de jeunes titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au niveau licence contre 41 % au Danemark, avec 1,3 % de son PIB consacré à l’enseignement supérieur, un montant inférieur à celui de l’OCDE (1,5 %) et des Etats-Unis (2,9 %), la France est à la traîne et doit réagir. Facteur aggravant : la mixité sociale est en nette diminution à l’Université et les jeunes issus de familles modestes sont de moins en moins nombreux à être diplômés de l’enseignement supérieur. Deuxième facteur aggravant : leur nombre diminue au pro rata du nombre d’années d’études : en 3ème cycle, ils ne sont plus que 5 % contre 13 % dans le premier, alors que les ouvriers, salariés modestes, employés, représentent 25,4 % de la population active. Pourtant, nous avons besoin du talent de tous les jeunes, quel que soit leur milieu social, car la recherche, la connaissance, l’innovation ne sont pas le privilège de quelques-uns.

Agir en continuité, de la petite enfance à l’enseignement supérieur

Nous devons réagir vite, sous peine de continuer à accumuler un retard qui deviendra impossible à combler. Pour cela, il faut agir dès la petite enfance et tout au long de la scolarité, en redonnant des moyens en personnel et en ressources et en refondant les modes d’apprentissage, les rythmes scolaires, au service de la réussite à l’école. Les décisions doivent être prises en fonction de l’intérêt de la communauté éducative (enseignants, parents, enfants) et pas seulement, comme c’est le cas depuis 5 ans, selon des critères de baisses de crédits systématiques. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de recréer, en 5 ans, les 60 000 postes d’enseignants perdus au cours de ces dernières années. C’est un signe fort qui devra s’accompagner de changements profonds et d’un contrat avec la communauté éducative pour la réussite à l’école, avec des moyens supplémentaires pour les quartiers en ZUS. Il faudra en parallèle revenir sur la réforme de la « masterisation » pour promouvoir une formation des enseignants basée sur une entrée progressive et encadrée dans le métier. Enseigner est un métier qui s’apprend : l’année de formation pédagogique, avec des stages pratiques encadrés dans les écoles, supprimée par la droite, sera rétablie et les postes d’enseignants et d’encadrants dans les quartiers les moins favorisés seront revalorisés et confiés à des tandems d’enseignants expérimentés et d’enseignants plus jeunes, au lieu d’y envoyer des débutants, souvent démunis, comme c’est le cas aujourd’hui.

La lutte contre l’échec des étudiants sera une priorité

La réforme de l’Université doit avoir pour principe l’exigence d’une véritable égalité pour tous. Pour l’université, la priorité sera de lutter contre l’échec qui frappe aujourd’hui le premier cycle où près d’un étudiant sur deux inscrit en première année ne décroche pas de diplôme, et lutter contre la précarité étudiante. Pour atteindre en 15 ans l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, des mesures immédiates et concrètes s’imposent :

  • favoriser un parcours personnalisé pour les étudiants : information et orientation choisie au collège et au lycée, avec le soutien et l’engagement des collectivités territoriales, avec une présentation des métiers et une incitation à poursuivre des études, y compris pour les filières technologiques et professionnelles, amélioration de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants à l’université, organisation des licences sur une base pluridisciplinaire les deux premières années pour élargir le champ des choix ultérieurs et des débouchés professionnels, diversité des méthodes pédagogiques  (davantage d’alternance, tutorat par des doctorants, alternatives aux amphis bondés, utilisation renforcée des TIC, minimum de 25 heures de cours par semaine pour les étudiants, possibilité de faire une licence en 4 ans…), intégration d’un projet professionnel dès les années de licence
  • faciliter les passerelles : accompagnement des titulaires de bacs pro et technologiques dans des filières courtes (DUT, BTS) intégrées à l’université, et incitation à la poursuite d’études ensuite, intégration des classes préparatoires à l’université pour favoriser « en douceur » le rapprochement grandes écoles-universités à l’image des standards internationaux, intégration plus importante d’étudiants issus de cursus universitaires dans les écoles et échanges accrus entre écoles et universités… Cela passe aussi par une répartition plus équitable des dotations de l’Etat pour les étudiants en licence et les étudiants des classes préparatoires : aujourd’hui, le ratio est de 1 à 5 en faveur des prépas, c’est tout à fait inacceptable… Toutes les filières doivent être considérées comme des filières d’excellence, avec une même ambition : la réussite des étudiants, leur insertion professionnelle et l’avenir économique et social de notre pays
  • encourager les efforts pédagogiques par une reconnaissance de l’investissement pédagogique des enseignants chercheurs et des bonifications des dotations de l’Etat au bénéfice des universités faisant preuve d’initiatives innovantes et efficaces à la fois pour assurer la diversité sociale et la réussite des étudiants
  • Augmenter le nombre d’allocations de recherche pour les jeunes chercheurs, y compris en recherche fondamentale et en sciences humaines et sociales, et les possibilités de séjour à l’étranger, valoriser le statut des docteurs en facilitant leur insertion professionnelle aujourd’hui insatisfaisante dans la recherche publique comme privée, reconnaître le doctorat dans les conventions collectives, recruter des docteurs dans les grands corps d’Etat, développer des doctorats professionnels en direction des entreprises, à l’image des contrats CIFRE, en bonifiant les programmes coopératifs entre recherche publique et privée en cas d’embauche de doctorants qui compléteront ainsi l’apport des ingénieurs de recherche
  • améliorer l’environnement et les conditions de vie des étudiants : allocation de formation globale avec un montant tenant compte du revenu des parents, augmentation en parallèle des bourses sur critères sociaux et universitaires, programme volontariste de rénovation et de construction de logements (de l’ordre de 8 000 par an)  tenant compte des nouvelles pratiques de vie des étudiants (co-location, cohabitation intergénérationnelle et solidaire) et généralisation du principe de cautionnement solidaire, développement du « pass mutuelle » pour une meilleure couverture santé des étudiants, réflexion sur les bibliothèques, les espaces internet et lieux de convivialité communs, lancement d’un « Plan Culture » pour dynamiser la vie culturelle et associative à l’université.
  • renforcer l’accueil des étudiants étrangers, qui ouvrent à la culture internationale et développent un maillage durable entre notre pays et le reste du monde utile à la coopération internationale et au développement des échanges économiques, culturels, politiques.

Rétablir la confiance avec l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et assurer la reconnaissance internationale de l’université et de la recherche françaises sera mon autre priorité.

Le discours de défiance de Nicolas Sarkozy en janvier 2009 envers « les chercheurs qui cherchent mais ne trouvent pas » ainsi que les réformes et appels d’offres qui se sont succédé à un rythme effréné ont déstabilisé en profondeur le milieu universitaire. Les mouvements de protestation de 2007 et de 2009 en témoignent. L’affirmation d’une augmentation de la dépense par étudiant est une astuce comptable puisque ce chiffre englobe les différentes filières de formation ;classes préparatoire, IUT, BTS , Premiers cycles universitaires. Les taux d’encadrement dans les universités Françaises sont inférieurs à ceux de l’OCDE et la part de Recherche et développement civil situe la France au 26e rang des pays de l’OCDE. Pour moi, le premier signe adressé aux universités sera d’affirmer sa confiance dans leur capacité à innover, à prendre des initiatives, à développer des formations et des recherches porteuses de progrès dans toutes les disciplines, sciences humaines et sociales, trop souvent parents pauvres, comme sciences dites « dures », en privilégiant, pour l’enseignement comme pour la recherche des croisements et échanges entre toutes ces disciplines. Des incitations au décloisonnement des formations seront apportées, en rétablissant le dialogue entre l’Etat, les Régions et les universités qui a tellement fait défaut au cours de ces dernières années.

Il s’agit bien de reconstruire l’enseignement supérieur et la recherche, en s’appuyant sur ses atouts et ses talents, afin d’y impulser une nouvelle dynamique.

Les financements de ces mesures : garantie de l’État pour un financement pérenne, par des crédits de base récurrents, afin que les financements privés nécessaires interviennent en complément, et non en remplacement des financements publics ; réorientation de la partie « effet d’aubaine » du CIR et limitation de sa croissance exponentielle (entre 700 000 et 1 Md euros), perception de la taxe d’apprentissage par les universités, recours à leurs fonds propres par les universités, soit 1,5 Md euros aujourd’hui bloqués par leurs tutelles.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Il faut privilégier une formation large, au niveau licence, qui permette ensuite une adaptation aux mutations technologiques. Les années 80, c’était la montée en force du bac, 30 ans plus tard, l’horizon c’est qu’une partie importante d’une classe d’âge atteigne le niveau L. Aujourd’hui seuls 24% d’une classe d’âge atteignent ce niveau en France  contre 45% au Danemark. J’ai fixé comme objectif d’atteindre 50% en 15 ans.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Un premier constant choquant, c’est que la dépense par étudiant est sensiblement inférieure pour un étudiant à l’université comparé à un élève des classes préparatoires (le ratio est de 1 à 1,5). D’ailleurs il faudrait probablement mieux parler ici d’investissement que de dépenses. De plus, chez les premiers, nombreux sont celles et ceux qui doivent travailler (20% travaillent à plein temps) pour subvenir à leurs besoins, ce qui diminue d’autant leur possibilité de réussite. Je propose une allocation d’autonomie qui tienne compte des revenus familiaux et mutualise les aides.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Déjà, ce que j’ai dit à l’instant, augmenter le niveau moyen vers celui de la licence. Développer à l’école l’esprit critique, apprendre à réfléchir, à s’informer. Donner des moyens pour qu’une formation scientifique soit donnée tout au long de la vie. Soutenir le tissu associatif de médiation scientifique, dès le plus jeune âge , avec des associations comme « la main à la pâte » créée par Georges Charpak ou « Mathématiques en herbe… »

Un exemple à ne pas suivre (mais on ne commande pas aux medias !) : la polémique sur le réchauffement climatique, qui voit les résultats scientifiques d’une communauté quasi unanime être mis sur un plan d’égalité par les medias avec des détracteurs largement moins pertinents scientifiquement … mais bon clients médiatiques.

Le monde académique le montre régulièrement, par exemple, mais pas seulement, lors de fêtes de la science, il est toujours très disponible pour rencontrer la population. Il conviendra de trouver les lieux et les formes pour rendre ces contacts plus permanents, en utilisant les autres cultures scientifiques et techniques de façon décentralisée.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p. 129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

François Hollande et son équipe n’ont pas répondu à cette question.

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