Arnaud Montebourg : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Oui il le faut. Nous sommes à la fois trop dépendants des hydrocarbures et du nucléaire. Mon projet est global : je défends une politique de relocalisation des activités, qui permettra d’économiser de l’énergie en réduisant le transport des marchandises. C’est aussi au niveau de l’habitat que se joue la partie, en favorisant la sobriété énergétique. C’est le premier pilier de la mutation écologique : limiter les dépenses d’énergie. En ce qui concerne la production, je souhaite augmenter la part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique, ce qui passe par un soutien à la recherche mais aussi à nos entreprises. Regardons les choses en face : en dépensant beaucoup moins pour la recherche que les autres grands pays, et en dilapidant l’argent public dans un Crédit Impôt Recherche aveugle plutôt qu’en orientant nos aides en faveur des programmes stratégiques, la France prend du retard. Pire, le gouvernement a sacrifié son industrie photo-voltaïque. Mais pour développer réellement une telle industrie, il faut une politique globale qui la protège : c’est pour cela que mon projet de démondialisation est une condition nécessaire pour pouvoir développer les technologies vertes en Europe.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Cette question est vague, et la réponse ne peut être précise. Je souhaite que nous puissions réduire la part du nucléaire le plus vite possible. Mais cela ne doit pas se faire au détriment d’autres considérations tout aussi importantes : nos engagements de réduction des gaz à effets de serre, par exemple. Je ne crois pas que la surenchère à laquelle s’adonne certains candidats soit sérieuse : on ne sait pas quelles seront les technologies dont nous disposerons dans 20 ans en matière de production, de transport et de stockage d’énergie. Il me semble plus responsable d’expliquer ce que la France doit faire pour faire évoluer son mix énergétique que de fixer un objectif arbitraire sans se donner les moyens de le réaliser.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

D’abord, je souhaite que tout ce qui concerne le nucléaire soit à 100% public. La catastrophe de Fukushima est en partie due au fait que TEPCO est un opérateur privé, l’œil rivé sur son cours de bourse, qui a refusé d’entendre les avertissements qui étaient envoyés par des scientifiques. La privatisation à laquelle le secteur énergétique est livré est catastrophique pour notre sécurité.

La recherche sur les énergies a besoin d’un soutien plus important, mais aussi plus ouvert. La concentration des moyens sur quelques thématiques considérées comme prioritaires est un leurre. Cela a conduit à mettre l’essentiel des moyens sur certaines perspectives technologiques, pendant que d’autres pistes sont à l’abandon. Ne répétons pas les erreurs du passé : c’est une recherche ouverte sur toutes les pistes qu’ouvre la créativité scientifique qui doit être encouragée. Par ailleurs, la recherche fondamentale a besoin d’un soutien beaucoup plus fort, car elle peut donner naissance à des ruptures technologiques dont nous avons besoin pour répondre à nos problèmes énergétiques. La question du stockage de l’énergie, très complexe, ne sera probablement pas résolue sans avancées majeures de la recherche fondamentale.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

La question n’est pas seulement celle du prix de l’énergie, c’est aussi celle du niveau de consommation. Il faut sans doute se préparer à une augmentation du prix de l’énergie. C’est pour cela qu’une politique ultra-libérale serait désastreuse. Il faut accompagner les ménages pour qu’ils puissent dépenser moins d’énergie : la précarité énergétique des ménages est très grave. Ensuite, je propose d’instaurer des tarifs différenciés suivant la consommation. Un tarif bon marché pour la consommation d’eau et d’énergie couvrant les besoins élémentaires de chacun. Au-delà d’un certain seuil, une fois les besoins élémentaires couverts, libre à chacun de consommer plus pour son confort, mais dans ce cas il faudra payer plus cher le surplus de consommation. Au-delà d’un deuxième seuil, un dernier tarif serait mis en place, pour les consommations luxueuses.

Mais pour tout cela, il faut reprendre le contrôle de notre économie, qui est aujourd’hui aux mains des spéculateurs, jusqu’au marché du carbone.

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