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Politique énergétique

Nicolas Sarkozy : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Le choix du nucléaire comme choix stratégique pour notre pays a été décidé après la seconde guerre mondiale par le Général de GAULLE et amplifié après le choc pétrolier en 1974. En effet, dans un contexte d’augmentation sensible des prix de l’énergie, la France a souhaité devenir indépendante en matière électrique et ne pas dépendre de produits fossiles (charbon, pétrole, et gaz) dont les ressources étaient en diminution.

Le nucléaire est devenu un pilier de notre politique énergétique puisqu’il garantit à la France un taux d’indépendance énergétique de 50 % et qu’il assure 78 % de notre consommation d’électricité. Il nous permet d’avoir une électricité 35% moins chère que la moyenne des autres pays européens, ce qui bénéficie au pouvoir d’achat des Français et à la compétitivité de nos entreprises.

La France peut être fière du résultat produit par son programme nucléaire : plus des trois-quarts de l’électricité consommée en France est d’origine nucléaire et l’électricité elle-même représente 42% de l’ensemble de l’énergie consommée. Combiné au développement des énergies renouvelables, notre parc nucléaire nous offre une indépendance énergétique hors normes : alors que le taux de dépendance aux énergies fossiles est de 90% dans le monde et 80% en Europe, il s’élève à seulement 50% en France.

Je souhaite rappeler que le nucléaire représente pour la France 410 000 emplois, dont 125 000 emplois directs, que nous devons prendre en compte dans le développement de notre politique énergétique. S’écarter du nucléaire, c’est aussi menacer ces emplois.

Par ailleurs, s’écarter du nucléaire, ce serait mettre en péril les résultats exceptionnels de la France en matière de réduction des émissions de CO². Notre pays se classe en troisième position des Etats de l’OCDE les moins émetteurs de CO², avec 8 tonnes par habitant et par an (contre une moyenne de plus de 12t en Europe).

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Notre engagement dans le nucléaire n’empêche pas la France de mener une politique ambitieuse en matière de développement des énergies renouvelables. Les énergies renouvelables connaissent un très fort développement, qui doit se poursuivre car elles représentent véritablement une solution de croissance énergétique durable s’inscrivant dans nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Elles représentaient ainsi, en 2010, 13% de la consommation d’énergie, contre 10% en 2007. Et le Grenelle a fixé un objectif de 23% à l’horizon 2020. Le parc éolien a déjà triplé et le premier appel d’offres éolien offshore a été lancé le 11 juillet 2011 pour 3000 MW de capacité. La filière photovoltaïque a, elle aussi, connu un développement sans précédent : le parc installé aujourd’hui représente 18 fois celui existant en 2007 et dans 10 ans, les panneaux installés représenteront au moins deux fois l’objectif initial du Grenelle.

Grâce à notre mix énergétique et à notre électricité issue de l’énergie nucléaire, la France fait donc partie des pays les moins pollueurs. En outre, pour un euro dans la recherche sur le nucléaire, un euro est désormais investi dans la recherche sur les nouvelles technologies de l’énergie (renouvelables, smart grids, bâtiments intelligents, véhicule électrique). Les investissements d’avenir consacrés aux énergies renouvelables, 1 milliard d’euros pour des instituts d’excellence dans les énergies décarbonées et 1,35 milliard d’euros pour des démonstrateurs énergies renouvelables et captage et stockage de CO2, abondent également dans ce sens.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Je souhaite poursuivre notre politique énergétique qui lie compétitivité et respect de l’environnement. C’est grâce à notre indépendance énergétique que nous pouvons aujourd’hui attirer les grandes entreprises sur notre territoire mais également préparer les transports de demain comme la voiture électrique.

Les grands acteurs ont bien évidemment un rôle important dans cette politique énergétique et dans la recherche de nouvelles sources de production.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Nous devons garder une large part d’énergie nucléaire tout en continuant de développer les énergies renouvelables. Sortir du nucléaire au moment où la France en a le plus besoin est dangereux pour notre indépendance énergétique et pour le pouvoir d’achat des Français.

Bien évidemment, la sûreté de nos installations est un impératif non négociable. Les industriels français offrent aujourd’hui le plus haut niveau de sûreté au monde, lui permettant de bénéficier d’une expertise reconnue. Cette politique de sûreté est fondée sur le triptyque : responsabilité des exploitants, indépendance et transparence de l’organisme de contrôle, excellence de l’expertise technique.

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Marine Le Pen : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Il ne faut jamais s’enfermer dans des grilles toutes établies. Il est évident que les ressources qui permettent aujourd’hui de produire de l’électricité sont encore et toujours majoritairement des ressources fondées sur les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon). Les chiffres en termes de consommation mondiale sont les suivants : 37 % pour le charbon, 28% pour le pétrole et 21 % pour le gaz. La plupart des pays, notamment les pays émergents comme la Chine, l’Inde, produisent leur électricité essentiellement sur la base de centrales thermiques utilisant le charbon. Le gaz va monter en puissance, tandis que le pétrole va décliner. Tous les experts pensent que le peak oil a été atteint ou est sur le point de l’être. Même s’il y a un renchérissement du prix du pétrole qui fait qu’effectivement un certain nombre de projets de forage et d’exploitation seront rentabilisé à moyen et long terme et pourront encore augmenter un petit peu le volume des réserves exploitables, il est certain que l’on n’aura pas de pétrole ad vitam aeternam. C’est un élément que tout homme politique doit naturellement prendre en compte. Et c’est un élément dont je suis personnellement parfaitement consciente. S’il y a un facteur dont je tiens très largement compte dans mes analyses géopolitiques, c’est celui de la raréfaction d’un certain nombre de ressources. Mais faire ce constat ne signifie pas que nous devions nous enfermer dans la déploration ou le fatalisme. Nous ne sommes pas prisonniers de ce schéma de production électrique qui fait reposer l’essentiel de notre couverture énergétique sur l’exploitation des hydrocarbures. Nous disposons pour garantir nos besoins énergétiques d’un certain nombre de ressources, de systèmes d’énergies renouvelables, comme l’hydraulique notamment. En France nous avons la chance de disposer d’un parc hydraulique qui fonctionne bien, qui est relativement important mais qui pourrait être encore accru. Nous disposons par ailleurs d’un savoir faire et de la maîtrise technique pour  multiplier et étendre le nombre de nos usines marémotrices ou géothermiques. Nous savons également exploiter la biomasse et l’énergie solaire. Toutes ces filières énergétiques représentent à l’évidence des solutions d’avenir.

Nous avons certes connu, dans le sillage de la politique d’indépendance énergétique et militaire voulue par le général de Gaulle, sous Pompidou et Giscard une politique énergétique centrée sur un très fort soutien au développement de l’électronucléaire civil. Ce qui nous met aujourd’hui dans une situation effectivement très particulière en regard de ce qui se passe dans les autres États européens. La France en effet, avec plus de 75 % de sa production électrique provenant de son parc électronucléaire civil fait figure d’exception dans le paysage européen. Sous cet angle, il est clair que les gouvernants français se trouvent face à un certain nombre d’exigences contradictoires. D’un côté l’électronucléaire offre l’avantage de mettre à disposition une énergie peu coûteuse et souple d’utilisation qui, contrairement à la plupart des autres filières de production ne dépend ni des saisons (solaire), ni des caprices de la météorologie (éolien), ni des variations climatiques (biomasse). Une énergie qui, en outre, présente l’avantage – encore faudrait-il nuancer le propos et examiner les choses de plus près en considérant les situations au cas par cas – de présenter une relative sécurité du point de vue de l’approvisionnement primaire en combustible. L’uranium qu’on exploite dans différentes mines d’Afrique est aujourd’hui relativement accessible. Et même si les Chinois vont de plus en plus chercher à prendre des parts de marché dans ce secteur, on peut dire que c’est une filière d’approvisionnement relativement sécurisée pour la France. Il en va tout autrement pour le pétrole et le gaz qui nous rendent extrêmement dépendants du Moyen-Orient (pour le pétrole), de la Russie (pour le gaz), ou même de l’Afrique (pour le pétrole et le gaz). Inutile de faire un tableau. Chacun sait combien les filières montées autour de ces réseaux d’approvisionnement ont été pour la France la source de corruptions importantes et la cause du développement de réseaux de financement opaques incompatibles avec le fonctionnement normal d’une vraie démocratie. Qu’il suffise ici d’évoquer Elf et les affaires sordides nées à la suite de la mise en place de la politique d’octroi des concessions et d’appropriation des champs pétroliers par Elf en Afrique dans les années 70-80. Je suis comme vous le savez très attachée à cette question qui renvoie fondamentalement au problème de la morale en politique. Je mettrai en œuvre les décisions nécessaires pour casser ce système de corruption réciproque et de relation endogamique qui existe aujourd’hui au niveau des relations internationales entre le politique, l’industriel et le diplomatique. Il est extrêmement important que, sans tomber dans l’idéalisme, nous puissions assainir nos relations avec les pays du Sud – africains au premier chef mais aussi sud américains ou sud-asiatiques – producteurs de matière première et disposer un système de production d’électricité qui ne soit ni opaque, ni surtaxé, ni source de versement de commissions et de rétro-commissions etc. C’est un élément auquel je prête également une grande d’attention. Evidement, tout le monde est conscient – et Marine Le Pen la première – de la nécessité où nous nous trouvons de ne pas nous contenter de prolonger les courbes et de la nécessité impérieuse où nous nous trouvons de penser la question du nucléaire aujourd’hui en des termes différents de ceux dans lesquels on la pensait il y a 20 ou 30 ans. Tout le monde est conscient que la catastrophe de Fukushima, survenue dans un des pays les plus développés au monde et les plus sécurisés au monde – même si le contexte géologique demeure différent et même si la probabilité que survienne en France un phénomène sismique de grande ampleur suivi d’un tsunami analogue à celui qui submergea et ravagea  les côtes du Nord-Est du Japon apparaît très faible – change en partie la donne. Il n’est pas contestable que la catastrophe de Fukushima a contribué à faire naître une réflexion nouvelle sur la question de la sécurité nucléaire et contraint les pays développés – Allemagne et France en premier lieu – à réfléchir en termes nouveaux à la question de la sécurisation de leur parc électronucléaire.

Je suis pour ma part résolue plus que jamais, dans le cadre d’une grande politique de rétablissement de la souveraineté nationale, à accroître et renforcer la sécurisation de nos moyens de production et d‘approvisionnement et plus généralement de renforcer et d’améliorer notre politique énergétique (de l’approvisionnement au retraitement en passant par l’exploitation proprement dite). Plus qu’aucun autre candidat je suis, vous le savez, attachée à la restauration de la verticale de pouvoir. Je ferai en sorte que les procédures de contrôle soient effectivement appliquées, que les personnes recrutées pour travailler à l’entretien et à l’amélioration du parc nucléaire français soient hautement qualifiées, que le personnel en charge de la surveillance des installations soit doté de la meilleure formation et muni d’une conscience professionnelle sans faille. Le nucléaire – comme dans un autre registre la chirurgie – est un domaine dans lequel on n’a pas le droit à l’erreur. C’est un domaine qui ne souffre ni le doute ni l’approximation. Il y a un énorme travail à faire en ce domaine. Un travail qui à l’évidence ne sera pas sans incidence sur le coût final de l’électricité facturée au consommateur. Il ne faut pas être naïf dans cette affaire. Il n’y aura pas de solutions optimales et toutes les solutions qui nous seront proposées, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, des schistes bitumeux, de la biomasse ou de gaz – toutes énergies qui peuvent, chacune à leur niveau, présenter des avantages relatifs non négligeables par rapport à ceux présentés par les autres filières d’exploitation – se feront toujours à l’avantage d’un de nos pays concurrents ou rivaux. Il faut savoir avec qui nous voulons nouer des alliances, à qui nous sommes prêt à concéder des avantages et sur quelles ressources nous souhaitons faire reposer notre développement futur.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Je me suis prononcée depuis longtemps pour un renforcement de la recherche sur les énergies nouvelles, du type solaire, géothermie ou hydrogène. Parallèlement je plaide depuis longtemps pour une réduction d’un certain nombre de nos dépenses. Dans nombre de domaines nos sociétés se révèlent souvent incroyablement énergivores. Il faut revenir à une politique de chasse au gaspis. C’est un point fondamental. Il existe un gaspillage considérable dans un certain nombre de secteurs que l’on pourrait améliorer. C’est le cas de l’habitat ; c’est aussi le cas des transports. Il existe aujourd’hui tout un ensemble de systèmes de transports dont le fonctionnement demande à être entièrement repensé. Le réseau actuel de transports, notamment dans les grandes conurbations (Paris, île de France, Lyon, Toulouse, Marseille) est en effet devenu cauchemardesque et rend chaque jour la vie un peu plus difficile aux Français.

Nous sommes tout de même à l’ère d’internet, soit d’une technologie qui permet le développement quasi à volonté du télétravail. En s’engageant dans cette voie, nous réduirions considérablement le nombre et la durée des transports des Français. Il serait tout à fait possible en s’organisant intelligemment de faire tourner nos entreprises ou nos administrations en ne demandant aux Français de se rendre dans leurs bureaux que 2 à 3 jours par semaine et en les laissant le reste de la semaine travailler tranquillement chez eux. En procédant ainsi, nous permettrions à nos sociétés de faire des économies considérables en termes de consommation d’énergie. C’est un point très important. Il nous faut sur ce plan nous inspirer de la pratique des Allemands. Ces derniers sont en effet très attentifs à la fois à la qualité de leur construction immobilière, mais aussi à la qualité de leurs éclairages publics, de leurs systèmes de transports (réseaux routiers, réseaux ferroviaires, aéroports …). Ils travaillent tout à la fois à la préservation de leurs ressources, à la lutte contre le gaspillage et à l’harmonie de leur développement territorial. C’est un élément très important auquel dont il importe de tenir grandement  compte dans un contexte de désertification des campagnes, de disparition des services publics des zones rurales, de repli forcé des populations vers les centres urbains de moyenne ou de grande taille. Combien de Français sont-ils aujourd’hui contraints de faire des déplacements considérables pour conduire leurs enfants à l’hôpital, accompagner leur femme à la maternité, s’inscrire sur des registres d’état civil, mettre leur enfant à l’école, etc. ? Il faut vraiment repenser cette politique, qui me semble fondée sur une fausse rationalisation des coûts économiques, et qui repose bien davantage sur des analyses de court terme que sur une saine vision prospective : on nous a  fait croire que l’avenir c’était de construire des mégapoles gigantesques où l’on entasserait les gens les uns sur les autres. Ce n’est pas ma conception. Ma conception du développement, c’est celle qui permet de bâtir une France harmonieuse, de poursuivre un développement équilibré, de respecter la diversité et la spécificité des territoires qui la composent.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Je veux mettre sur pied un Haut conseil de la prospective ; une sorte de Commissariat au plan qui aura pour vocation de repérer les axes stratégiques dans lesquelles la France pourra assoir son développement dans les 10, 20, 30 ans à venir. , qui aura pour mission de donner un certain nombre d’instructions pour justement rendre concret ces axes et politiques de développement mais aussi qui sera un facilitateur d’échange et d’exécution entre différents acteurs d’un certain nombre de filières, là en l’occurrence les filières de l’énergie, ce qui permettra de mettre autour d’une table différents acteurs de cette filière : le CEA, EDF, Alstom, Areva, etc. Je serai extrêmement attentive, via la mobilisation de personnes irréprochables et en même temps hautement compétentes, au fait de casser un certain nombre de réseaux qui trop longtemps en France ont empêché le développement harmonieux de notre politique industrielle et permis le développement d’intérêts privés au détriment de l’intérêt public.

Ma politique sera fondée sur deux principes. Le premier est un principe de pilotage par l’Etat. Dans ce domaine, je m’inscris dans la grande tradition colbertienne française avec définition et assignation par l’Etat d’un certain nombre de lignes de force stratégiques nécessaires au développement de la France. Mais en même temps à l’échelle intermédiaire et surtout au niveau individuel et concret du fonctionnement de la vie de la recherche, je m’attacherai à octroyer une très grande souplesse et une grande libéralité aux chercheurs, aux équipes de recherche et aux laboratoires dans le fonctionnement quotidien de leur travail (collecte de fond, organisation de colloques, établissement des projets de recherche, recherche individuelle…).

Nous sommes aujourd’hui dans un système ultra bureaucratisé, où la charge administrative est devenue insupportable aussi bien à l’échelle individuelle des chercheurs qu’à l’échelle collective des laboratoires (que ceux-ci dépendent du CNRS ou de l’INSERM ou de tout autre organisme d’État). Idem pour la R&D. Les entreprises sont aujourd’hui écrasées de demandes contradictoires, en termes de responsabilité sociale, de responsabilité éthique, de préservation de l’environnement.

Conséquence, elles ne peuvent consacrer à la R&D qu’un faible reliquat de tout ce qu’elles n’ont pas dépensé pour se couvrir dans les autres secteurs. Nous sommes ici en présence d’une forme de matrice inversée qui fait que ce qui devrait être la priorité – l’innovation, la vraie R&D — et non pas les systèmes une peu factices de maquillage sous forme de recherche pour obtenir les crédits impôt recherche de chose qui en fait n’ont rien à voir avec la recherche — est tout à fait sacrifiée en France, en tout cas extrêmement sous-financée au profit de secteurs secondaires voire sans intérêt. Tout ceci parce que les entrepreneurs soit n’ont pas une vision stratégique suffisante, soit ont le nez collé sur le guidon et ne voient qu’à une échéance de 3 mois ou 2, soit sont dans une perspective de rentabilité immédiate, commerciale et voient dans la R&D une sorte de danseuse inutile. Il y a quelques fleurons aujourd’hui, qu’il faut non seulement préserver mais dont il faut étendre en quelque sorte le mode de fonctionnement pour que des sous-traitants, les PME-TPE puissent à leur tour participer à la compétition, faire valoir leurs idées innovantes ou leurs découvertes lorsqu’elles permettent une réelle percée scientifiques ou industrielles et qu’on sorte de ce système plus ou moins d’oligopole déguisé dans lequel on a une très grande iniquité entre les très grandes entreprises et les multinationales d’un côté et les PME-TPE de l’autre.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Il n’y a pas d’énergie propre. Toute énergie produit nécessairement des déchets ou des externalités négatives. Tout est une question de choix. Quel prix symbolique sommes nous prêts à payer, quels effets négatifs sommes nous prêts à accepter pour avoir de l’énergie ? Il en va de même pour le prix économique. Tout dépend de nos choix de société et du modèle de développement que nous avons décidé de suivre.

Il n’en reste pas moins qu’en matière d’énergie nous ne sommes pas en présence d’un bien comme un autre. Nous sommes en présence d’une ressource stratégique, indispensable au développement de la nation. Il est du rôle du politique de faire en sorte que cette ressource demeure accessible et disponible. C’est la raison pour laquelle nous devons augmenter nos réserves stratégiques pour pouvoir parer à un éventuel coup dur (catastrophe naturelle, événement géopolitique type blocage du détroit d’Ormuz). Mais nous devons par ailleurs mettre en place les conditions de production d’une énergie bon marché. C’est le rôle d’une saine politique, d’une politique prospective, d’une politique sérieuse, d’une politique authentiquement soucieuse de mettre en avant l’indépendance énergétique avant tout, que de mettre en avant ces questions.

C’est ce que je ferai si je suis élue à la présidence de la République. Vous le savez, la politique de souveraineté est au cœur de mon programme et indissociable de mon projet de redressement de la France. C’est un des axes fondateurs de mon programme présidentiel.

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Nathalie Arthaud : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

La première des réponses à cette question est si évidente qu’aucun des « grands » candidats (qui vouent tous un respect sacro-saint à l’organisation sociale actuelle) ne la formulera jamais : pour qu’elle soit bon marché, il faut que l’énergie devienne un service public, vendu à prix coûtant. Il n’y a aucune justification à ce que chaque litre de pétrole, chaque mètre cube de gaz ou chaque watt d’électricité soit l’occasion de rétribuer des actionnaires qui n’ont aucune autre utilité sociale que de gaspiller les sommes ainsi captées dans des caprices de millionnaires. De la même manière, il n’existe aucune justification à ce que l’énergie soit frappée d’impôts indirects – les plus iniques qui soient – et qu’un salarié, pour aller travailler et suer des profits pour son employeur, doive également abandonner une partie de ses gains à l’Etat sous forme de taxes.

Pour le reste, je n’ai aucune opinion particulière sur telle ou telle technologie, sur ses avantages et sur ses risques. Je ne me prononce par exemple ni en faveur de la sortie du nucléaire, ni en faveur du maintien de cette filière. Cette question devrait être tranchée par un débat rationnel, pesant en toute clarté les avantages et inconvénients techniques et humains du nucléaire et des solutions alternatives. Mais c’est précisément d’un tel débat dont la société actuelle est incapable. Car derrière chaque technologie, il y a des intérêts privés qui dissimulent des faits ou les travestissent, voire mentent effrontément, en payant des laboratoires et des scientifiques pour les défendre face aux concurrents et façonner l’opinion publique. Mais si je n’ai donc pas d’opinion en matière de choix énergétiques, en revanche j’en ai une en matière d’organisation sociale ; c’est uniquement en sortant du capitalisme que la société humaine pourra enfin procéder consciemment et librement à ses choix techniques et scientifiques. C’est également le renversement de cette organisation sociale rétrograde qui, en mettant fin aux crises età la pauvreté, et en permettant un développement et une éducation sur une échelle jamais vus jusqu’alors, démultipliera les possibilités de recherche scientifique désintéressée et au service de l’ensemble de la collectivité.

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Nicolas Dupont-Aignan : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Il faut agir dans plusieurs directions en parallèle :

1) Intensifier les recherches

  • dans les matériaux et les technologies pour réduire les coûts de production d’énergie, quelle qu’elle soit, et d’utilisation pas seulement en terme d’argent mais aussi en terme de pollution.
  • dans les sources d’énergie de remplacement, en particulier d’origine naturelle : solaires, maritimes (marées), éoliennes avec en particulier le développement de matériaux recyclables et/ou facilement compostables.
  • dans les matériaux et la sécurité de l’utilisation de l’énergie nucléaire. Ce n’est pas cette énergie qui pose problème mais les conditions de son utilisation, en particulier le manque de formation adéquate pour ses utilisateurs, le manque de rigueur et de contrôle de l’état dans la sécurisation et l’utilisation, le manque de matériaux adaptés pour son stockage.

2) Limiter l’utilisation des énergies fossiles aux domaines où il n’y a pour l’instant pas de remplacement.

3) Ne pas utiliser les ressources alimentaires pour les transformer en ressources énergétiques au détriment des populations.

De plus, ce que ressent la société est très important car cela conditionne l’accueil qu’elle fera aux nouvelles avancées, aux nouveaux programmes. Il est donc fondamental d’éduquer et de former pour faire comprendre le sens des changements et surtout les bonnes pratiques en terme de sécurité.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

L’énergie nucléaire doit être sécurisée. Un des moyens est qu’elle soit totalement sous contrôle de l’état, que les personnes sur toute la chaine, de la production à l’utilisation, soient formées en conséquence, en particulier sur les questions de sécurité, et que les recherches sur les matériaux pour la production, l’utilisation et le stockage soient intensifiées.

Quatre autres types d’énergie doivent être explorés en parallèle : le solaire, l’énergie provenant des forces motrices de la nature, c’est-à-dire les marées et les forces éoliennes. La quatrième voie est d’explorer tous les matériaux pouvant servir ou donner des piles à combustibles.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Les connaissances que nous avons sur toutes sources d’énergie, sur leur utilisation, sur leur stockage, sur leur recyclage sont limitées. Bientôt, nous arriverons au taquet de la connaissance nécessaire pour créer des innovations dans ces domaines si nous ne favorisons pas la recherche à tâtons dans l’obscurité que constitue la recherche publique. Il y a en effet dans ce domaine beaucoup de questions auxquelles les recherches sur projets ne sont pas capables de répondre car trop focalisées.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Nicolas Dupont-Aignan n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

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Jean-Luc Mélenchon : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

D’abord, le point de départ : nous sommes confrontés à un problème qui est celui de la transition climatique, qui pose un problème à tous les êtres humains, et qui en posant ce problème nous assène une première leçon : il n’y a qu’un seul écosystème qui rende possible la vie humaine.

Dès lors, deux conséquences : premièrement, les êtres humains sont donc bien décidément tous semblables ; deuxièmement, il y a un intérêt général humain. De la sorte, la crise climatique nous permet de comprendre quelles sont les bases objectives de la pensée de gauche, qui est fondée sur la similitude des êtres humains, leur égalité, en droit du moins, et ensuite le fait qu’il existe un intérêt général, lequel ne se déduit d’aucune vérité révélée. Et le seul moyen que nous avons, c’est de discuter ; et la seule méthode intelligente que nous avons pour discuter n’est pas de dire ce qui est bon chacun pour soi, mais de dire ce qui est bon pour tous, car le climat ne peut pas être une affaire individuelle. On voit par là comment l’écologie politique refonde la pensée socialiste, en lui fournissant un mode d’explication objectif qui justifie la transition à laquelle nous appelons, et notamment le renversement de l’ordre du monde, qui est aujourd’hui dans la main du marché et auquel nous voulons substituer ce que nous appelons la planification écologique, c’est-à-dire la décision collective à la place de la loi aveugle du marché.

Ensuite, et plus précisément, sur la question de la transition énergétique, nous ne croyons pas à une bataille de certitudes réciproques que l’on se jetterait à la figure. Notre conviction se construit sur deux prémisses. La première est qu’il faut sortir des énergies carbonées, qui sont la source de l’effet de serre et de la bifurcation climatique qui aura bientôt un cours catastrophique. Nous avons bien conscience qu’il s’agit là d’un gigantesque défi technique mais nous sommes des êtres humains : rien n’est au-delà de notre portée, rien ne peut nous arrêter ! L’esprit humain est capable de résoudre tous les problèmes, c’est donc une source d’optimisme et d’enthousiasme.

Ensuite, et à l’intérieur de la discussion sur cet objectif de sortie des énergies carbonées, vient la question de l’énergie nucléaire, de très grande importance, qui pose un problème de sécurité et qui fait réfléchir tout le monde. La question est celle de l’évaluation du danger. D’une part il faut pouvoir débattre librement, avec toutes les informations en main. Deuxièmement il faut prendre en compte un processus de sécurisation renforcée de l’industrie nucléaire et du parc de centrales du pays. Donc en chasser les logiques de profit et la cohorte d’irresponsabilités qu’elle implique. Troisièmement il faut approfondir et accélérer les recherches pour tout ce qui concerne le traitement des déchets et la réhabilitation des zones sinistrées. Dans ces conditions, à horizon de ma génération politique, c’est-à-dire pour les dix ans qui viennent, il n’y a pas de divergences concrètes entre les différentes options que les forces politiques participant au Front de Gauche présentent aujourd’hui. Sinon la décision à prendre, oui ou non, de planifier la sortie du nucléaire.

C’est pourquoi nous proposerons un débat public national immédiat sur la politique énergétique en France.

Ce grand débat devra permettre la remise à plat des choix énergétiques et du nucléaire et préparer le remplacement des énergies fossiles. Il se déroulera sous contrôle citoyen de l’information jusqu’à la prise de décision et se terminera par un référendum. Dans le domaine du nucléaire civil, l’ensemble des possibilités – dont la sortie du nucléaire ou le maintien d’un nucléaire sécurisé et public – sera alors tranché. Aucun choix définitif en matière de politique énergétique ne sera effectué avant la conclusion de ce grand débat public. Et sans attendre, la réinternalisation de toutes les opérations de maintenance et de sûreté nucléaire sera engagée. Autrement dit, quiconque pense qu’il faut discuter de ces questions peut voter Front de gauche.

Enfin, nous voulons et pouvons développer les énergies alternatives abondantes, celle des mouvements de la mer et la géothermie de la Terre. Avec la géothermie, on produit plus de chaleur qu’on ne sait en utiliser. Cette chaleur peut alors être utilisée par un cercle vertueux dans d’autres installations ou pour d’autres utilisations. C’est donc un double gain écologique. Mais pour arriver à ce résultat, il faut créer des compétences dans beaucoup de domaines, il faut des ingénieurs, des architectes, des centrales, etc.
Notre credo est simple : la transition énergétique est possible. Des scénarios concrets et réalistes existent. Bien qu’il pose débat, nous pouvons notamment nous inspirer du scénario Négawatt. Il a été élaboré par un collectif de scientifiques et professionnels de l’énergie pour permettre une transition énergétique crédible, et, si le peuple en décide ainsi, une sortie raisonnée du nucléaire. Ce scénario précis a été conçu pour rendre possible une sortie du nucléaire à l’horizon 2040-2050. Il permet de penser à la fois la sortie du nucléaire et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ce plan de marche vise une division par quatre des consommations d’énergie fossile. Il se présente en trois volets : sobriété énergétique, efficacité énergétique, énergies renouvelables. La sobriété énergétique permettrait de réduire la consommation de 15% en supprimant les usages inutiles. Il n’en manque pas. Par exemple les écrans publicitaires vidéos dans le métro parisien. Nos objectifs en la matière doivent être la réduction des consommations électriques, de chaleur par des mesures d’économies et des incitations à des comportements plus sobres (suppression des éclairages permanents inutiles, des enseignes lumineuses, la veille des appareils électroménagers, du chauffage inutile etc.). Cette politique de sobriété touche également les besoins de mobilité que nous devons réduire grâce à des mesures d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

L’efficacité énergétique permettrait de réduire la consommation de 30% en améliorant le rendement des équipements utiles mais en changeant aussi la manière dont ils sont produits. Tout cela permettrait de stabiliser la consommation électrique à horizon 2040 alors qu’elle doublerait si on restait sur la tendance actuelle. L’urgence est donc à la mise en œuvre de la rénovation énergétique des bâtiments, à la prise en compte de l’objectif d’efficacité énergétique dans la construction du neuf, et à l’instauration de normes plus fortes sur les produits consommateurs d’électricité.

Les économies d’énergie réalisées grâce à ces mesures doivent permettre de rendre viable un scénario de production à partir des énergies renouvelables. Pour permettre de sortir le pays de sa dépendance au nucléaire, le scénario Négawatt expose les voies du passage à 80 % d’électricité renouvelable en stabilisant l’hydraulique, en développant l’éolien, le solaire thermique et photovoltaïque, la géothermie profonde, les énergies marines et la biomasse. Le scénario a établi pour cela des prévisions de développement de chaque mode en fonction des potentialités estimées par des scientifiques, en fonction de la réalité naturelle et géographique de notre pays. Bien sûr, en cas de catastrophe ou de recul de la sécurité, il faudrait aller plus vite encore. Encore une fois : raison pour ne pas retarder les décisions.

Nous engagerons d’autre part la fermeture rapide des centrales au fioul et au charbon, et le remplacement progressif des centrales au gaz par des centrales à cycle combiné à haute performance et par des centrales à cogénération. Elles seront utilisées pour compenser l’intermittence de la production électrique d’origine renouvelable.
Pour mener à bien ces ambitions, nous réaffirmons l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie, seule garante de la transparence, de l’indépendance, de l’expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Nous créerons à cette fin un pôle 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé. Ses salariés seront toutes et tous sous le même statut. Ils et elles seront associés étroitement aux choix de gestion de l’entreprise publique, et leur liberté d’expression sera garantie. Les citoyens seront également associés à la direction de ce pôle. Nous agirons parallèlement pour la création d’un tel pôle public au plan européen.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

D’autre part, la gestion d’un secteur aussi essentiel que l’énergie appelle des outils de gestion et de recherche qui permettent au citoyen de reprendre le contrôle des décisions, de fixer les orientations dans le domaine de l’énergie. Ces outils contribueront à économiser de l’énergie autant qu’à en produire de façon de façon accessible et propre. C’est pourquoi, afin de piloter de la manière la plus efficace et la plus transparente le grand plan de transition écologique et le plan de financement pour la sobriété et l’efficacité énergétiques et pour la diversification des sources d’énergie, nous créerons un Commissariat aux Economies et à la Production d’Energie (le CEA deviendra une branche du nouveau commissariat), chargé notamment de nouveaux champs de recherche publique : sobriété énergétique, économies d’énergies, énergies renouvelables, accompagnement et démantèlement des centrales en fin de vie, gestion des déchets, etc.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Le Front de Gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

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Eva Joly : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Tout comme le réchauffement de la planète, la rareté à venir, la décroissance proche et rapide de la ressource en énergies fossiles ont été annoncées depuis longtemps par les écologistes. Parfois sous les moqueries. Mais tout cela est désormais avéré. La prise de conscience étant acquise, il est temps de passer à l’étape de transition vers un autre modèle énergétique. Il sera fondé sur quatre piliers : la sobriété, l’efficacité, le développement des énergies renouvelables, la lutte contre la précarité énergétique.

Il faut cesser de raisonner à partir d’hypothèses erronées : non, le doublement de la demande primaire d’ici 2050 n’est pas inéluctable, et aucune solution crédible ne pourra être proposée et mise en oeuvre si l’on se contente de raisonner sur la production. Un accès à l’énergie devra être garanti aux pays pauvres, les pays développés devant d’ores et déjà s’engager dans une réduction conséquente de leur consommation. Nous savons que les marges de manœuvre et termes d’efficacité énergétique sont considérables : il est impératif de les mobiliser, tant pour protéger l’environnement que pour partager équitablement les ressources.

Laissez-moi illustrer la démarche concrètement : aujourd’hui en France, plus d’un tiers des foyers sont chauffés à l’électricité. Le chauffage électrique étant l’une des principales causes de la « pointe électrique », laquelle est satisfaite par le recours massif aux énergies fossiles. Ainsi, pour produire 1 kWh de chauffage avec un convecteur électrique, il aura fallu dépenser 4 kWh de gaz : 3 kWh pour transformer du gaz en électricité (rendement de la centrale de 33%) plus environ 1 kWh de pertes (transports, convecteur…). Au lieu d’utiliser le chauffage électrique, il serait préférable de chauffer directement avec du gaz : pour le même kWh de chauffage, vous n’aurez dépensé que 1,1 kWh de gaz. Et tout ceci, à technologie existante et sans toucher au besoin de chauffage.

Pour ce qui est de la France, Le mix énergétique doit radicalement évoluer. Nous devons tout d’abord engager un grand plan d’efficacité énergétique qui touchera l’ensemble des secteurs de l’économie (bâtiments, industrie, transports principalement). Les gisements sont connus par de multiples études, et leur rentabilité l’est également. Il faudra cependant créer une dynamique permettant leur mobilisation. Pour ce qui est de la production, les énergies renouvelables peuvent assurer jusqu’à 40 % de la production d’électricité totale dès 2020 (un niveau comparable à celui proposé par les professionnels regroupés au sein du SER). Nous proposons un accroissement très limité et transitoire du recours au gaz naturel (avec un recours systématique à la cogénération). Ainsi, la sortie progressive et programmée du nucléaire en 20 ans peut être assurée, avec un impact sur les émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique très faible (l’augmentation du gaz étant largement compensée par l’arrêt des centrales à charbon et fioul encore existantes). A partir de 2020, les émissions de GES décroissent rapidement. En outre, les importations d’électricité en période de pointe (qui ont une forte intensité carbone bien que les émissions ne soient pas comptées sur le territoire national) seront rapidement diminuées grâce aux économies d’énergie et à la sortie du chauffage électrique. Enfin, pour la production de chaleur, l’objectif est d’assurer 35 % des besoins en 2020 à partir des énergies renouvelables telle la biomasse ou la géothermie. La priorité sera donnée à la production locale intégrée de fait au réseau électrique, instrument de mutualisation, de solidarité et de robustesse.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

La France est incontestablement à la pointe mondiale dans l’utilisation du nucléaire, résultat d’un choix non démocratique effectué il y a bientôt un demi-siècle et qui résulte d’investissements massifs et prolongés de l’État. Mais ces investissements n’ont aucunement fait avancer la question majeure des déchets ; et la question de la sûreté reste entière, car quelle que soit la culture de sécurité développée en France, le risque zéro n’existe pas comme le souligne l’Autorité de sûreté nucléaire. Les conséquences d’un accident nucléaire majeur en France sont simplement incommensurables. Le nucléaire n’est pas une énergie propre, ni sûre, ni durable. Si son développement a pu être présenté comme avantageux économiquement, les révélations récentes sur ses coûts réels, y compris pour le nucléaire dit du futur (l’EPR en tête), démontrent qu’il n’en est rien. Le rapport de la cour des comptes indique ainsi que le prix du MWh nucléaire serait de 50€, et encore est-ce sans compter nombre d’éléments :

  • 38 milliards de dépenses publiques française de développement du nucléaire, auxquels il faudrait ajouter 7 à 8€/MWh au titre de la recherche.
  • le coût de l’assurance est estimé à 1,5€/MWh. Or, ce coût est calculé sur la base d’une occurrence d’accident grave théorique historique, dont on sait qu’elle est 20 à 300 fois (suivant les modes de calculs) sous-estimée (au regard du retour d’expérience depuis le début du nucléaire civil). Il faudrait ajouter 30 à 450€/MWh supplémentaires !
  • la cour reconnaît que le coût du démantèlement est très certainement sous évalué (elle exige d’EDF de revoir totalement sa méthodologie). La quantification est impossible.
  • La totalité des calculs de la cour sont actualisé à 5% par an, ce qui tend à très fortement réduire les coûts futurs.

Le nucléaire ne procure bien sûr nulle indépendance énergétique puisque le combustible obligatoire, l’uranium, est entièrement importé, ce qui d’ailleurs produit des dégâts humains et environnementaux considérables dans certaines zones de production comme au Niger ou au Kazakhstan. Nous proposons donc de sortir progressivement du nucléaire en une vingtaine d’années, un laps de temps qui prend en compte la durée de vie des centrales, qui permette une réelle transition énergétique globale tout en décarbonant notre économie. Cela exclut bien entendu toute construction de nouvelle centrale, ce qui explique notre opposition à toute centrale de type EPR, dont nous estimons par ailleurs que ses dimensions et le type de combustible en font l’une des plus dangereuses qui soient.

A l’horizon 2050, une production d’énergie (incluant l’électricité) approchant les 100% renouvelables est parfaitement envisageable en France et en Europe, à condition que des politiques volontaristes soient mises en œuvre. Malheureusement, la France, embourbée dans son maximalisme nucléaire, est encore très en retrait sur les modes de productions d’énergie les plus prometteurs comme le solaire ou l’éolien.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Nous devons mettre à profit les immenses compétences présentes dans ces organismes qui ont bâti leur expertise et leur réputation en plusieurs décennies. Il n’est pas question de les brader. Quand Nicolas Sarkozy va à Fessenheim expliquer que lui, il protégera les emplois en ne fermant pas la centrale, malgré sa vétusté et sa localisation géographique dangereuse, il tombe dans la caricature et la tromperie. Fermer une centrale ne signifie aucunement mettre la clé sous la porte et envoyer ses employés à Pôle emploi. On n’arrête pas un réacteur comme un moteur de voiture. Une fois les réacteurs arrêtés, il faut s’occuper du démantèlement des centrales. Cela prendra des décennies! L’exemple de la petite centrale expérimentale de Brennilis en Bretagne, dont l’exploitation conjointe par EDF et le CEA a été interrompue en 1985, est particulièrement instructif. Son démantèlement dure depuis des décennies et on n’en voit pas la fin. Pourquoi? Parce que le savoir-faire est à construire, les filières industrielles à inventer. Il y a un marché colossal à conquérir dans le démantèlement des centaines de réacteurs disséminées dans le monde. Il faudra pour cela faire de la recherche et du développement, former les personnels, inventer de nouveaux métiers. Il n’y a pas à s’inquiéter pour l’emploi.

En revanche, le coût sera énorme pour les entités en charge du démantèlement, et la cour des comptes appelle à une autre évaluation que celle jusqu’à présent portée par EDF. Ce coût devra être assumé par les exploitants nucléaires ; or aujourd’hui, les « provisions » d’EDF sont encore inférieures aux objectifs légaux assignés, qui eux-mêmes sont certainement très insuffisants. De plus, les obligations légales de provisions sont assurées en partie par des manipulations comptables qui ne garantissent en rien la capacité à débloquer les financements nécessaires à la réalisation des travaux. A cet égard, nous sommes particulièrement inquiets de l’utilisation des actifs de RTE, le Réseau de transport de l’électricité, service public par excellence.

Ce que j’ai exposé pour la France est également vrai au niveau européen. Savez-vous que dans le cadre du traité Euratom il y a encore un budget spécifique de plusieurs milliards d’euros pour la recherche européenne en matière de nucléaire? Ce que nous proposons, c’est de réorienter drastiquement les budgets de recherche français comme européens vers la recherche et le développement sur la production d’énergie à partir de sources réellement renouvelables. D’autres points nécessitent beaucoup de recherche, par exemple en matière de stockage d’énergie, d’adéquation de la demande avec la production et des réseaux intelligents… Il n’y a, a priori, rien d’insurmontable, mais de réels défis scientifiques, techniques et industriels… comme il y en avait avant que le programme nucléaire ne soit lancé ! Il faut bien sûr inciter nos grands champions nationaux (entreprises comme organismes de recherche) à se tourner le plus rapidement possible vers les activités prometteuses plutôt qu’à se cramponner à ce qui sera bientôt le passé. Et nous comptons particulièrement sur l’innovation des TPE/PME, des territoires et des universités. Si les grands acteurs traditionnels ont un rôle moteur à jouer, une économie fondée sur les énergies renouvelables doit reposer sur la multiplicité des initiatives.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Pour la propreté, il faut réduire le plus vite possible l’utilisation des énergies les plus dangereuses et les plus polluantes, privilégier l’investissement de R&D vers cette transition énergétique, en allouant l’argent public de façon beaucoup plus intelligente. Faut-il vraiment viser en outre à conserver une énergie bon marché? C’est une question différente. La richesse des pays occidentaux s’est bâtie en grande partie sur l’existence de cette énergie bon marché et sur l’appropriation égoïste des ressources fossiles. Nous touchons maintenant au bout de cette logique qui à maints égards heurtent l’exigence de justice à l’échelle mondiale et s’oppose aux principes de l’écologie. Un des enjeux consiste au contraire à payer le juste prix pour l’énergie que nous dépensons, surtout si elle d’origine non renouvelable, si elle est dangereuse à produire… Est-il raisonnable de voyager en avion de Nantes à Marseille pour le prix d’une ou deux places au cinéma?

Si le monde était infini en ressources fossiles et fissiles et si leur consommation n’avait pas d’impacts, nous pourrions espérer une énergie éternellement bon marché. Nous pensons que cet espoir est vain : le renchérissement du prix unitaire de l’énergie est une tendance lourde contre laquelle il est sans espoir de lutter. Nous estimons de plus que certaines énergies, notamment fossiles, ne paient pas le juste prix puisqu’il n’existe pas actuellement de réelle fiscalité environnementale capable de refléter les dégradations environnementales induites par leur consommation (émissions de GES par exemple).

En revanche, nous distinguons le prix unitaire de l’énergie de la facture payée par l’usager. En effet, la facture d’un ménage ou d’une entreprise est le produit d’une quantité par un prix unitaire. Si le prix est croissant, nous pouvons agir sur la quantité pour stabiliser les factures payées. Les économies d’énergies permettront de stabiliser les factures payées (malgré une fiscalité environnementale supplémentaire, nécessaire).

Par ailleurs, nous estimons que les modes de tarification de certaines énergies (électricité, gaz) doivent être revus. Actuellement, ils sont « dégressifs » : plus vous consommez, moins vous payez cher à l’unité. Nous voulons inverser la tendance en organisant la progressivité tarifaire : les usages essentiels doivent être garantis pour tous tandis que les surconsommations et les gaspillages doivent être tarifés plus chers. Ce système existe dans d’autres territoires (Californie, Japon, Italie), par différents moyens, avec certains résultats probants : pourquoi ne pas le faire chez nous ?

A moyen terme, seules les énergies renouvelables sont capables de stabiliser, voire de faire diminuer le prix de l’énergie : ce sont les seuls moyens de production qui ne dépendent pas d’une ressource de stock mais de ressources de flux. En développant une société qui repose sur la sobriété, l’efficacité et les renouvelables, nous pouvons viser à une stabilisation des dépenses liées à l’énergie.

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Jacques Cheminade : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

La question posée par la production d’énergie est pour moi la question économique fondamentale pour la société future et elle ne peut être simplement traitée en alignant des données de comptabilité financière. Comme le dit justement Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherches à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les décisions à prendre ne peuvent être réduites à leur coût, et encore moins à leur coût à court terme. Ne prendre la question que par les coûts, c’est faire silence sur les bénéfices.

Il faut donc sortir de la terreur des chiffres comptables et examiner le fondement physique du sujet. Dans un univers en création continue, l’homme doit découvrir constamment des principes physiques nouveaux et les appliquer sous forme d’innovations technologiques pour assurer son avenir. Ainsi, pour assurer un futur à une espèce humaine en développement, la géothermie, les éoliennes, le solaire ou les marées ne peuvent constituer une solution, car la densité de flux d’énergie que ces types d’énergie procurent, par être humain, unité de surface et quantité de matière utilisée, n’est pas suffisante pour accroître le potentiel de densité démographique pour une société future ou, en d’autres termes, pour assurer la capacité d’accueil nécessaire aux générations à naître.

Les énergies fossiles se trouvent non seulement à leur pic d’exploitation, mais en ce qui concerne le pétrole, son usage devrait relever désormais de la pétrochimie et non de l’utilisation comme carburant. Reste donc pour assurer la vie des générations futures le recours au nucléaire, à condition que l’on passe à des types de réacteurs de moins en moins consommateurs d’uranium et de plus en plus à sécurité intrinsèque, c’est-à-dire aux réacteurs de quatrième génération et à la fusion thermonucléaire contrôlée, sans mettre tous les œufs dans le panier du confinement magnétique (ITER) et en accélérant la recherche dans la voie du confinement inertiel (lasers).

La sortie du nucléaire serait donc absurde. Cela reviendrait à arrêter de comprendre et d’appliquer les principes physiques qui gouvernent l’univers pour le nécessaire développement de la biosphère et de la noosphère, de la vie et de la pensée humaines. Comme si l’on pouvait abdiquer face à la connaissance et à ses applications. La dynamique de la création humaine doit être au contraire notre pari.

C’est par cette considération fondamentale que nous devons commencer pour ne pas nous laisser entraîner dans un faux débat voulu par les forces financières actuellement dominantes, qui entendent semer le trouble et le pessimisme pour justifier leur politique de profit immédiat sans développement de l’économie physique.

Car le développement du nucléaire, par nature à long terme, est incompatible avec la priorité financière à court terme. S’il est donc irresponsable de l’abandonner, il est tout aussi déplorable de continuer comme on va. Avec des technologies qui évoluent à peine ou trop lentement, en passant d’ajustements en sous-traitances en cascade, on se dirige vers une dévalorisation de la main d’œuvre. Le recours à des précaires du nucléaire, de plus en plus utilisés et de moins en moins respectés, conduira fatalement, si l’on continue ainsi, à une multiplication des dangers et des risques d’accidents. Non pas du fait du nucléaire, mais d’un système financier prédateur. EDF s’est récemment engagée à réduire les niveaux de sous-traitance à un maximum de trois ; il faut aller encore plus loin pour susciter et maintenir le plus haut niveau de compétence possible sans dilution et se donner les moyens de faire respecter les normes de qualité et de sécurité les plus strictes. L’essor des capacités créatrices du travail humain est consubstantiel au progrès scientifique.

C’est à partir de ces considérations qu’il faut prendre des décisions sur le mix énergétique et la nature de la source majeure d’électricité en France.

Considérons le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur l’avenir de la filière nucléaire en France, qui a été publié le 15 décembre, ainsi que la proposition de François Hollande de ramener la part de l’électricité nucléaire en France à 50 % en 2025.

Ils reconnaissent comme moi qu’il serait irresponsable de sortir du nucléaire et affirment qu’il « doit conserver son rôle de pilier du bouquet électrique ». Cependant, faute de partir des considérations de fond sur lesquelles je me base, ils font de cette question économique et scientifique une question d’opportunité politique.

François Hollande et Michel Sapin ont déclaré ou laissé entendre qu’un processus très progressif de fermeture des centrales ne pourrait commencer que dans cinq ou six ans, mis à part l’arrêt immédiat de Fessenheim. Le rapport parlementaire envisage d’abaisser la part du nucléaire à 50 % mais en 2050, en fermant les réacteurs actuels au bout de 50 ans d’exploitation et en « remplaçant en fin de vie des centrales un réacteur sur deux, au bénéfice exclusif de la technologie de la troisième génération », représentée en France par l’EPR d’Areva. EDF exploiterait ainsi en 2050 30 EPR, soit une puissance de 50 000 mégawatts (MW) contre 63000 MW aujourd’hui. La capacité éolienne serait alors égale à celle du nucléaire (50 000 MW) et le photovoltaïque atteindrait 10 000 MW. A cet horizon commencerait le déploiement de la quatrième génération du nucléaire, celle des surgénérateurs utilisant des déchets comme combustibles.

Deux raisons font que ces deux arrangements, tant celui de François Hollande que celui des parlementaires, ne sont que des compromis politiques plaqués sur la réalité scientifique et physique.

Tout d’abord, c’est au moment de sa visite décennale que l’on décide de la poursuite ou non de la vie d’un réacteur, quand l’Agence de sûreté nucléaire (ASN) donne son autorisation pour des années supplémentaires, en principe dix, sous réserve que l’exploitant procède aux travaux de sécurité nécessaires.

Or les renouvellements éventuels des centrales les plus anciennes, celles de 900 MW, comme Bugey, Dampierre, Civaux ou Cruas, vont tous s’échelonner entre 2012 et 2014. C’est alors qu’il faudra trancher pour au moins dix ans. Car EDF, qui devra investir pour chaque réacteur entre 500 millions et 800 millions de travaux supplémentaires, exigera à chaque fois du gouvernement l’assurance ferme de dix années complètes au moins pour que les travaux ne soient pas réalisés à perte. Il faut donc bien savoir que c’est au début de la prochaine présidence que le futur gouvernement devra trancher sans pouvoir renvoyer les choix fondamentaux à plus tard. A l’horizon 2012-2014, le gouvernement ne pourra pas simplement fermer Fessenheim et éventuellement un autre réacteur, il devra prendre une décision de fond sur la politique de fermeture ou non des centrales anciennes.

De plus, l’accord entre le Parti socialiste et Europe écologie-Les Verts prévoit qu’aucun autre chantier de centrale ne sera ouvert pendant le prochain quinquennat : ni EPR ni aucun autre type de centrale. Autant dire qu’il n’y aura aucun investissement dans le futur, aucun pari sur l’avenir.

En ce qui concerne le rapport parlementaire, il donne une priorité absolue à l’EPR et à l’éolien en vue de 2050, en laissant une place importante au voltaïque, tout en renvoyant la quatrième génération du nucléaire après cette date et la fusion thermonucléaire aux calendes grecques.

Je suis convaincu qu’une telle solution n’en est pas une, car elle repose sur une extrapolation de ce qui existe et non sur l’investissement raisonné dans l’avenir.

Le mix qui me paraît nécessaire, étant entendu que seul le nucléaire peut et doit être la source majeure d’électricité demain en France, doit obéir à la séquence suivante :

  • fermeture et démantèlement des centrales nucléaires anciennes suivant l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire et en fonction du coût plus ou moins élevé des investissements à consentir pour leur mise à jour si une autorisation sous condition de travaux est donnée pour le prolongement de leur durée de vie ;
  • construction de l’EPR de Flamanville, pour lequel EDF se trouve à la moitié du chemin, et de celui de Penly, pour se substituer aux réacteurs éteints ;
  • examen de l’opportunité de poursuivre dans la voie des EPR, en établissant un calendrier pour la mise en œuvre accélérée des réacteurs de quatrième génération : production de réacteurs à haute température (HTR), et en particulier du réacteur à lit de boulets (PBMR), surgénérateurs refroidis au gaz, exploration de la voie prometteuse des réacteurs à sels fondus dans lesquels sont dissous des fluorures d’uranium 233 obtenus à partir du thorium. L’horizon de la mise en ligne de ces réacteurs ne devrait pas être 2050 mais au moins dix à quinze ans plus tôt. Une collaboration avec la Chine, la Russie et en particulier l’Inde, très intéressée par la filière thorium, devrait être rapidement étendue. Je n’ai jamais été un partisan enthousiaste de l’EPR, qui dope une technologie déjà ancienne, mais qu’il faut exploiter puisque l’expérience initiale a et aura été acquise en Finlande, à Flamanville et en Chine. Cependant, le déploiement de la quatrième génération est la priorité absolue.
  • en ce qui concerne la fusion, au-delà d’ITER nous devons mettre l’accent sur les réacteurs à confinement inertiel (lasers) qui me paraissent plus prometteurs. L’horizon pourrait et devrait être ici de quarante à cinquante ans, si l’effort est réellement mis dans ce domaine.

L’essentiel est de ne pas se décider en fonction de données comptables à court terme, au sein d’une économie en crise, mais de partir de ce qui est nécessaire pour l’avenir en remontant jusqu’au présent, tout en ouvrant la possibilité de changements en cours de route.

En ce qui concerne les autres formes d’énergie dites renouvelables, je suis opposé à leur extension à grande échelle car la densité de flux qu’elles procurent est insuffisante pour assurer le développement industriel nécessaire aux générations futures.

La décision prise par l’Allemagne de sortir du nucléaire la contraindra à acheter des quantités massives de gaz en Russie ou en Asie du Sud-Ouest, à ouvrir des centrales au charbon voire à lignite, avec des effets désastreux sur l’environnement.

Priorité donc à la physique nucléaire, qui est le domaine scientifique de pointe, et rejet de la sortie du nucléaire comme de la simple exploitation de technologies nucléaires existantes à un moment donné : il faut sortir de l’ère Westinghouse et rentrer dans celle d’un nucléaire du futur, social, citoyen et à sécurité intrinsèque.

 

Au sein de priorités déterminées par un ministre délégué au Plan, inspirateur et soutien de grands projets d’équipement financés par le crédit productif public, l’énergie doit être le levier d’une vision politique de notre avenir. Cela suppose trois choses :

  • séparer les banques de dépôt et de crédit, d’une part, des banques d’affaires investissant sur les marchés, de l’autre. Ces dernières ne doivent plus être renflouées, comme c’est le cas actuellement au sein de l’Union européenne, et les pertes qu’elles subissent en spéculant doivent être sanctionnées par des faillites ordonnées. C’est ce nettoyage des écuries d’Augias qui permettra d’échapper à la tyrannie du court terme. En tant que de besoin, les établissements financiers devront être nationalisés.
  • émettre du crédit productif public en faveur de grands projets d’équipement de l’homme et de la nature pour permettre la reprise de l’économie physique, tractée par la recherche et les développements et innovations technologiques. Les crédits à long terme et à faible taux d’intérêt pour ces projets seront fournis par une banque nationale d’équipement ou un pôle public d’équipement.
  • abroger l’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et des lois du 4 août 1993, relative au statut de la Banque de France, et du 12 mai 1998, qui bannissent le crédit productif public et interdisent « au Gouverneur et aux membres du Conseil de solliciter ou d’accepter des instructions du gouvernement ou de toute autre personne ».

Sans ce changement absolu d’orientation, le système actuel, fondé sur la priorité de la monnaie et du court terme, bloquera tout effort de recherche à long terme et détruira la substance même des économies.

Dans ce contexte nouveau, toutes les ressources humaines du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), d’Areva et dans les applications d’EDF, devront être réunies pour constituer un ensemble Recherche/ Applications technologiques/ Innovations/ Centrales de production d’énergie. Je m’engage ainsi à redonner au CEA sa mission et ses moyens d’origine et à rétablir en son sein une direction industrielle pouvant coordonner et accélérer les efforts de recherche. Je m’oppose bien entendu au démantèlement d’Areva au nom de contraintes à court terme et à son dévoiement dans des formes de production d’énergie à basse densité de flux.

Actuellement, les deux grands défis sont de conserver l’énergie, bon marché et aussi propre que possible, et d’éviter les pertes en ligne.

Le nucléaire, en passant de la troisième à la quatrième génération, et de la quatrième génération à la fusion thermonucléaire contrôlée, remplit les meilleures conditions de production en tant que dynamique. Cependant, dans une île comme La Réunion, il est intéressant de produire de l’énergie à partir de la biomasse, et la géothermie peut représenter un recours intéressant dans certaines régions à déterminer. Une cartographie des énergies devrait ainsi être effectuée.

En ce qui concerne les transports, plus que les véhicules électriques à piles, l’hydrogène représente un moyen prometteur et non polluant. Il reste à prévoir le stockage sur les véhicules. L’avenir paraît être le stockage sous forme de composés chimiques capables de libérer facilement le gaz (nanotubes de carbone, hydrure de magnésium, acide formique…). Cet hydrogène pourra être produit par séparation thermochimique de l’eau grâce aux réacteurs nucléaires à haute et très haute température, refroidis au gaz ou à sels fondus. Pour les transports collectifs, la voie de l’aérotrain de Bertin mérite d’être à nouveau explorée, avec des moteurs à lévitation magnétique non polluants. De toutes façons, en milieu continental et sur moins de 1500 kilomètres, les transports rapides terrestres moins polluants et le ferroutage devraient être préférés au transport aérien et par camion.

Pour la production de chaleur, le principe de la pompe à chaleur (ou climatiseur inversé), qui donne couramment trois fois plus de chaleur qu’on lui a injecté d’énergie électrique, doit être bien entendu davantage utilisé.

Pour le stockage indirect de l’électricité, des dispositifs électromécaniques réversibles doivent être plus largement prévus. En disposant d’un réservoir d’eau à une hauteur suffisante, on part du point bas pour faire remonter de l’eau par pompage et on produit de l’électricité en faisant retomber l’eau du point haut vers le point bas, l’énergie cinétique de la chute se transformant en énergie mécanique par turbine, puis en électricité par un alternateur. On peut ainsi constituer des Stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) : de l’eau est pompée et remontée vers le réservoir en altitude quand la demande sur le réseau est faible, en utilisant la production excédentaire de sources d’énergie non ajustables (nucléaire, solaire, éolien…) et récupérée pendant les pics de consommation en la faisant redescendre sous pression. Le stockage de l’électricité dans des cavités souterraines en ayant recours à la technique de l’air comprimé et les batteries Nas devraient également rentrer dans un mix du stockage.

Le stockage d’énergie par chaleur sensible ou chaleur latente représente une voie à explorer davantage. La propriété de lévitation des supraconducteurs peut, elle aussi, être mise à profit pour faire du stockage d’énergie (volant d’inertie Flywheel). Mieux encore, de gros prototypes de SMES (Superconducting magnet energy storage) ont été réalisés à Grenoble, au département MCBT de l’Institut Néel, avec l’aide de partenaires comme Nexans et la DGA. Il faut davantage soutenir ces efforts. A terme, la production et le stockage d’énergie grâce à l’anti-matière doivent continuer à être étudiés : bien qu’aujourd’hui futuriste, elle apparaît théoriquement possible, et l’on sait que les théories d’aujourd’hui peuvent ouvrir la voie aux grandes découvertes et aux innovations de demain.

Transporter l’électricité en minimisant les pertes d’énergie est un autre domaine passionnant. Le recours à la supraconductivité ouvre d’immenses possibilités. Le câble électrique supraconducteur de Nexans, quatre fois plus puissant qu’un tube classique de même section, grâce à un matériau supraconducteur à base de cuivre et de bismuth, est un bon exemple des approches à étendre.

Enfin, il est clair que d’énormes progrès sont à faire en France en matière d’isolation des logements, pour arriver à des habitations de plus grande inertie thermique permettant de lisser et de diminuer les besoins de chauffage et de rafraîchissement.

C’est ainsi, j’en suis convaincu, par une combinaison du recours au nucléaire de l’avenir, des moteurs à hydrogène et des transports collectifs terrestres à grande vitesse, du stockage d’énergie et d’électricité et des réductions des pertes lors de leur transport, ainsi que par une politique d’isolation intelligente, que l’on pourra produire davantage tout en consommant et en transportant mieux une énergie « bon marché et aussi propre que possible ».

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Martine Aubry : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

La catastrophe nucléaire de Fukushima a provoqué, comme celle de Tchernobyl, un désastre humain, sanitaire et environnemental dont il faudra des années  pour  mesurer l’ampleur. Il y a un avant et un après Fukushima. Cela nous impose de repenser notre modèle énergétique. L’urgence de la mise à jour de notre modèle énergétique est aussi celle de la lutte contre le changement climatique et de la raréfaction inéluctable des énergies fossiles, dont nous restons trop dépendants.

Le recours aux énergies renouvelables doit pouvoir, à terme, assurer l’essentiel de la production énergétique, qu’il s’agisse de l’industrie, du transport, du résidentiel et du tertiaire. Elles seront la base de notre approvisionnement énergétique à condition, bien entendu, de respecter le triptyque « sobriété, efficacité, renouvelables », notamment pour les entreprises « électro-intensives » les plus grandes consommatrices d’électricité.

La France accuse un inquiétant retard. Les investissements en France sur les ENR sont de 1.8 milliards de dollars, ce qui la place 12e parmi les membres du G-20, loin derrière l’Allemagne. La capacité totale installée en France en 2009 était de 9,4 GW contre 36,2 en Allemagne.

Prenez l’exemple du photovoltaïque : il nous faut revoir les objectifs de production fixés à la fois au regard du mix énergétique et du développement de la filière, qui sont nettement insuffisants. En France, l’objectif est de 5400 MW d’ici 2020 alors que l’Allemagne vient de décider l’installation d’ici 2020 de 50.000 à 70.000 MW. En ce qui concerne l’éolien, le schéma est le même : hésitations, ajournements, revirements,  gouvernementaux ne favorisent pas le déploiement de cette énergie et de sa base productive alors même que la France, notamment par sa façade maritime, dispose d’un atout magnifique et d’un net avantage comparatif en Europe. La multiplication et l’empilement des procédures réglementaires ont conduit à des délais de mise en œuvre des parcs qui peuvent atteindre jusqu’à 8 ans, contre 4,5 ans dans le reste du continent.

A côté des énergies renouvelables dont le potentiel a d’ores et déjà été identifié, d’autres solutions complémentaires transitoires ou durables se profilent : la géothermie, la biomasse ou l’énergie des courants marins. Toutes doivent être étudiées sans dogmatisme. Nous devons particulièrement concentrer la recherche sur le stockage de l’électricité qui est probablement le bond technologique le plus attendu.

Les politiques nouvelles à conduire nécessiteront, il faut dire la vérité, un délai de mise en place. En l’état actuel des technologies, la production d’électricité thermique à flamme (surtout à  gaz) est en effet appelée à se développer conjointement aux énergies renouvelables, qui sont toutes, à l’exception notable de l’hydraulique de stockage, des sources de production intermittentes appelant des compléments de pointe pour assurer l’équilibre du réseau. Dans cette perspective, et pour ne pas contredire nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre, nous accélérerons le recours industriel au captage et stockage de CO2 pour toutes les centrales de production thermique.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

En l’état actuel de nos connaissances, le nucléaire doit être considéré comme une énergie de transition. Le futur énergétique de la nation se décidera lors du prochain quinquennat selon le mandat que la nouvelle présidence de la République aura reçue des Français : les choix technologiques, les options industrielles, les investissements financiers, les efforts de formation doivent être réalisés après 2012 et ils nous engageront pour les décennies suivantes. Il faut décider maintenant pour être leaders dans quarante ans.

J’ai fixé le cap de la sortie du nucléaire, progressive mais effective, car je veux voir naître la génération de l’après nucléaire. Ce cap étant fixé, le processus devra être transparent et conduit, de la conception à sa réalisation, de manière concertée. Chaque étape sera l’objet d’un débat ouvert devant les citoyens et associant l’ensemble des compétences scientifiques et techniques. Une commission d’experts, intégrant la diversité des points de vue, préparera un livre blanc auquel s’adosseront, dans chaque région, des concertations qui se concluront par une loi d’orientation de la politique énergétique que mon gouvernement soumettra au Parlement avant l’été 2013.

Tout d’abord, il faudra assurer la sécurité du parc nucléaire avec la plus grande exigence. La plupart des centrales nucléaires françaises arriveront en fin de vie à partir de 2025 : leur avenir devra être décidé dès le prochain quinquennat. Les décisions à court terme (remplacement ou non-remplacement des centrales) dépendent de la clarté sur l’issue claire à long terme (sortie ou non du nucléaire).

Je propose, dans un premier temps, de coordonner la fermeture des centrales en fin de vie et les investissements dans les énergies renouvelables, les  réseaux et l’efficacité énergétique. Le calendrier est en effet avant tout déterminé par le rythme de montée en puissance des solutions alternatives : efficacité énergétique – et d’abord dans le logement et les déplacements -, développement des énergies renouvelables et usage efficace des combustibles fossiles dans une période intermédiaire. C’est pourquoi, en lien avec les collectivités territoriales, et d’abord les Régions et les intercommunalités, je lancerai un plan national de la rénovation et de l’isolation thermique des logements et le développement des transports durables.

Je souhaite également suspendre le chantier de l’EPR de Flamanville dans l’attente du résultat complet des évaluations de sécurité en cours. C’est une technologie sur laquelle la France a beaucoup misé et la somme des conséquences financières, économiques, sociales et environnementales de l’arrêt ou de la poursuite du chantier mérite qu’on évite la précipitation. Si les résultats de l’audit sont concluants, le chantier pourra être achevé. En revanche, le chantier de l’EPR de Penly sera stoppé : alors que nous ne parvenons pas encore à évaluer précisément ni le coût ni la conformité aux exigences de sûreté d’un premier EPR, s’engager dans un second chantier serait déraisonnable. En compensation pour le territoire normand, des emplois y seront crées dans les économies d’énergie, les énergies renouvelables et le démantèlement des centrales nucléaires obsolètes.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

La spécificité française fait que le nucléaire est à la fois la part majeure de notre consommation d’électricité, une industrie et des compétences. L’énergie est une condition du progrès individuel et collectif et un secteur riche d’emplois. Cela vaut pour aujourd’hui comme cela vaudra demain.

Je souhaite donc valoriser dans le monde entier l’excellence et le savoir-faire des acteurs de notre filière nucléaire française, en réorientant les activités du secteur : le géant allemand Siemens vient de faire ce choix stratégique, ne nous laissons pas distancer !

Pour notre filière nucléaire française, filière d’excellence mondiale, cette réorientation est un passeport pour continuer de faire la course en tête dans la compétition mondiale pour la sécurisation et la transition énergétiques. Le démantèlement des centrales obsolètes, la requalification des sites, le traitement des déchets, ainsi que l’industrialisation des nouvelles énergies, leur  développement et leur maitrise, sont autant de gisements de savoir faire, d’efforts de recherche, d’ingénierie, d’emploi, bref de croissance et de compétitivité. Et l’atout des atouts de la France s’appelle le cadre public de sa filière nucléaire qui doit être structurée et non mise en concurrence, comme ce fut le cas ces dernières années ou une vision plus financière qu’industrielle a hélas prévalu. Innovation, production, sécurité, formation, export, se maintiendront a un haut niveau si l’Etat stratège réaffirme sa présence. Je serai la présidente de l’affirmation d’une puissance publique énergique pour les énergies.

Notre politique énergétique devra s’appuyer sur une ambition industrielle forte. Mise en œuvre par la banque publique d’investissements et un redéploiement des investissements en faveur des énergies “décarbonées”. C’est en privilégiant les énergies sûres et durables que nous assurerons notre indépendance énergétique à long terme. J’ai confiance dans le progrès scientifique et technologique. La recherche et le développement progressent à grand pas.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Contrairement à ce que voudraient faire croire les tenants d’un statu quo mortel pour les générations futures, la transition énergétique améliorera notre qualité de vie. En parallèle, l’enjeu du pouvoir d’achat doit être abordé par une redéfinition de la politique tarifaire : ce que j’ai appelé des tarifs progressifs.

Les ambitions du Grenelle se sont dissoutes et la France a perdu 5 ans. Il suffit de comparer le chemin parcouru par l’Allemagne. Au lieu d’engager la transition, le Gouvernement actuel a essayé de passer en force sur les gaz et huiles de schiste, a étouffé l’éolien puis le photovoltaïque en multipliant les obstacles et les procédures. Ses revirements successifs et l’instabilité des dispositifs publics ont fragilisé les filières. Les résultats parlent d’eux-mêmes : la production allemande d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque est déjà quatre fois supérieure à celle de la France. Dix fois plus de chauffe eau solaires y sont installés. En 2020, si nous ne changeons pas nos objectifs, cet écart restera identique. Or,  notre facture énergétique s’alourdit chaque année – 70 milliards d’euros pour acheter du pétrole, du gaz, du charbon, de l’uranium à l’étranger. Dès lors qu’elle est inéluctable, il ne serait pas responsable de reporter la transition énergétique sur les générations suivantes, et de leur en faire porter le poids.

La libéralisation du secteur énergétique a amplifié la hausse des prix pour les particuliers sans que des mécanismes de solidarité suffisants soient mis en place. Faut-il rappeler que plus de 3,5 millions de ménages sont en situation de précarité énergétique en France ? Entre le gaspillage, souvent contraint et coûteux pour les plus fragiles et le rationnement, il existe une voie: celle de l’efficacité énergétique. La réhabilitation du patrimoine bâti existant est un chantier colossal et devrait assurer aux professionnels du bâtiment une relance importante de leur activité. Nous avons les entreprises et les compétences pour réussir et rayonner, à condition que le marché intérieur soit le premier débouché.

Garantir l’accès à l’énergie pour tous, dans un contexte d’augmentation probable des prix de l’énergie, c’est aussi engager une révolution tarifaire qui allie critères sociaux et vertu de la progressivité, pour encourager le bon usage et pénaliser le gaspillage.

Sur la question des tarifs, je souhaite la mise en place d’un tarif progressif pour l’eau et l’énergie pour nos concitoyens. La même formule de base peut être envisagée pour les entreprises, facteur de compétitivité de nos entreprises qu’il faut protéger, même si le cas des industries intensives appelle des adaptations pour certains secteurs (tarif de gros et régulation publique pour l’eau et l’énergie). C’est donc en adaptant les tarifs aux usages que nous parviendrons à concilier maîtrise de la demande, égalité d’accès et soutien à l’activité industrielle.

La mobilité constitue bien entendu un pan fondamental de la transition et de la lutte contre le réchauffement climatique. La réduction de l’impact environnemental des véhicules est indispensable et urgente. L’acquisition de véhicules de puissance plus modeste, moins polluants et plus efficaces au plan énergétique doit être encouragée, ceci, en commençant par relancer le dispositif dit « bonus-malus », dont les premiers résultats ont démontré la pertinence. Dans une dynamique vertueuse, la mise en place de normes d’efficacité énergétique évoluant par paliers successifs permettra à la fois d’accompagner et de stimuler le progrès technique et technologique sur les moteurs, tout en abaissant le coût, par une diffusion massive.

Aujourd’hui, la consommation de l’ensemble des transports électriques est relativement faible. Le scénario NégaWatt actualisé de 2011 projette de passer à 30 TWh d’ici 2050 (métro, transports collectifs ferroviaire, véhicules électriques, hybrides rechargeables). Il nous faut aller vers des mobilités durables, tant sur le transport de personnes que le transport de marchandises.

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François Hollande : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source :Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Je pense avoir déjà été très clair sur cette question. Il y a chez moi une triple préoccupation : optimiser l’efficacité énergétique, réduire les rejets de gaz à effet de serre et abaisser la part du nucléaire dans la production d’électricité en développant les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse). Actuellement, nous sommes doublement dépendants des énergies fossiles et du nucléaire. J’entends ramener la part du nucléaire de 75% à 50% à l’horizon 2025.

Il s’agit d’un effort équivalent à celui qu’a fourni l’Allemagne et qui nécessitera, pour être pleinement réussi, une mobilisation intellectuelle, industrielle et financière très importante. Puisque, de tradition, le président de la République peut impulser des « grands travaux », il parait clair que cette modification très sensible du mix énergétique sera situé à ce niveau de mes préoccupations. C’est une urgence écologique.

Elle implique plus de sobriété et d’efficacité énergétique. Certains se donnent des objectifs imprécis de sortie du nucléaire, sans dire quand ni comment, sans préciser par quoi remplacer les moyens actuels de production d’électricité et sans annoncer que le nucléaire supprimé sera remplacé par des énergies fossiles fortement émettrices de GES. Il y a actuellement plusieurs centrales à gaz en construction en France. Il me semble plus responsable de dire que je ferai évoluer le mix énergétique par les renouvelables. Je réaffirme par ailleurs avec force que le nucléaire doit être à 100% public.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Cette ambition est de diminuer dans 15 ans la part du nucléaire dans notre production énergétique. Cela suppose  bien évidemment en parallèle un soutien appuyé aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse de 2ème génération…), au niveau recherche et développement d’abord, mais aussi en termes d’incitation pour l’implantation de ces sources d’énergie, sans négliger de garder un œil sur les impacts environnementaux, notamment en matière de réchauffement climatique. Ce plan sur 15 ans représentera une chance formidable pour la filière du renouvelable, pour l’installer dans la durée et convaincre les plus indécis de ses  potentialités. C’est aussi l’opportunité de développer de nouvelles filières et les nouveaux emplois de la croissance verte. Nous devons organiser un véritable débat national, accompagné d’une information la plus objective possible. La transition énergétique est peut-être le plus grand défi du siècle qui vient. On ne peut y engager la France sans d’abord en débattre avec les Français.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

Le mix énergétique doit être transformé à travers deux volets, comme je viens de le dire : un soutien aux énergies renouvelables, ce qui passe naturellement par un soutien à la recherche et au développement en matière de stockage de l’énergie et en matière d’économie d’énergie, en particulier au niveau de l’habitat. Deuxième volet, le nucléaire, ce qui implique de fermer les centrales en fin de vie après avis de l’autorité de sûreté nucléaire. Un plan d’action qui doit, en parallèle, s’accompagner d’une vraie réflexion sur les dangers de la privatisation de la sécurité dans les centrales, et sur les moyens d’une information plus transparente et indépendante quant à la situation et à l’entretien des centrales françaises. Enfin, à l’export, la vente de centrales devra être réservé aux démocraties dotées d’une autorité de sécurité fiable et indépendante.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

Il ne faut pas cacher la vérité aux Français. Le prix de l’énergie ne peut aller qu’en augmentant, en particulier d’ailleurs le prix du nucléaire, surtout si l’on commence à s’engager sérieusement – et il le faut – sur la question du démantèlement des centrales, de la gestion des déchets, etc…, ce qui a un coût. Les énergies propres, de leur côté, peuvent également coûter très cher. Mais on peut les financer. C’est une question de volonté politique. On pourra utiliser une partie de la somme dégagée par la suppression des niches fiscales. Il faudra aussi instaurer une fiscalité écologique, avec une taxe carbone, y compris à nos frontières si les pays exportateurs ne respectent pas les engagements internationaux de réduction de gaz à effet de serre. Mais si des économies sont à faire, il ne faut que cela soit sur le dos des Français, notamment à travers les fluctuations du prix du pétrole. Je pense notamment aux ménages les plus modestes pour lesquels je propose d’instaurer des tarifs différenciés suivant la consommation : un tarif bas pour la consommation répondant à des besoins élémentaires et un tarif plus cher pour la consommation de confort. Quand il y aura des hausses trop importantes, il sera impératif de bloquer les prix ; quand il y aura une baisse des cours du baril, il ne faudra pas hésiter, si besoin, à contraindre les compagnies pétrolières à répercuter cette baisse sur les prix à la pompe. La transition écologique ne doit pas se faire au prix d’une asphyxie du pouvoir d’achat des ménages.

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Arnaud Montebourg : Politique énergétique

Les projections actuelles montrent que croissance économique et démographique entraîneront mécaniquement un doublement de la demande énergétique mondiale d’ici 2050 (pour atteindre 28 TW de puissance, contre les 14 TW mondiaux aujourd’hui). Par ailleurs, ce doublement de la production énergétique devra s’accompagner d’une diminution des rejets de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, afin de ne pas déclencher une crise climatique et environnementale, dans un contexte mondial de raréfaction probable du pétrole et de méfiance vis-à-vis du nucléaire (en Europe notamment).

D’un point de vue purement quantitatif, certaines énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien représentent chacune moins de 1% de la production énergétique française contre environ 30 % pour le nucléaire et 50 % pour les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). (source : Ministère de l’Ecologie, du développement durable, des transports et du logement)

>> Faut-il modifier ce mix énergétique et quelles politiques lancerez-vous pour cela ?

Oui il le faut. Nous sommes à la fois trop dépendants des hydrocarbures et du nucléaire. Mon projet est global : je défends une politique de relocalisation des activités, qui permettra d’économiser de l’énergie en réduisant le transport des marchandises. C’est aussi au niveau de l’habitat que se joue la partie, en favorisant la sobriété énergétique. C’est le premier pilier de la mutation écologique : limiter les dépenses d’énergie. En ce qui concerne la production, je souhaite augmenter la part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique, ce qui passe par un soutien à la recherche mais aussi à nos entreprises. Regardons les choses en face : en dépensant beaucoup moins pour la recherche que les autres grands pays, et en dilapidant l’argent public dans un Crédit Impôt Recherche aveugle plutôt qu’en orientant nos aides en faveur des programmes stratégiques, la France prend du retard. Pire, le gouvernement a sacrifié son industrie photo-voltaïque. Mais pour développer réellement une telle industrie, il faut une politique globale qui la protège : c’est pour cela que mon projet de démondialisation est une condition nécessaire pour pouvoir développer les technologies vertes en Europe.

À l’échelle mondiale, gaz et charbon représentent les 2/3 de l’électricité mondiale. En France, l’électricité est à 75 % d’origine nucléaire, et un débat a actuellement lieu partout en Europe sur cette source d’énergie.

>> Quelle doit être la source majeure d’électricité de demain en France ?

Cette question est vague, et la réponse ne peut être précise. Je souhaite que nous puissions réduire la part du nucléaire le plus vite possible. Mais cela ne doit pas se faire au détriment d’autres considérations tout aussi importantes : nos engagements de réduction des gaz à effets de serre, par exemple. Je ne crois pas que la surenchère à laquelle s’adonne certains candidats soit sérieuse : on ne sait pas quelles seront les technologies dont nous disposerons dans 20 ans en matière de production, de transport et de stockage d’énergie. Il me semble plus responsable d’expliquer ce que la France doit faire pour faire évoluer son mix énergétique que de fixer un objectif arbitraire sans se donner les moyens de le réaliser.

La France est incontestablement l’un des leaders mondiaux dans le nucléaire, mais est plus en retrait sur des domaines porteurs comme le solaire (par exemple). Cette avance sur le nucléaire est en grande partie due à des investissements massifs de l’État.

>> Quel plan de recherche et de développement envisagez-vous en matière d’énergie ? Comment voyez-vous les rôles de grands acteurs traditionnels publics comme privés (Commissariat à l’Energie Atomique, Electricité De France, …) ?

D’abord, je souhaite que tout ce qui concerne le nucléaire soit à 100% public. La catastrophe de Fukushima est en partie due au fait que TEPCO est un opérateur privé, l’œil rivé sur son cours de bourse, qui a refusé d’entendre les avertissements qui étaient envoyés par des scientifiques. La privatisation à laquelle le secteur énergétique est livré est catastrophique pour notre sécurité.

La recherche sur les énergies a besoin d’un soutien plus important, mais aussi plus ouvert. La concentration des moyens sur quelques thématiques considérées comme prioritaires est un leurre. Cela a conduit à mettre l’essentiel des moyens sur certaines perspectives technologiques, pendant que d’autres pistes sont à l’abandon. Ne répétons pas les erreurs du passé : c’est une recherche ouverte sur toutes les pistes qu’ouvre la créativité scientifique qui doit être encouragée. Par ailleurs, la recherche fondamentale a besoin d’un soutien beaucoup plus fort, car elle peut donner naissance à des ruptures technologiques dont nous avons besoin pour répondre à nos problèmes énergétiques. La question du stockage de l’énergie, très complexe, ne sera probablement pas résolue sans avancées majeures de la recherche fondamentale.

Les ressources énergétiques et leur prix ont de toute évidence façonné notre mode de vie et notre économie. Par exemple, le développement de l’automobile n’aurait pas été possible sans un pétrole relativement peu cher.

>> Comment conserver une énergie bon marché et aussi propre que possible ?

La question n’est pas seulement celle du prix de l’énergie, c’est aussi celle du niveau de consommation. Il faut sans doute se préparer à une augmentation du prix de l’énergie. C’est pour cela qu’une politique ultra-libérale serait désastreuse. Il faut accompagner les ménages pour qu’ils puissent dépenser moins d’énergie : la précarité énergétique des ménages est très grave. Ensuite, je propose d’instaurer des tarifs différenciés suivant la consommation. Un tarif bon marché pour la consommation d’eau et d’énergie couvrant les besoins élémentaires de chacun. Au-delà d’un certain seuil, une fois les besoins élémentaires couverts, libre à chacun de consommer plus pour son confort, mais dans ce cas il faudra payer plus cher le surplus de consommation. Au-delà d’un deuxième seuil, un dernier tarif serait mis en place, pour les consommations luxueuses.

Mais pour tout cela, il faut reprendre le contrôle de notre économie, qui est aujourd’hui aux mains des spéculateurs, jusqu’au marché du carbone.

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