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François Hollande

François Hollande : Mini bio et équipe de campagne

François Hollande, député de Corrèze et président du conseil général de ce département, est le candidat du PS issu des « primaires citoyennes ». Diplômé en droit et en économie-gestion (HEC), il s’est affirmé auprès de François Mitterrand comme conseiller pour les questions économiques.

Au sein de son équipe de campagne, François Hollande a confié la direction du pôle thématique « Education, jeunesse, enseignement supérieur et recherche » à Vincent Peillon et « Environnement, développement durable, énergie » à Marie-Hélène Aubert. Vincent Peillon est agrégé et docteur en philosophie, ancien directeur de recherches au CNRS. Marie-Hélène Aubert est ancienne députée et députée européenne des Verts, actuellement déléguée générale du conseil d’administration de l’Association internationale pour une agriculture écologiquement intensive.

Dans l’équipe de Vincent Peillon, c’est la députée de l’Isère Geneviève Fioraso qui s’occupera d’innovation, le député de Meurthe-et-Moselle Jean-Yves Le Déaut qui aura en charge la recherche et Alain Claeys l’enseignement supérieur. Mme Fioraso est membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), et adjointe à l’économie, à l’université et à la recherche de la ville de Grenoble ; elle est également membre titulaire du Conseil d’administration de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Ancien professeur d’université en biologie moléculaire, M. Le Déaut est vice-Président de l’OPECST et membre titulaire du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire. Quant à Alain Claeys, maire de Poitiers et député de la Vienne, il a été maître assistant à la faculté de sciences économiques de Poitiers avant de se spécialiser au PS sur l’université et l’enseignement supérieur.

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François Hollande : « Modes de décision » en matière scientifique et familiarité avec la science

L’agenda scientifique et politique se construit à partir de sujets médiatiques, enjeux émergents, questionnements propres à la culture du parti et exercices de prospective stratégique.

>> En ce qui vous concerne, comment définissez-vous les sujets à traiter en priorité en matière de science et technologie ?

Le pouvoir politique ne peut être à même de définir par lui-même quels doivent être les grands choix scientifiques et technologiques pour notre pays. C’est d’ailleurs l’un des reproches majeurs que j’adresse au système actuel mis en place par la droite : depuis plusieurs années, le pilotage de la recherche se retrouve placé entre les mains d’une bureaucratie centralisée et opaque, aux techniques managériales, qui dicte ses priorités – et les financements qui en dépendent – à la communauté scientifique. Or c’est tout le contraire qu’il faut faire. Gouverner c’est choisir, bien sûr. Et je sais trancher quand il le faut. Mais cela ne doit pas se faire de manière arbitraire ou unilatérale. Tout choix scientifique et technologique doit résulter d’un dialogue constant entre le pouvoir politique et le monde de la recherche. Il faut bien distinguer le niveau politique qui, informé largement, doit fixer les grandes orientations pour lesquelles le soutien budgétaire sera fort, et le niveau de la mise en application, c’est-à-dire du choix de tel ou tel axe de recherche en particulier, qui doit être géré par la communauté scientifique. Si je suis élu président de la République, c’est ce principe qui guidera mon action. Je considère que le développement de la science et le progrès maîtrisé guideront ma réflexion et mon action.

Comment ? En restaurant la confiance avec la communauté scientifique. Non pas seulement par des mots, mais en pratique. La droite, on le sait, a usé et abusé du mot « autonomie » jusqu’à en dénaturer le sens, et elle n’a pas su – ou plutôt n’a pas voulu – instaurer un système qui respecte réellement l’autonomie de la recherche et de l’enseignement supérieur, en particulier ses temporalités spécifiques, qui ne sont évidemment pas les mêmes que celles du politique ou du monde économique. Pour en tenir compte, j’entends agir aux deux bouts de la chaîne.

En amont, je tiens à ce que l’on repense la diffusion de la culture scientifique et technique afin de sensibiliser notre jeunesse à la façon dont la science s’élabore, notamment dans le cadre de la formation de nos élites. Tout le monde, aujourd’hui, émet un avis sur les nanotechnologies ou l’énergie nucléaire. Mais combien de personnes possèdent un substrat de formation suffisant pour appréhender ces problèmes avec recul ? Combien de responsables politiques veillent à favoriser les conditions d’un débat sérieux sur ces sujets ? Il faut donc mieux former et mieux informer, tout en favorisant le recrutement d’un plus grand nombre de docteurs au sein de la fonction publique et des grandes entreprises, ainsi que dans l’administration dont ils sont absents, afin de familiariser les esprits avec les modes de fonctionnement de la recherche.

En aval, il faut mettre fin à cette méfiance clairement affichée par le pouvoir actuel et ne pas hésiter à faire confiance a priori aux scientifiques de nos universités et de nos organismes de recherche, pour faire le choix des terrains qui méritent d’être explorés. Dans la décision, il faut ensuite prendre soin de distinguer les projets lourds (grands instruments, satellites, projets de numérisation, coopérations internationales…), qui nécessitent une véritable programmation, et les projets à plus court et moyen termes, pour lesquels il convient de laisser une large place à l’initiative individuelle (ce qu’on appelle les « projets blancs »). Et s’il importe de promouvoir les recherches portant sur les grandes questions sociétales (environnement, énergie, santé…), il est tout aussi essentiel d’avoir à l’esprit la richesse, non prévisible, de la recherche fondamentale. Ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on a inventé l’ampoule électrique !

Confiance a priori donc, qui doit aller de pair avec une évaluation a posteriori. Pas au sens où le pouvoir actuel l’entend, c’est-à-dire d’un système de notation calqué sur celui des agences du monde bancaire, dont on perçoit aujourd’hui toutes les limites. Mettre des A+ et des B- pour évaluer l’apport de la théorie de la relativité d’Einstein ou de la triple temporalité braudélienne serait complètement absurde. Ce qu’il faut, c’est une évaluation constante, transparente et qui surtout soit débattue au sein d’instances représentatives démocratiquement élues, au sein du monde des universités et de la recherche, et, côté politique, au sein de l’Office parlementaire de l’évaluation scientifique et technique.

>> À partir de quoi construisez-vous vos positions et propositions sur les sujets à caractère scientifique ? Vous reposez-vous sur une culture ou formation personnelles, sur la presse spécialisée, sur les médias traditionnels, sur des conseillers spécialisés (précisez leur parcours), sur un dialogue direct avec des scientifiques, sur l’opinion publique, sur les rapports d’experts, sur les arguments d’associations ou entreprises ?

Une position et des propositions doivent se fonder sur une conviction. Et celle-ci ne peut se forger qu’à partir de l’ensemble des éléments que vous citez. Comment pourrais-je décider seul en ayant la prétention de maîtriser des sujets auxquels certains chercheurs ont parfois consacré leur vie ? Quand je parle « science », je ne prétends donc évidemment pas m’appuyer sur mes seules connaissances. A l’Assemblée Nationale j’ai de nombreux échanges avec mes collègues de l’OPECST qui réalisent un travail sérieux et approfondi sur les thèmes scientifiques et technologiques soumis à débat. Je cherche encore moins à m’en remettre à « l’opinion publique » ou aux « médias traditionnels ». Je ne crois d’ailleurs pas que les Français attendent d’un élu, et plus encore d’un président de la République, qu’il soit omni-compétent. Sur ces questions difficiles, il faut savoir s’entourer et à savoir écouter des positions contradictoires. Il est important d’organiser des enquêtes et des débats publics, recevoir et écouter les associations en prise avec les intérêts et les préoccupations de la population. En quelque sorte il convient de mieux associer le politique, l’expert et le citoyen.

>> Qu’attendez-vous comme type d’information pour commencer à former une politique : des conclusions définitives, une vue d’ensemble de la situation, des pour et contre… ?

Une décision publique ne peut émerger qu’après un débat ouvert qui soit aussi contradictoire et organisé démocratiquement afin que les différentes conceptions d’un même problème scientifique puissent s’exprimer. Sur tout sujet complexe, c’est la seule façon de posséder une vue d’ensemble qui permette de trancher sans être l’otage d’un lobby particulier, ou d’une expertise qui serait porteuse d’un conflit d’intérêts.

>> Comment décririez vous le rapport entre le monde de la science et celui de l’action publique ? Avez-vous suffisamment accès aux informations nécessaires voire au acteurs concernés ? Que proposeriez vous pour faire évoluer ce rapport ?

L’actuel président de la République a méprisé publiquement la communauté dans un discours resté célèbre et largement critiqué, jusqu’à l’Académie des sciences ! Son choix d’instaurer un système généralisé de concurrence entre les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, parfois sur un même territoire, au lieu de promouvoir des logiques de coopération et de synergie, est révélateur de l’idéologie qui sous-tend toute son action. Il faudra donc réaffirmer la confiance du monde politique envers la communauté scientifique, mettre en place de véritables lieux de concertation. Il y a beaucoup à reconstruire en dialogue permanent avec les universités et les organismes de recherche. Des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche seront organisées au niveau national et régional dans cet esprit de dialogue et de confiance retrouvée.

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François Hollande : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source :Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Je pense avoir déjà été très clair sur cette question. Il y a chez moi une triple préoccupation : optimiser l’efficacité énergétique, réduire les rejets de gaz à effet de serre et abaisser la part du nucléaire dans la production d’électricité en développant les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse). Actuellement, nous sommes doublement dépendants des énergies fossiles et du nucléaire. J’entends ramener la part du nucléaire de 75% à 50% à l’horizon 2025.

Il s’agit d’un effort équivalent à celui qu’a fourni l’Allemagne et qui nécessitera, pour être pleinement réussi, une mobilisation intellectuelle, industrielle et financière très importante. Puisque, de tradition, le président de la République peut impulser des « grands travaux », il parait clair que cette modification très sensible du mix énergétique sera situé à ce niveau de mes préoccupations. C’est une urgence écologique.

Elle implique plus de sobriété et d’efficacité énergétique. Certains se donnent des objectifs imprécis de sortie du nucléaire, sans dire quand ni comment, sans préciser par quoi remplacer les moyens actuels de production d’électricité et sans annoncer que le nucléaire supprimé sera remplacé par des énergies fossiles fortement émettrices de GES. Il y a actuellement plusieurs centrales à gaz en construction en France. Il me semble plus responsable de dire que je ferai évoluer le mix énergétique par les renouvelables. Je réaffirme par ailleurs avec force que le nucléaire doit être à 100% public.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Cette ambition est de diminuer dans 15 ans la part du nucléaire dans notre production énergétique. Cela suppose  bien évidemment en parallèle un soutien appuyé aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse de 2ème génération…), au niveau recherche et développement d’abord, mais aussi en termes d’incitation pour l’implantation de ces sources d’énergie, sans négliger de garder un œil sur les impacts environnementaux, notamment en matière de réchauffement climatique. Ce plan sur 15 ans représentera une chance formidable pour la filière du renouvelable, pour l’installer dans la durée et convaincre les plus indécis de ses  potentialités. C’est aussi l’opportunité de développer de nouvelles filières et les nouveaux emplois de la croissance verte. Nous devons organiser un véritable débat national, accompagné d’une information la plus objective possible. La transition énergétique est peut-être le plus grand défi du siècle qui vient. On ne peut y engager la France sans d’abord en débattre avec les Français.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Le mix énergétique doit être transformé à travers deux volets, comme je viens de le dire : un soutien aux énergies renouvelables, ce qui passe naturellement par un soutien à la recherche et au développement en matière de stockage de l’énergie et en matière d’économie d’énergie, en particulier au niveau de l’habitat. Deuxième volet, le nucléaire, ce qui implique de fermer les centrales en fin de vie après avis de l’autorité de sûreté nucléaire. Un plan d’action qui doit, en parallèle, s’accompagner d’une vraie réflexion sur les dangers de la privatisation de la sécurité dans les centrales, et sur les moyens d’une information plus transparente et indépendante quant à la situation et à l’entretien des centrales françaises. Enfin, à l’export, la vente de centrales devra être réservé aux démocraties dotées d’une autorité de sécurité fiable et indépendante.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Il ne faut pas cacher la vérité aux Français. Le prix de l’énergie ne peut aller qu’en augmentant, en particulier d’ailleurs le prix du nucléaire, surtout si l’on commence à s’engager sérieusement – et il le faut – sur la question du démantèlement des centrales, de la gestion des déchets, etc…, ce qui a un coût. Les énergies propres, de leur côté, peuvent également coûter très cher. Mais on peut les financer. C’est une question de volonté politique. On pourra utiliser une partie de la somme dégagée par la suppression des niches fiscales. Il faudra aussi instaurer une fiscalité écologique, avec une taxe carbone, y compris à nos frontières si les pays exportateurs ne respectent pas les engagements internationaux de réduction de gaz à effet de serre. Mais si des économies sont à faire, il ne faut que cela soit sur le dos des Français, notamment à travers les fluctuations du prix du pétrole. Je pense notamment aux ménages les plus modestes pour lesquels je propose d’instaurer des tarifs différenciés suivant la consommation : un tarif bas pour la consommation répondant à des besoins élémentaires et un tarif plus cher pour la consommation de confort. Quand il y aura des hausses trop importantes, il sera impératif de bloquer les prix ; quand il y aura une baisse des cours du baril, il ne faudra pas hésiter, si besoin, à contraindre les compagnies pétrolières à répercuter cette baisse sur les prix à la pompe. La transition écologique ne doit pas se faire au prix d’une asphyxie du pouvoir d’achat des ménages.

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François Hollande : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Nous n’avons cessé de le dire, et je ne cesserai de le répéter. Je donnerai la priorité au soutien à l’innovation. Il faut soutenir davantage la recherche fondamentale, et, dans le même temps, favoriser le lien entre l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ainsi que la valorisation et le transfert de technologies. Il faut en finir avec toutes ces contrevérités que l’on distille autour de la grande réforme du quinquennat que serait celle des universités et de la recherche. Les dernières années  ont été, en réalité, celles d’un tour de passe-passe permanent consistant à faire passer pour des priorités budgétaires des baisses et des stagnations. On ment à nos concitoyens dans cette affaire. Il n’y a pas eu, en valeur absolue, de créations de postes dans l’enseignement supérieur et la recherche ces dernières années. Le budget reste loin des 3% du PIB annoncés, le Crédit impôt recherche a été détourné de son usage d’origine et le Grand Emprunt a créé une concurrence éhontée entre nos établissements.

Notre vision de la science, de l’université et de la recherche est différente. Il convient de rééquilibrer les dotations, en redonnant aux universités et aux grands organismes des moyens qui leur font aujourd’hui défaut. Dans le cadre du R&D, il faudra ré-orienter le Crédit impôt recherche, qui a trop souvent servi d’effet d’aubaine pour les grands groupes, vers les PMIPME et les ETI  (il bénéficie seulement pour 23% aux PME et ETI, et 77% aux grandes entreprises) et en redéployer une partie pour les organismes et les Universités . Et il faudra, bien sûr, miser sur l’embauche des docteurs dans les entreprises, en commençant par faire reconnaître le doctorat à la fois dans les grilles de la fonction publique et dans les conventions collectives.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.inventioneurope.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il faut remettre à plat le Crédit impôt recherche afin de le rediriger en priorité vers les PME, soit en les ciblant directement, soit en encourageant des entreprises de plus grande taille ayant des PME comme sous-traitants, dans le cadre de leurs activités de R&D. Pour y pourvoir, il faut réfléchir à la création d’un statut d’entreprise d’innovation et de croissance. Si le CIR finance la preuve du concept, les phases de maturation de l’entreprise sont trop peu soutenues. Je pense donc que dans le cadre de l’actuel effort financier, il faut compléter le Crédit impôt recherche par un Crédit impôt innovation qui permettra aux start-ups et aux jeunes entreprises innovantes de devenir des Entreprises de taille Intermédiaire. On peut faciliter les liens entre entreprises innovantes et laboratoires, en poussant notamment au recrutement de celles et ceux qui ont été formés par la recherche, qui sont souvent docteurs, et qui ont envie d’aller vers les PME innovantes. Regardons enfin comment faciliter l’accès aux commandes publiques, à la manière du Small Business Act aux États-Unis.

L’un des problèmes de la France, non résolu, est la croissance de ses PMIPME: je propose, pour y remédier, de facliter la diffusion de l’innovation, de faciliter l’accès facilité aux crédits, de renforcer les fonds propres, notamment grâce à la mise en place d’une banque publique d’investissement, avec une délégation régionale, qui permettra de développer la croissance des PMEPMI à fort potentiel et d’en faire des ETI, créatrices d’emplois et performantes à l’export.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Il faut, en la matière, se méfier de tout dogmatisme. Une part de ce qui devient de l’innovation provient de découvertes issues de la recherche fondamentale, sans que cette innovation soit d’ailleurs toujours prévisible à l’origine, est a le plus souvent pour cadre le monde académique. Mais il n’est pas interdit à l’industrie de s’y mêler. Un bel exemple en est le laboratoire mixte entre Thalès et le CNRS, autour du prix Nobel Albert Fert. Et puis, il est évident que plus on se rapproche de la partie « développement », plus l’expertise industrielle a toute sa place. Mais attention. Il faut éviter ces situations, qu’on a vu récemment avec la recherche pharmaceutique, où l’on voit le gouvernement pousser les entreprises à sous-traiter une partie de leur recherche dans les laboratoires publics. Un message bien reçu par Sanofi-Aventis qui propose de financer des recherches mais qui, dans le même temps, procède à des licenciements massifs dans ses propres laboratoires. L’État ne doit pas encourager de telles attitudes. Les crédits publics doivent servir l’emploi et la création de richesses dans notre pays.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Parmi toutes les informations qui me remontent du monde des universités et de la recherche, j’entends les critiques multiples qui fusent contre cet empilement accru de structures diverses, de directives à appliquer, de formulaires à remplir, dont la prise en compte est particulièrement chronophage pour les chercheurs. Il faut simplifier les structures et les procédures pour dégager du temps à consacrer seulement à l’enseignement et à la recherche. Il faut aussi, comme je vous l’ai dit, redonner aux universités, aux laboratoires, aux organismes les moyens de définir leurs propres politiques scientifiques. Il faut revenir sur tous ces financements de projets à court terme, qui n’incitent pas à la prise de risque, qui n’assurent pas les conditions de découvertes, mais qui enferment la recherche dans le conformisme. Enfin, accompagner ces essais-erreurs dont vous parlez, c’est aussi mettre en œuvre une évaluation digne de ce nom : non pas une évaluation sanction, faite de critères numériques absurdes basée de plus en plus sur des critères numériques réducteurs (comme le nombre de publications) et qui conduit à supprimer les financements des secteurs non immédiatement rentables, mais une évaluation soucieuse de comprendre les besoins réels des chercheurs, de les aider à créer des synergies avec d’autres équipes, voire de les soutenir pour réorienter un projet de recherche qui n’aurait pas abouti. Il faut vraiment n’y rien connaître pour percevoir l’échec comme une faute, alors qu’il s’agit d’une étape logique du travail scientifique.

Dans certains pays, l’échec lié à la prise d’initiative et de risque est même considéré comme un élément positif, dans l’évaluation d’un cursus professionnel. On en est loin.

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François Hollande : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISAclassement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

J’ai placé la jeunesse au cœur de mon projet pour la France. L’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, sera donc une priorité avec l’objectif de lutter contre l’échec scolaire afin d’augmenter significativement le nombre de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et d’améliorer l’égalité d’accès à ces diplômes, de refaire de l’Université un lieu d’ascension sociale. Cette formation, la plus qualifiante possible, doit à la fois soutenir la diffusion des savoirs contre une simple acquisition de « compétences » et permettre de s’insérer dans la vie professionnelle. Préparer l’avenir de notre jeunesse, c’est aussi disposer d’une recherche forte, du fondamental à l’application, et, en sciences humaines et sociales, pour mieux faire face aux enjeux sociétaux et environnementaux auxquels nous sommes confrontés : réchauffement climatique, accès du plus grand nombre aux ressources naturelles, à l’alimentation, lutte contre les pandémies… Par ailleurs, pour conforter les emplois aujourd’hui et préparer ceux de demain, assurant ainsi un avenir professionnel aux jeunes générations, il est indispensable de mettre en place des systèmes de soutien au transfert de technologie simples, efficaces, sans effet d’aubaine, avec un effort particulier pour les PMIPME et les Entreprises de Taille Intermédiaire les plus créatrices d’emplois durables, avec un double objectif : la réindustrialisation et la promotion de nouvelles filières, en particulier les écotechnologies (énergies renouvelables, efficacité énergétique, traitement des déchets) mais aussi la médecine personnalisée, la réponse aux enjeux du vieillissement, les métiers de la culture, les métiers liés aux technologies de la communication par exemple.

Des indicateurs alarmants

Disons-le clairement, les indicateurs sur la formation des jeunes en France sont plus qu’alarmants. Aujourd’hui, 150 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni formation qualifiante et le taux de chômage des moins de 25 ans est l’un des plus élevés d’Europe. Avec 24 % seulement de jeunes titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au niveau licence contre 41 % au Danemark, avec 1,3 % de son PIB consacré à l’enseignement supérieur, un montant inférieur à celui de l’OCDE (1,5 %) et des Etats-Unis (2,9 %), la France est à la traîne et doit réagir. Facteur aggravant : la mixité sociale est en nette diminution à l’Université et les jeunes issus de familles modestes sont de moins en moins nombreux à être diplômés de l’enseignement supérieur. Deuxième facteur aggravant : leur nombre diminue au pro rata du nombre d’années d’études : en 3ème cycle, ils ne sont plus que 5 % contre 13 % dans le premier, alors que les ouvriers, salariés modestes, employés, représentent 25,4 % de la population active. Pourtant, nous avons besoin du talent de tous les jeunes, quel que soit leur milieu social, car la recherche, la connaissance, l’innovation ne sont pas le privilège de quelques-uns.

Agir en continuité, de la petite enfance à l’enseignement supérieur

Nous devons réagir vite, sous peine de continuer à accumuler un retard qui deviendra impossible à combler. Pour cela, il faut agir dès la petite enfance et tout au long de la scolarité, en redonnant des moyens en personnel et en ressources et en refondant les modes d’apprentissage, les rythmes scolaires, au service de la réussite à l’école. Les décisions doivent être prises en fonction de l’intérêt de la communauté éducative (enseignants, parents, enfants) et pas seulement, comme c’est le cas depuis 5 ans, selon des critères de baisses de crédits systématiques. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de recréer, en 5 ans, les 60 000 postes d’enseignants perdus au cours de ces dernières années. C’est un signe fort qui devra s’accompagner de changements profonds et d’un contrat avec la communauté éducative pour la réussite à l’école, avec des moyens supplémentaires pour les quartiers en ZUS. Il faudra en parallèle revenir sur la réforme de la « masterisation » pour promouvoir une formation des enseignants basée sur une entrée progressive et encadrée dans le métier. Enseigner est un métier qui s’apprend : l’année de formation pédagogique, avec des stages pratiques encadrés dans les écoles, supprimée par la droite, sera rétablie et les postes d’enseignants et d’encadrants dans les quartiers les moins favorisés seront revalorisés et confiés à des tandems d’enseignants expérimentés et d’enseignants plus jeunes, au lieu d’y envoyer des débutants, souvent démunis, comme c’est le cas aujourd’hui.

La lutte contre l’échec des étudiants sera une priorité

La réforme de l’Université doit avoir pour principe l’exigence d’une véritable égalité pour tous. Pour l’université, la priorité sera de lutter contre l’échec qui frappe aujourd’hui le premier cycle où près d’un étudiant sur deux inscrit en première année ne décroche pas de diplôme, et lutter contre la précarité étudiante. Pour atteindre en 15 ans l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, des mesures immédiates et concrètes s’imposent :

  • favoriser un parcours personnalisé pour les étudiants : information et orientation choisie au collège et au lycée, avec le soutien et l’engagement des collectivités territoriales, avec une présentation des métiers et une incitation à poursuivre des études, y compris pour les filières technologiques et professionnelles, amélioration de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants à l’université, organisation des licences sur une base pluridisciplinaire les deux premières années pour élargir le champ des choix ultérieurs et des débouchés professionnels, diversité des méthodes pédagogiques  (davantage d’alternance, tutorat par des doctorants, alternatives aux amphis bondés, utilisation renforcée des TIC, minimum de 25 heures de cours par semaine pour les étudiants, possibilité de faire une licence en 4 ans…), intégration d’un projet professionnel dès les années de licence
  • faciliter les passerelles : accompagnement des titulaires de bacs pro et technologiques dans des filières courtes (DUT, BTS) intégrées à l’université, et incitation à la poursuite d’études ensuite, intégration des classes préparatoires à l’université pour favoriser « en douceur » le rapprochement grandes écoles-universités à l’image des standards internationaux, intégration plus importante d’étudiants issus de cursus universitaires dans les écoles et échanges accrus entre écoles et universités… Cela passe aussi par une répartition plus équitable des dotations de l’Etat pour les étudiants en licence et les étudiants des classes préparatoires : aujourd’hui, le ratio est de 1 à 5 en faveur des prépas, c’est tout à fait inacceptable… Toutes les filières doivent être considérées comme des filières d’excellence, avec une même ambition : la réussite des étudiants, leur insertion professionnelle et l’avenir économique et social de notre pays
  • encourager les efforts pédagogiques par une reconnaissance de l’investissement pédagogique des enseignants chercheurs et des bonifications des dotations de l’Etat au bénéfice des universités faisant preuve d’initiatives innovantes et efficaces à la fois pour assurer la diversité sociale et la réussite des étudiants
  • Augmenter le nombre d’allocations de recherche pour les jeunes chercheurs, y compris en recherche fondamentale et en sciences humaines et sociales, et les possibilités de séjour à l’étranger, valoriser le statut des docteurs en facilitant leur insertion professionnelle aujourd’hui insatisfaisante dans la recherche publique comme privée, reconnaître le doctorat dans les conventions collectives, recruter des docteurs dans les grands corps d’Etat, développer des doctorats professionnels en direction des entreprises, à l’image des contrats CIFRE, en bonifiant les programmes coopératifs entre recherche publique et privée en cas d’embauche de doctorants qui compléteront ainsi l’apport des ingénieurs de recherche
  • améliorer l’environnement et les conditions de vie des étudiants : allocation de formation globale avec un montant tenant compte du revenu des parents, augmentation en parallèle des bourses sur critères sociaux et universitaires, programme volontariste de rénovation et de construction de logements (de l’ordre de 8 000 par an)  tenant compte des nouvelles pratiques de vie des étudiants (co-location, cohabitation intergénérationnelle et solidaire) et généralisation du principe de cautionnement solidaire, développement du « pass mutuelle » pour une meilleure couverture santé des étudiants, réflexion sur les bibliothèques, les espaces internet et lieux de convivialité communs, lancement d’un « Plan Culture » pour dynamiser la vie culturelle et associative à l’université.
  • renforcer l’accueil des étudiants étrangers, qui ouvrent à la culture internationale et développent un maillage durable entre notre pays et le reste du monde utile à la coopération internationale et au développement des échanges économiques, culturels, politiques.

Rétablir la confiance avec l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et assurer la reconnaissance internationale de l’université et de la recherche françaises sera mon autre priorité.

Le discours de défiance de Nicolas Sarkozy en janvier 2009 envers « les chercheurs qui cherchent mais ne trouvent pas » ainsi que les réformes et appels d’offres qui se sont succédé à un rythme effréné ont déstabilisé en profondeur le milieu universitaire. Les mouvements de protestation de 2007 et de 2009 en témoignent. L’affirmation d’une augmentation de la dépense par étudiant est une astuce comptable puisque ce chiffre englobe les différentes filières de formation ;classes préparatoire, IUT, BTS , Premiers cycles universitaires. Les taux d’encadrement dans les universités Françaises sont inférieurs à ceux de l’OCDE et la part de Recherche et développement civil situe la France au 26e rang des pays de l’OCDE. Pour moi, le premier signe adressé aux universités sera d’affirmer sa confiance dans leur capacité à innover, à prendre des initiatives, à développer des formations et des recherches porteuses de progrès dans toutes les disciplines, sciences humaines et sociales, trop souvent parents pauvres, comme sciences dites « dures », en privilégiant, pour l’enseignement comme pour la recherche des croisements et échanges entre toutes ces disciplines. Des incitations au décloisonnement des formations seront apportées, en rétablissant le dialogue entre l’Etat, les Régions et les universités qui a tellement fait défaut au cours de ces dernières années.

Il s’agit bien de reconstruire l’enseignement supérieur et la recherche, en s’appuyant sur ses atouts et ses talents, afin d’y impulser une nouvelle dynamique.

Les financements de ces mesures : garantie de l’État pour un financement pérenne, par des crédits de base récurrents, afin que les financements privés nécessaires interviennent en complément, et non en remplacement des financements publics ; réorientation de la partie « effet d’aubaine » du CIR et limitation de sa croissance exponentielle (entre 700 000 et 1 Md euros), perception de la taxe d’apprentissage par les universités, recours à leurs fonds propres par les universités, soit 1,5 Md euros aujourd’hui bloqués par leurs tutelles.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Il faut privilégier une formation large, au niveau licence, qui permette ensuite une adaptation aux mutations technologiques. Les années 80, c’était la montée en force du bac, 30 ans plus tard, l’horizon c’est qu’une partie importante d’une classe d’âge atteigne le niveau L. Aujourd’hui seuls 24% d’une classe d’âge atteignent ce niveau en France  contre 45% au Danemark. J’ai fixé comme objectif d’atteindre 50% en 15 ans.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Un premier constant choquant, c’est que la dépense par étudiant est sensiblement inférieure pour un étudiant à l’université comparé à un élève des classes préparatoires (le ratio est de 1 à 1,5). D’ailleurs il faudrait probablement mieux parler ici d’investissement que de dépenses. De plus, chez les premiers, nombreux sont celles et ceux qui doivent travailler (20% travaillent à plein temps) pour subvenir à leurs besoins, ce qui diminue d’autant leur possibilité de réussite. Je propose une allocation d’autonomie qui tienne compte des revenus familiaux et mutualise les aides.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Déjà, ce que j’ai dit à l’instant, augmenter le niveau moyen vers celui de la licence. Développer à l’école l’esprit critique, apprendre à réfléchir, à s’informer. Donner des moyens pour qu’une formation scientifique soit donnée tout au long de la vie. Soutenir le tissu associatif de médiation scientifique, dès le plus jeune âge , avec des associations comme « la main à la pâte » créée par Georges Charpak ou « Mathématiques en herbe… »

Un exemple à ne pas suivre (mais on ne commande pas aux medias !) : la polémique sur le réchauffement climatique, qui voit les résultats scientifiques d’une communauté quasi unanime être mis sur un plan d’égalité par les medias avec des détracteurs largement moins pertinents scientifiquement … mais bon clients médiatiques.

Le monde académique le montre régulièrement, par exemple, mais pas seulement, lors de fêtes de la science, il est toujours très disponible pour rencontrer la population. Il conviendra de trouver les lieux et les formes pour rendre ces contacts plus permanents, en utilisant les autres cultures scientifiques et techniques de façon décentralisée.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p. 129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

François Hollande et son équipe n’ont pas répondu à cette question.

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François Hollande : Régulation des technologies et organisation de l’expertise

OGM, téléphonie mobile, pesticides… et maintenant nanotechnologies, nombreuses sont les polémiques impliquant les sciences et les techniques, et sur lesquelles le principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution semble offrir bien peu de prise.

>> Allez-vous chercher à lever les incertitudes scientifiques qui pèsent sur ces technologies controversées, ou préférez-vous donner priorité à l’innovation ? Êtes-vous prêt(e) à contribuer à une réforme des systèmes d’expertise français et européen, souvent mis en cause ? A organiser un débat public à ce sujet ?

Je favoriserai l’expertise collective, transparente et contradictoire. La condition principale d’une expertise informée et de qualité, c’est l’indépendance garantie aux experts sur le plan financier et des lobbies. On présente souvent la liberté académique comme une condition importante de de la créativité scientifique (et c’est bien vrai) ; mais il est important de souligner que cette liberté académique est aussi importante pour la vie démocratique de notre société, en ce qu’elle permet, sur tous les sujets complexes, et ils sont nombreux, où cette société doit se forger une opinion, de compter sur une expertise dégagée des conflits d’intérêts. Sur des sujets très sensibles cette expertise devra être contradictoire.

Je suis favorable à une réforme des systèmes d’expertise, qu’il faut rendre véritablement étanches à toute forme de conflit d’intérêt. La méfiance du public envers les nouvelles technologies est en réalité centrée sur ces conflits et ces intérêts privés. Le fait que le public est aujourd’hui beaucoup plus informé et doté de sens critique est quelque chose qui doit être vu comme un atout et non une gêne. Il faut donc donner les moyens de leur action aux agences sanitaires, environnementales et aux autorités administratives indépendantes.

Les nanotechnologies sont porteuses de formidables promesses dans de nombreux domaines. Elles font l’objet d’un soutien massif dans le monde. La France n’est pas en reste avec 70 millions d’euros alloués à ce thème de recherche en 2009 dans le cadre du plan NanoInnov tout comme une part importante des 8 milliards d’euros attribués à la recherche dans le cadre des investissements d’avenir

>> Contribuerez-vous à soutenir le développement des nanotechnologies ? Etant donné la diversité des disciplines et des champs d’application concernés, ne trouvez-vous pas que ce soutien aux nanotechnologies, au travers de programmes de recherche dédiés à l’ANR par exemple, devrait être accompagnée d’une réelle vision politique pour la recherche ?

Il convient d’être précis. Il y a les nanosciences, domaine de recherche fondamentale largement pluri-disciplinaire, avec la physique, la chimie, les sciences de l’ingénieur et la biologie. Ces recherches irriguent les nanotechnologies, qui sont d’ailleurs déjà bien présentes dans de nombreux objets de notre environnements (quand bien même la qualification de « nano » et parfois usurpée). Ces technologies recèlent de grandes promesses (par exemple du côté de la santé) ; mais dans le même temps elles engendrent des craintes, comme sur les questions de traçabilité, ou d’effets sanitaires de certains composants. Il est important que soient largement menées les recherches qui s’imposent sur tout ce qui touche aux conséquences de la généralisation de ces technologies sur notre vie, et en particulier notre santé. Je regrette par ailleurs que l’important débat public sur ces questions, n’ait pas pu être mené correctement à son terme parce que certains ont préféré combattre que débattre.

>> Comment envisagez-vous la gestion des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies (effet sanitaire de certains nanotubes analogue à celui de l’amianteimpact environnemental d’un largage massif de nanoparticules d’argent antibactériennes) dont certains sont déjà étayés par plusieurs études ? Quelle est votre position face aux demandes de moratoire émanant de certaines associations ?

Il faut que les études sérieuses sur ces impacts sanitaires soient menées, par des expertises incontestées. C’est vraiment le préalable important à toute prise de décision. Un débat public doit être mené à chaque fois que nécessaire, les associations y ont toute leur place. Et si le risque est avéré, le pouvoir politique, bien informé, peut alors prendre les mesures qui s’imposent. L’alerte citoyenne (associations, ONG…) doit déclencher des études approfondies opérées par des expertises contradictoires et non suspectes d’instrumentalisation par des groupes de pression. Si les risques sont avérés à l’aune de cette expertise, un moratoire peut alors être pris.

Le débat public sur les nanotechnologies qui s’est déroulé en 2009-2010 a fait l’objet de nombreuses critiques. L’une d’elle tient au fait que la Commission Nationale du Débat Public, étant donné la complexité du sujet, a dû avant tout assurer une mission d’information, donnant une large place à la vulgarisation, réduisant d’autant le temps de débat proprement dit.

>> Ne peut-on mieux articuler information et débat, en mobilisant l’audiovisuel public, par exemple ? Quel regard portez-vous sur internet dans ces débats : s’agit-il plutôt d’un outil d’information ou de désinformation ?

La puissance publique doit avoir à cœur, sur des questions sociétales importantes, d’assurer les conditions d’un débat démocratique, afin de respecter l’expression de la pluralité des voix, et de favoriser la lisibilité et la transparence en mettant à la disposition des citoyens une information claire et non suspecte d’inféodation à des intérêts particuliers. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut se forger sereinement une conviction.

Les chaînes de télévision et de radio devraient plus aborder les questions des relations entre la science et la société. Je ferai des propositions à ce sujet. L’exemple britannique, avec les publications et sessions de formations organisées pour la Royal Society et les émissions très documentées de chaînes comme la BBC sont un exemple à suivre.

Il convient d’établir une vraie relation de confiance et un dialogue constant entre le pouvoir politique et le monde scientifique, afin de bien respecter les temporalités de la recherche et de lancer, chaque fois qu’il est nécessaire, un débat public.

Sur des sujets sensibles comme les nanotechnologies, la biologie de synthèse, les OGM, les bonnes pratiques d’autres pays méritent d’être analysées avant d’être reproduites: conférence de citoyens avec formation préalable par des experts de la Royal Society au Royaume-Uni, conférence de consensus dans les Pays Scandinaves…

Je pense que la conférence de citoyens organisée la première fois en 1998 sur les OGM a participé à ce débat public pour renforcer le pouvoir du Parlement sur la question des relations entre la science et la société. Il faut renforcer les pouvoirs de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques afin que le Parlement soit le lieu du dialogue entre les scientifiques, les citoyens et le législateur.

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