Votons pour la science

Parlons d'avenir. Parlons de science.

Innovation

Innovation et R&D

Nicolas Sarkozy : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Depuis 2007, nous avons engagé dans ce domaine une action sans précédent. C’est l’un des chantiers les plus importants du quinquennat. Les résultats commencent à se faire sentir : malgré la crise, la part de R&D dans le PIB a progressé, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays européens. Les dépenses de R&D ont augmenté de 11% entre 2007 et 2010 et ont atteint en 2010 2,26% du PIB, soit le plus haut niveau enregistré depuis 1996. Les 9 Mds€ apportés au secteur sur la période ont en particulier permis à la France d’atteindre l’un des niveaux d’investissement dans la recherche publique (0,88 % du PIB en 2010) les plus élevés de l’OCDE. De plus, cet accroissement de la recherche publique a eu un clair effet de levier sur les dépenses de R&D des entreprises qui sont aussi reparties à la hausse malgré un contexte économique très difficile: l’intensité de R&D des entreprises a augmenté de 5% depuis 2007 après avoir baissé lors du quinquennat précédent.

Par ailleurs, avec les investissements d’avenir, nous consacrons 35 milliards d’euros à des secteurs stratégiques : l’enseignement supérieur et l’innovation, les industries de demain, les PME, les technologies du développement durable et l’économie numérique.

Le lancement de la deuxième phase des pôles de compétitivité a aussi permis d’investir plus d’un milliard d’euros dans les projets de R&D.

Cet effort de l’Etat doit absolument être poursuivi.

Mais pour atteindre les 3%, nous ne pourrons compter sur les seuls investissements  publics. Il faut donc que le secteur privé, les entreprises, contribuent davantage à la recherche et à l’innovation qu’ils ne le font aujourd’hui. Il faut également renforcer la culture de la coopération entre recherche publique et privée.

Les réformes engagées depuis 2007 ont créé un environnement propice à l’innovation au plus haut niveau mondial.

La réforme du CIR en 2007 a doté la France de l’outil fiscal le plus avantageux et a fait de la France l’un des pays les plus attractifs en matière de recherche et d’innovation. Le CIR permet de démultiplier les coopérations public/privé : depuis 2007, le nombre d’entreprises bénéficiaires du CIR confiant de la R&D à des organismes publics a augmenté de 61%.

Les investissements d’avenir  donnent un coup d’accélérateur à la coopération entre  recherche publique, recherche privée et industries. Les 4,45 Mds€ consacrés à la valorisation de la recherche dans le cadre des Investissements d’Avenir permettront de faciliter les transferts de technologies public/privé, notamment grâce à la mise en place des Instituts de recherche technologique (IRT), des Institut d’Excellence dans le domaine des Energies Décarbonées (IEED), et des Sociétés d’Accélération du Transfert Technologique (SATT).

Le combat pour libérer notre potentiel d’innovation commence à porter ses fruits comme en témoigne la nette reprise des dépôts de brevets (+ 2,9% en 2010) et la montée en puissance de la coopération public/privé (38% des brevets du CNRS sont d’emblée engagés avec un industriel).

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Pour que les PME soient aussi un lieu d’innovation, je m’engage à ce que le crédit-impôt recherche soit avancé aux PME ayant des difficultés de trésorerie, pour éviter que des contraintes de financement ne les bloquent dans le développement de projets innovants.
Je propose également d’engager une simplification réglementaire, dont les PME seront les premières bénéficiaires: pour toute norme nouvelle créée, deux normes seront supprimées.

Enfin, pour dépasser l’opposition PME / grands groupes nous devons favoriser une logique collective de développement économique en conditionnant les aides publiques à l’export dont bénéficient les grands groupes (assurance-crédit COFACE ; prêts concessionnels pour l’essentiel) à des engagements concrets et contractuels pour emmener des PME avec eux sur les marchés mondiaux (mise en contact avec des clients potentiels, soutien administratif et juridique du bureau local du grand groupe). De cette manière, nous développerons une véritable solidarité entre les entreprises françaises au service du rayonnement de notre secteur industriel.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Il n’y a pas à choisir entre les deux options, qui sont complémentaires. Les universités ont vocation à devenir des centres de recherche autour desquelles gravitent tout un écosystème d’entreprises innovantes. C’est un nouveau modèle de croissance fondé sur le savoir qui est en train de prendre forme, à la faveur de la LRU de 2007 et des investissements d’avenir.

Le principal instrument pour renforcer le lien entre recherche et économie, ce sont les sociétés d’accélération des transferts de technologies que nous avons créées. Au nombre d’une dizaine, elles ont été dotées par le « Fonds national de valorisation  » de près d’un milliard d’euros.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

L’innovation doit être soutenue partout sur le territoire. C’est l’une de clefs majeures de la croissance. L’État soutient l’innovation, par des dispositifs fiscaux, des aides directes ou la création de pôles de compétitivité, mais c’est aux entreprises et aux laboratoires de conduire leurs travaux de recherche et de développement comme ils l’entendent. Ce n’est pas au pouvoir administratif de dire aux entreprises ce qu’elles doivent faire. Le rôle des pouvoirs publics est de mettre en place l’environnement le plus favorable possible pour qu’un maximum d’initiatives puissent être développées.

Ajouter un commentaire

Marine Le Pen : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Je suis contre cette présentation du problème. Les indicateurs statistiques, par nature, sont parfaitement manipulables. On ne doit pas d’abord mesurer cette dernière au moyen d’outils quantitatifs mais qualitatifs. Ce n’est pas parce que vous pouvez mettrez ensemble de très bons chercheurs et que vous leur donnerez des sommes très importantes, qu’ils vont trouver. Comme disait le Général de Gaulle : « des chercheurs qui cherchent on en trouve mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ».

Deuxièmement, l’approche quantitative ne permet nullement de distinguer ce qui est de la vraie D de ce qui est de la fausse R&D. En ce domaine, les possibilités de maquillage et de dissimulations sont nombreux. On l’a vu avec le crédit impôt recherche voté en 2008 dans le cadre du plan de relance programmé par Sarkozy1 pour parer aux conséquences de l’effondrement boursier de septembre 2008 et de la crise économique et financière de 2008 – une crise économique qui, soit dit en passant n’était que la conséquence directe des principes dont se réclamait Nicolas Sarkozy et de la stricte application des principes ultralibéraux que lui-même prétendait mettre en œuvre pour sortir la France de l’ornière : dérégulations à tout va, limitations des droits d’enquêtes dans le domaine des avocats d’affaires, facilitation de la circulation monétaire, remise du pouvoir économique aux banques centrales et à la FED, vente massive des réserves d’or des banques centrales. Les Français en ce domaine comme en d‘autres ont bien souvent la mémoire courte. Rafraichissons leur la mémoire s’il le faut. Et rappelons leur que c’est bien ce même Nicolas Sarkozy qui, alors même qu’il était ministre des finances et du budget en 2003-2004, a vendu 600 tonnes d’or au prix dérisoire de 350 $ l’once alors qu’il est aujourd’hui à 1700$. C’est Nicolas Sarkozy qui, en cinq années de présidence, a augmenté la dette de la France de près de 500 milliards d’euros. Nicolas Sarkozy a de ce point de vue eu une responsabilité majeure dans la dégradation de la situation économique et financière de la France. Les politiques  qu’il a cherché à « mettre en œuvre » pour sortir la France de cette crise économique et financière loin d’améliorer la situation n’ont fait que l’aggraver. Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde ont du reste été les premiers à nier de toutes leurs forces la gravité de cette crise et à prétendre la minimiser, affirmant sans vergogne fin 2008 que la crise était derrière nous,  expliquant à tout va en 2009  qu’on voyait le bout du tunnel, et racontant à qui voulait l’entendre en 2010 que ça y était, que la croissance était de retour et qu’on aurait bientôt 2% de croissance du PIB. On a vu que tout ça était totalement faux et mensonger. Mais comme toujours Nicolas Sarkozy, en illusionniste de première classe, a réussi à masquer ses mensonges et ses insuffisances en faisant croire aux Français qu’il allait relancer la France en mettant en place des programmes de crédit impôt recherche destinés à soutenir la recherche et développement. Quand on regarde de près ce qu’il en est de ce dispositif, on s’aperçoit qu’un certain nombre de ces prétendus crédits impôt recherche censés aider les entreprises dans leur effort de R&D ont été simplement des outils de maquillage comptable et ont permis de faire passer comme R&D des prestations qui n’en étaient pas du tout. Vaste fumisterie, ces prétendus aides à la recherche étaient en réalité destinées à tout autre chose et ont surtout permis aux entreprises de toucher des subventions – théoriquement interdites par Bruxelles – déguisées.

L’approche quantitative me semble donc totalement insuffisante pour répondre à la question de la performance économique et du pouvoir d’innovation. C’est vrai que des pays comme la Suisse, la Corée du Sud consacrent une part importante de leur PIB à la R&D mais cela ne suffit pas à rendre compte de la performance de leurs entreprises en ces domaines. Avant tout, ce qui compte c’est l’organisation du système de recherche et développement et surtout la qualité du continuum enseignement supérieur/recherche fondamentale/recherche industrielle/exploitation commerciale. C’est la qualité de ce continuum qui fait la force de ces pays.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il existe en réalité au moins deux approches de la R&D. Une approche européenne et une approche américaine. Aux Etats-Unis, l’approche est principalement de type bottom/up – même si le schéma inverse existe aussi, notamment au niveau de la R&D militaire qui sous l’effet du poids du  complexe militaro-industriel demeure extrêmement importante et puissante. En Europe, l’approche est plutôt du type top/down. C’est le cas en France en particulier où l’on a depuis longtemps l’habitude d’avoir une politique très administrée, un pilotage de la recherche par le haut – même s’il ne s’est jamais réalisé pleinement dans l’esprit et à la hauteur des ambitions que souhaitaient voir lui donner les pères fondateurs du CNRS.

Je souhaite mettre sur pied une politique d’équilibre en donnant d’un côté d’importants moyens au Commissariat au plan/Haut conseil à la prospective que je mettrai sur pied dès mon investiture, et en laissant de l’autre côté beaucoup de liberté sur le terrain aux chercheurs pour que ceux-ci puissent aller au bout de leurs idées, développer à fond leurs projets, nouer en toute liberté d’authentiques partenariats, être déchargés des charges administratives superflues, être dégagés de la paperasse et du travail bureaucratique indu.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Votre question n’attend pas une réponse unique. On est typiquement dans des situations où le jugement doit s’exercer au cas par cas. A l’évidence, on ne peut demander aux universités de tout faire. La loi Savary de 1984 les a accablées d’une liste interminable de missions. Il fallait qu’elles participent à la cohésion du territoire national, au développement territorial, à l’égalité des chances, à la promotion de la diversité, à l’imposition de la démocratie dans les conseils d’administration… Cette loi qui a régi pendant plus de 25 années le monde de l’université a fait extraordinairement de tort à l’université. Elle continue aujourd’hui encore à en faire tant il est vrai qu’elle se subsiste à elle-même par delà ses amendements à la marge. Ne nous leurrons pas en effet, malgré la LRU la loi Savary demeure aujourd’hui encore bien vivante. De fait, la LRU s’est arrêtée au milieu du gué. Elle a introduit dans le monde universitaire une certaine logique ultra-libérale, via la mise en place d’un certain nombre de mesures de privatisation, l’ouverture des conseils d’administration au monde de l’entreprise, le tout dans un esprit finalement assez thatchérien mais avec 30 ans de décalage. On peut  se demander si ce modèle qui avait été expérimenté au Royaume-Uni sans du reste faire l’unanimité pour lui, était réellement adapté à la France. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui un certain nombre de matières fondamentales, des matières relevant des sciences humaines bien sûr comme la philosophie ou l’histoire, mais aussi des disciplines relevant des sciences dures comme la chimie, la botanique ou la biologie souffrent énormément aujourd’hui du fait de cette réorganisation du financement universités qui va de pair avec un authentique retrait de l’Etat.

Dans le même temps on n’a pas été jusqu’à libéraliser entièrement le système en autorisant par exemple la création d’universités privées. On ne peut toujours pas aujourd’hui en France créer des Stanford ou des MIT qui fonctionneraient entièrement sur financements privés. Cette manière de faire est typique de la prise de décision à la française. On prétend imiter les Etats-Unis mais en réalité on le fait mal, à moitié, ou de travers.

Vous soulevez la question du rôle de l’université dans l’innovation. Là aussi les mots sont piégés. Qu’appelez-vous innovation ? Qu’est-ce à vos yeux que l’innovation ? Pour répondre à ces questions encore faudrait-il s’entendre sur le sens à donner au mot innovation. Enfin l’innovation n’est rien si elle n’est pas suivie d’exploitation. Celle-ci passe nécessairement par des prises de brevets et la mise sur pied de solutions qui permettent de valoriser les découvertes et de favoriser leur rayonnement en essaim.

Cela ne sert à rien de faire de «la R&D», de « l’innovation » comme on dit dans la novlangue contemporaine, si c’est soit pour ne pas l’exploiter, soit pour la refiler à ses concurrents sitôt la découverte accomplie et le mystère percé.

L’innovation ne peut s’accomplir dûment que si elle se fait en bonne intelligence entre acteurs de la recherche fondamentale et acteurs de la recherche appliquée. Elle suppose qu’existe un sain partage des tâches, lequel partage des tâches ne peut à son tour fonctionner dûment qu’en étant fondé sur le critère de l’expérience. Là où ce sont les entreprises qui sont à la pointe du progrès, qui disposent de la capitalisation de la connaissance et de la maîtrise des circuits d’information les plus forts, il est tout à fait légitime que ce soient elles qui servent en quelque sorte de moteur, qui reprennent la suite des laboratoires d’État, qui créent des partenariats y compris même à des fins commerciales. Que Dassaut finance des expériences en haute technologie avec de l’électronique embarquée, Total en géophysique et en recherche et exploitation minière… ne me choque pas du tout et me semble au contraire tout à fait profitable. Cela sera bénéfique aussi bien à Total qu’aux différents acteurs de l’université concernés. Par contre, dans le cas inverse où les universités sont en pointe sur un domaine de recherche, il est normal que ce soient elles qui aient le leadership et que les entreprises appelées à travailler en partenariat avec elles ne viennent en quelque sorte qu’en second temps.

Le problème aujourd’hui en France, c’est qu’un grand nombre d’entreprises n’ont pas ou peu les moyens de faire des R&D sérieuses. Pour cette raison il est nécessaire qu’existe une recherche d’État forte et performante, qui puisse travailler dans la durée mais qui soit surtout excellente. Aujourd’hui on souffre surtout du fait que l’on a succombé à des logiques égalitaristes, démagogiques, liés à la massification. On a multiplié le nombre  des laboratoires, des maîtres de conférences, des chercheurs et des spécialités, ce qui fait que l’on a beaucoup de chercheurs très mal rémunérés, d’universitaires sous-classés, malheureux dans leur profession, dont un certain nombre qui n’ont plus ce sentiment de considération et de reconnaissance que pouvait avoir un Poincaré, un Painlevé, ou Picard et qui de fait sont enfermés dans leur petite marotte disciplinaire sans aucun rapport avec l’intérêt de la société ou même sans aucune prise en considération des conséquences économiques ou industrielles que pourraient avoir leurs travaux. On est dans des cloisonnements qui sont extrêmement préjudiciables et à la vitalité interne de la science dans l’université, à la circulation de la sève entre les différents rameaux et les différents branches de l’arbre de la science et à l’intérieur de ce continuum public/privé qui, dans tout Etat normalement constitué, devrait constituer la clé de voûte d’une politique d’innovation et fonctionner de manière relativement harmonieuse et naturelle. Là aussi le modèle Suisse pourrait beaucoup nous inspirer. C’est quand même un modèle qui a réussi une synthèse extrêmement intéressante entre une université de tout premier plan, en pointe sur bien des domaines et un tissu économique et industriel de première qualité. On ne compte plus aujourd’hui les entreprises suisses— pas uniquement dans des niches comme la finance, l’assurance ou les services bancaires, mais dans plusieurs secteurs clés comme l’horlogerie, les systèmes de télémétrie haute précision, l’industrie pharmaceutique, l’aéronautique – qui ont pu se développer en partenariat avec des très grandes universités que sont l’EPFL, l’ETHZ, etc.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

C’est tout à fait vrai. L’innovation, c’est d’abord le fruit d’initiatives décentralisées, individuelles, locales ; c’est le fait de gens passionnés par un sujet qui, dans leur coin, seuls souvent, font avancer la connaissance et progresser la science ; c’est le fait d’individus singuliers qui font de la recherche avant tout par plaisir, sans que rien ne les y oblige ; c’est le fait d’individus passionnés qui n’ont parfois même pas la qualification ou le titre de chercheur, et qui, pourtant à force de travail et de réflexion, finissent souvent par faire des trouvailles astucieuses et parfois même des découvertes importantes, voire majeures. Je rappelle que Pasteur lui-même n’était absolument pas un biologiste ou un médecin, mais un chimiste. Et que c’est précisément parce qu’’il était chimiste – et non médecin ou biologiste – qu’il a fait de grandes découvertes en médecine et en biologie. C’est là un fait tout à fait typique, et c’est quelque chose qu’il ne faut absolument pas perdre de vue. Aujourd’hui notre dispositif de formation et de recherche est beaucoup trop bureaucratique, beaucoup trop lourd, par suite beaucoup trop sclérosant.

L’exemple de Pasteur – et de tant d’autres après lui, de Pierre Curie à Louis de Broglie en passant par René Leriche – est là pour le montrer. Les souplesses au niveau du terrain sont absolument fondamentales. Là on rejoint la question de l’évaluation de la recherche. Celle-ci doit nécessairement mettre l’accent sur les réalisations concrètes et récompenser les découvertes faites par les individus. C’est la raison pour laquelle il faut mettre en place une réelle politique de bourses de recherche, bourses qui pourront être allouées sur des critères d’excellence et de qualité soit par le ministère de l’enseignement supérieur – éventuellement en partenariat avec le ministère des finances ou le ministère de l’industrie – soit en lien avec l’Institut de France (et l’une ou plusieurs des cinq Académies qui le composent). Ce dernier pourrait voir ses fonds accrus de manière à disposer des moyens de distribuer davantage de prix et surtout de montants plus élevés et avec une plus grande fréquence.

En procédant ainsi, on pourrait enfin vraiment, à partir d’un système d’évaluation objectif et neutre, récompenser les initiatives extraordinairement fécondes ou originales et aussi accélérer les carrières d’un certain nombre de chercheurs.

 

  1. Nous utilisons ici l’orthographe courante du nom de Sarkozy, plutôt que la forme minoritaire employée dans le texte qui nous est parvenu. []

Ajouter un commentaire

Nathalie Arthaud : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Votre question sur les PME semble indiquer que vous n’envisagez pas que la recherche puisse émaner d’autre chose que d’entreprises privées. L’idée que l’innovation serait le fruit naturel de géniaux petits entrepreneurs, et que le capitalisme serait donc en quelque sorte l’incarnation même d’un système économique qui la favoriserait, relève pourtant bien davantage du mythe que de la réalité. La recherche est aujourd’hui avant tout le résultat d’un immense travail collectif, nécessitant de moyens coordonnés à une échelle internationale.

D’ailleurs, lorsque les Etats-Unis, vexés d’avoir été devancés par l’URSS, voulurent se lancer dans la conquête spatiale, ils n’attendirent pas que quelque PME construise une fusée. Ils ne confièrent même pas cette tâche à une grande entreprise privée. Non, cet eldorado du libéralisme confia cette tâche à une agence d’Etat créée pour l’occasion, la NASA. Et aujourd’hui, quelle PME, ou même quelle multinationale, aurait pu ou voulu financer le CERN ? Quelle entreprise privée pourrait mener des recherches sur la fusion nucléaire ?

Les deux exemples que vous citez (Facebook et Google) démontrent en réalité l’inverse de ce que vous suggérez. Car si de telles PME ont fait preuve « d’innovation », c’est uniquement sur la base du protocole internet et des réseaux téléphoniques, toutes choses développées et installées à grands frais par les puissances publiques. Les milliards de profits et de capitalisation boursière de Google et Facebook ne sont que les dividendes privés que la recherche publique leur a gracieusement abandonnés.

Alors en effet, la recherche doit être une priorité pour l’Etat. Et la tendance actuelle, qui voit ses budgets sacrifiés sur l’autel du paiement des intérêts de la dette publique, devrait faire réfléchir les partisans de cette économie démente, où la « loi du marché » impose d’utiliser prioritairement d’arroser à fonds perdus des spéculateurs plutôt qu’investir les sommes indispensables dans la recherche pour permettre à l’humanité d’affronter les défis qui sont les siens dans les décennies à venir, en particulier sur le plan environnemental.

Ajouter un commentaire

Nicolas Dupont-Aignan : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Il faut stimuler les bons élèves à choisir les métiers scientifiques. La seule solution est de valoriser ces métiers dans la société et par les salaires et en favorisant la vocation (distinction entre recherche et enseignement).

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Nicolas Dupont-Aignan n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Les pôles de compétitivité ont permis de débuter une dynamique de partenariat entre tous les acteurs. Cette dynamique doit être renforcée par des passerelles entre les acteurs de la recherche, les entreprises et les acteurs de l’enseignement, mais dans des rôles bien définis et complémentaires.

L’ANR doit être remplacée par une Agence de R&D à l’intérieur des organismes de recherche, avec pour missions de soutenir les initiatives des laboratoires et de contrôler les aides publiques accordées aux entreprises faisant un effort de recherche comme en particulier le Crédit Impôt Recherche. Les financements de cette nouvelle agence dépendant des organismes de recherche ne doivent pas être effectués à la place des crédits donnés aux laboratoires ou des salaires. Cette Agence de R&D doit être une source de financement après évaluation nationale pour des projets de recherche supplémentaires. La possibilité est donc conservée de financer des recherches sur projets pour inciter l’invention et l’innovation.

Cependant, cette recherche doit être complémentaire mais en aucun cas se substituer à la recherche « à tâtons dans l’obscurité ».

L’enseignement et la recherche doivent être distincts, tant dans les carrières que dans les évaluations. Les organismes doivent retrouver leur rôle fondamental d’organisation de la recherche, au service de l’Etat, regroupant les instituts créés récemment par thématiques, en leur redonnant la gestion de l’activité de recherche des laboratoires et des personnels.

L’université doit avoir un rôle important dans la transmission de la connaissance mais ne doit pas exclure toutes les autres composantes de notre système national d’enseignement supérieur qui lui sont complémentaires, comme les IUT et les grandes écoles. La loi d’autonomie (LRU) doit par conséquent être complètement revue, en particulier en supprimant la mission 5 concernant l’Europe, en réduisant le rôle de son président et de son conseil d’administration à une dimension raisonnable et démocratique.

Les Ecoles Doctorales doivent avoir un rôle très important dans ce partenariat entre les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche par l’intermédiaire des laboratoires de recherche.

Enfin, il est essentiel d’établir des passerelles entre entreprises, laboratoires et établissements d’enseignement de façon à instaurer la confiance réciproque par la connaissance mutuelle. Par exemple, après évaluation des commissions concernées, ouvrir l’enseignement et la recherche publique, à des chercheurs industriels d’une entreprise privée souhaitant être en détachement temporaire dans le public.

Réciproquement, ouvrir, sur évaluation par les commissions concernées, un détachement temporaire d’enseignement ou de Recherche & Développement en entreprise à un ingénieur ou un chercheur du public.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Les chercheurs et les enseignants doivent être fonctionnaires, avec des grilles de salaires identiques, la proportion de ces deux activités, enseignement et recherche, devant être au choix au cours de la carrière après évaluation. L’évaluation doit procéder de façon similaire aux évaluations des EPST (rapport biennal, quadriennal et feuille annuelle très détaillée de l’ensemble de l’activité). Faire une évaluation distincte de l’enseignement et de la recherche. Le système de primes doit être supprimé afin de retrouver l’esprit d’équipe de la recherche. A la place, une réévaluation des salaires doit être instaurée pour atteindre des niveaux européens. La légion d’honneur doit être donnée aux lauréats français du prix Nobel et de la médaille Fields.

Ajouter un commentaire

Jean-Luc Mélenchon : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Au total, si l’on se réfère aux lois de finance successives, ce sont 3 milliards d’euros de financements publics qui servent chaque année à subventionner la recherche des entreprises : crédit d’impôt recherche (plus d’un milliard d’euros) et autres exemptions fiscales, concours national de la création d’entreprise, Centres Régionaux d’Innovation et de Transfert de Technologie, plateformes technologiques, actions de l’ANVA, aides des ministères techniques à la recherche privée, bourses de thèses en entreprise, dispositif Jeunes entreprises innovantes, apport en capital de l’État au profit de fondations dominées par les grandes entreprises privées (cf. les neuf Fondations de recherche privées en voie de création suite à la loi d’août 2003 sur le mécénat et les fondations : les entreprises apportent un capital que l’État double – par exemple la Fondation de recherche « Cœur et artère », sur les maladies cardio-vasculaires, regroupant, Bonduelle, Mac Cain – frites et pizza… –, Sanofi, Auchan ; ou la Fondation « TICS », chargée des recherches sur les effets des champs de radiofréquence sur la biologie et la santé, qui aura pour principaux partenaires Orange, Bouygues Telecom, Cégétel, Alcatel et Sagem…). La tendance s’accentue ces dernières années, dogme libéral oblige. Dans la plupart des cas, l’État débourse sans même prendre en considération le contenu et l’orientation des recherches : la mise de fonds dans les fondations et surtout le Crédit impôt recherche sont caractéristiques d’une telle distribution à l’aveugle de l’argent des contribuables, sans évaluation scientifique, technique, sociale et environnementale des subventions accordées.

Il faut en finir avec cette situation. Dans cette perspective, la priorité est non seulement d’augmenter les moyens de la recherche publique, mais également d’en reformuler et d’en élargir les missions par rapport à la loi de 1982, qui s’en tient à envisager une mission de formation, une mission d’appui à l’innovation marchande, et à entériner une vision surannée du savant éclairant la société en diffusant la « culture scientifique et technique ». Nous défendons ainsi une vision plus large de l’appui à l’innovation, qui doit être considérée comme une co-production des technologies et des savoirs plutôt que comme un « transfert » du fondamental vers l’appliqué. L’appui à l’innovation doit également et nécessairement être conditionné à des critères de développement social et écologique durable ; il doit être élargi pour inclure la créativité et la production de bien commun par des innovateurs à but non lucratif et à modes alternatifs (mutualiste et ouvert) de propriété intellectuelle – par ex. réseaux de recherche et innovation en logiciel libre, réseaux de santé environnementale, réseaux paysans de sélection participative de semences, etc.

Il est urgent également de définir des objectifs socio-économiques clairs pour le financement public de la R&D privée, afin de contrôler drastiquement les effets (et, le cas échéant, de supprimer) des financements directs d’entreprises (cf. crédit d’impôt recherche) qui « achètent » ensuite de la recherche publique par contrat avec un laboratoire. Les financements publics doivent être placés sous conditionnalité sociale et environnementale, et critérisés en fonction de programmes technologiques nationaux, par exemple par la création de Réseaux de Recherche et d’Innovation Technologique sur des programmes tels que les énergies renouvelables, l’agriculture écologique ou la santé environnementale.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Quant au développement en France d’un tissu de PME technologiques : les PME-PMI sont le cœur vivant et le poumon productif de notre économie ; elles sont aussi les plus créatrices d’emploi. Le soutien de l’État et des pouvoirs publics aux PME-PMI sera donc renforcé.

Les premiers besoins des petits entrepreneurs, ce sont la stabilité, la prévisibilité et l’activité. La politique du Front de Gauche est une politique de relance de l’activité, fondée sur l’instauration d’un cercle vertueux entre salaires, consommation et emploi, et articulée autour du grand défi que nous nommons planification écologique. Nous voulons mener une politique systématique de relocalisation de notre économie : les PME doivent en être les acteurs prioritaires. C’est pourquoi la puissance publique doit les aider à sortir de la dépendance vis-à-vis des grands groupes qui leur imposent des conditions socio-économiques intenables : si les donneurs d’ordre peuvent pratiquer le chantage aux délocalisations dans les pays à bas coûts, c’est parce qu’il n’existe aucune protection réelle susceptible de réaligner par le haut les normes sociales et environnementales. C’est tout l’objet du programme du Front de Gauche.

Par ailleurs, la création d’un grand pôle financier public, avec ses antennes locales, permettra également de desserrer les contraintes du crédit bancaire, donc rendra possible pour les PME (notamment celles dont le potentiel technologique est fort, et qui ont les problèmes de trésorerie les plus importants) d’emprunter à des taux très bas pour se développer. C’est là le préalable nécessaire à tout projet de développement d’un tissu dense de PME technologiques. Ce développement sera de toute façon le corollaire nécessaire de la planification écologique que nous mettrons en place, immense défi potentiellement créateurs de millions d’emplois qualifiés : les PME seront appelées à se développer en tant notamment que relais et destinataire de la commande publique. Le pôle financier public fournira par exemple un crédit bonifié aux entreprises pour l’emploi, la formation, la recherche et le développement, sur critère d’utilité sociale et environnementale des investissements et de la production, et soutiendra les politiques d’investissement des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles. C’est tout le visage de notre tissu industriel productif qui sera transformé et redynamisé par la transition de nos modes de production, de consommation et d’échange.

Ainsi notre ambition est-elle d’investir massivement dans les domaines clés de la transition écologique, du développement humain durable et de la santé publique, notamment par le cadrage des financements publics de la R&D en direction d’orientations technologiques vectrices de progrès social et environnemental : énergies renouvelables ; démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie et traitement des déchets ; transition écologique de l’agriculture ; santé environnementale, toxicologie, épidémiologie et biomédecine curative ; chimie et ingénierie vertes ; affirmation de stratégies de filières dans des secteurs émergents et stratégiques (réduction de la consommation d’énergie par l’isolation du parc ancien des bâtiments, développement du ferroutage et des transports collectifs, aménagement des espaces de vie, etc.) ; relocalisation de secteurs industriels vitaux (acier, raffinerie, pâte à papier, médicaments, constituants de l’industrie agro-alimentaire, etc.) ; grand projet de déclinaison marine des méthodes de la conquête spatiale (axe d’investissement prioritaire pour notre projet de planification écologique), en profitant du deuxième espace maritime du monde : recherche sur la biodiversité et l’écosystème marins, développement des moyens d’observation (réseaux de balises et de robots en eau profonde), d’exploration (vaisseaux d’exploration océanique, sous-marins profonds, mais aussi développement de véritables stations sous-marines permanentes), de surveillance et de protection de la mer, transition écologique des techniques de pêche, recherche agronomique, culture des algues et identification des protéines issues de la mer, exploitation (non prédatrice sur l’environnement) des immenses gisements énergétiques des mers.

Bref, les PME technologiques sont appelées à devenir les acteurs centraux de la planification écologique qui constitue le cœur de notre programme. Dans cette perspective, nous abolirons les pôles de compétitivité qui concentrent les activités sur quelques lieux selon une mise en concurrence aveugle des territoires, au profit de la constitution de pôles de coopération permettant de mieux lier recherche, formation, production et emploi. Dans ce cadre, nous créerons des pôles publics de l’industrie à l’échelle territoriale. Ceux-ci rassembleront les partenaires publics et privés de ces territoires et travailleront en liaison avec les forums citoyens des sciences et de la technologie ou d’autres instances de recherche, en permettant l’embauche dans ces pôles de titulaires du titre de docteur et en faisant reconnaître ce titre dans les conventions collectives. Sur le modèle du CNRS, nous créerons un établissement public de recherche technologique et industrielle s’appuyant sur les structures existantes.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Le Front de gauche n’a pas répondu spécifiquement à cette question.

Ajouter un commentaire

Eva Joly : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

En tant qu’écologiste, il me faut souvent répéter à mes interlocuteurs que les solutions aux grands problèmes qui affectent la planète et l’humanité sont politiques avant d’être techniques ; il n’en reste pas moins que la recherche et l’innovation ont un rôle considérable à jouer pour faciliter la transition vers une société écologique. Le tissu industriel de la France est aujourd’hui axé en majorité dans des activités peu innovantes et de milieu de gamme : un développement fort de l’innovation écologique facilitera la reconversion des industries anciennes comme l’automobile, et limitera notre exposition à la concurrence internationale.

Les dépenses de R&D doivent donc s’accroître, et le public comme le privé en prendre leur part. Je souhaite tout d’abord augmenter l’effort public de recherche civile : cela peut être financé avec un coût très faible pour les finances publiques en réorientant une partie du Crédit d’Impôt Recherche et une partie des budgets affectés à la recherche militaire et aérospatiale. Et je souhaite créer les conditions d’un développement fort de la R&D privée, point faible historique de la France. Pour cela, le levier majeur n’est pas de déverser l’argent public sur toute activité estampillée « recherche » (même si elle concerne la banque ou l’assurance!) comme l’a fait le gouvernement avec le Crédit d’Impôt Recherche : malgré son coût annuel de 5 milliards d’euros, il profite essentiellement aux grandes entreprises et n’a pas généré d’accroissement tangible des investissements privés de R&D. Il faut au contraire favoriser l’émergence de PME innovantes. Il y a plusieurs leviers pour cela : la commande publique, qu’il s’agisse de réserver une partie des marchés publics aux PME (un « Small Buseness Act » à la française) ou de lancer des concours d’innovation ; une incitation fiscale mieux ciblée, avec des conditionnalités écologiques et sociales, et mieux évaluée ; et l’évolution culturelle que serait l’aptitude du monde de l’industrie et de la recherche à dialoguer de manière constructive. Ce dernier aspect est le plus difficile à concrétiser, car il suppose que chercheurs et entrepreneurs aient des accointances communes, donc ne soient pas issus de formations qui s’ignorent, alors que le système des « grandes » écoles pousse précisément à une telle dichotomie. La réforme de l’enseignement supérieur, avec le rapprochement des universités et des écoles, et une meilleure reconnaissance professionnelle du doctorat, participeront de cet objectif.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui, en particulier dans les nouvelles technologies – je pense à Facebook ou à Google, sont nés de presque rien, d’une idée, et en quelques années ont dépassé le stade de petite puis moyenne entreprise pour prendre la place mondiale qu’on leur connaît aujourd’hui. Pour ce faire, elles ont bénéficié tout au long de leur parcours des soutiens financiers qui ont permis et accompagner leur croissance. En France, les financements pour la R&D soutiennent principalement les très grandes entreprises, faute de PME innovantes et technologiques. A la différence de ce qu’on observe en Allemagne, les grandes entreprises françaises ne considèrent pas les PME avec lesquelles elles interagissent comme des partenaires à privilégier, à faire prospérer pour créer avec elles ce qu’on nomme parfois un « écosystème ». Au contraire, les PME françaises servent de variables d’ajustement aux grands groupes qui, en temps de crise, ont tendance à les sacrifier en croyant se préserver. Nous pensons qu’il s’agit là d’une politique totalement erronée et en tout cas qui manque de vision stratégique.

L’innovation est le fruit d’initiatives de terrain qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès. Il faut donc privilégier le soutien aux initiatives et ne pas pénaliser les erreurs. Les écologistes sont favorables à une nouvelle décentralisation. Nous souhaitons que les Régions aient un rôle accru en faveur de la recherche et de l’innovation. De la même façon, elles doivent jouer un rôle de plus en plus actif dans l’accompagnement de l’économie locale. C’est à ce niveau que pourront se développer des PME innovantes. Un des enjeux réside dans la constitution de réseaux régionaux qui mettent les acteurs en relation, qu’ils travaillent dans les laboratoires de recherche ou dans les PME. Il faut inventer de nouveaux métiers, par exemple celui d’ « interfaceur ». Les conseils régionaux pourraient recevoir la responsabilité de constituer ces structures d’interface dans le cadre de nouvelles compétences qui leur seraient dévolues, accompagnées bien sûr des moyens financiers ad hoc.  Et j’ai cité à la question précédente un train de mesures nationales qui apporteraient des soutiens forts aux PME innovantes.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

La R&D est du ressort des entreprises. Les universités ont d’autres missions à remplir, ne mélangeons pas les genres. Ce qui n’empêche pas de favoriser les relations et les rencontres, ou de permettre à des équipes d’accompagner une découverte sur la voie d’applications industrielles lorsqu’elles en ont la volonté et les capacités. Mais il ne revient pas à l’université ou aux organismes de recherche de se substituer à la R&D privée. Leur rôle principal est en amont, dans l’exploration des frontières de la connaissance, et dans leur contribution à la formation des cadres par la recherche. Faire des universités un lieu de formation majeur des cadres du pays est un impératif : la difficulté de l’industrie française à se tourner vers l’innovation n’est certainement pas sans lien avec le fait que seulement 10% des cadres du privé sont titulaires d’un doctorat alors qu’ils sont par exemple 30% aux USA.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Voir ci-dessus.

Ajouter un commentaire

Jacques Cheminade : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

La politique que je poursuivrai pour enrayer le déclin de notre recherche s’inscrit dans mes engagements précédents, qui en forment le cadre. Elle devra être soutenue par un effort de mobilisation en profondeur, commençant par l’école où, de manière beaucoup plus systématique, l’enseignement devra être fondé sur le développement des capacités créatrices de chacun, en faisant revivre pour tous les grands moments de découverte de l’histoire universelle. A l’Université et dans les grandes écoles, tous les efforts devront être mis pour rendre à nouveau attractifs les postes en sciences physiques. On ne peut continuer à former des mathématiciens qui deviendront administrateurs ou créateurs d’algorithmes en vue de spéculations financières ; il faut rouvrir les laboratoires et relancer l’industrie.

Je ferai également améliorer la situation des jeunes chercheurs, qui est aujourd’hui désastreuse. Je considère qu’une forte hausse du salaire des doctorants est nécessaire, d’au moins 30 %. Le salaire des post-doctorants devra être parallèlement accrû de 50 %, car aujourd’hui il est non seulement bas, mais son écart avec celui des doctorants est faible, alors qu’en Suisse, au Canada ou même ailleurs en Europe, le succès universitaire assure un avantage proportionnellement bien plus grand.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

L’environnement de croissance réelle, anti-spéculative, de mon projet sera par nature propice aux initiatives des PME technologiques innovantes. La création d’une banque publique d’investissement ou d’un pôle financier public, incluant les moyens actuels d’Oséo et de La Banque postale, avec un secteur spécialisé dans les PME innovantes, constituera le levier de développement de ce projet. Le nouveau pôle, avec des antennes régionales et départementales, pourra rentrer dans le capital des PME sous forme de nationalisations temporaires, afin d’en assurer la restructuration et le refinancement et/ou de reprendre les activités en danger, en vue de les restituer finalement au secteur privé. Le crédit d’impôt recherche devra être recentré sur ces PME innovantes qui en ont le plus grand besoin.

Les sociétés d’assurance seront tenues de respecter leur engagement de consacrer 2 % de leurs investissements aux sociétés non cotées, et les dispositifs de retraite complémentaire d’investir 3 % de leurs actifs en fonds propres de PME. L’on pourra ainsi réunir 4 à 5 milliards d’euros.

Il faudra également ramener de 33 % à 30 % l’impôt sur les sociétés pour soulager les PME, tout en prévoyant un taux réduit de décollage de 18 % jusqu’à un plafond d’un million d’euros de bénéfices mis en réserve par des sociétés réalisant moins de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Dans la logique de mon projet et de la révision des accords européens actuels, les PME doivent bénéficier de plein droit d’un accès de 25 % à tout contrat confié à une instance publique. Pour les PME de moins de 50 salariés, l’obligation des 35 heures doit être levée et les déclarations fiscales seront simplifiées, de même que les bulletins de paie.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

La recherche doit être plus étroitement associée à l’enseignement, car c’est son horizon naturel. Le CNRS rajeuni et musclé devra ainsi être réellement intégré dans le monde universitaire, lui-même responsabilisé par son autonomie. Le résultat auquel on doit parvenir est qu’à tout moment un professeur d’université ou de l’enseignement secondaire puisse devenir chercheur, sans recul de pouvoir d’achat ou de situation administrative, et qu’à l’inverse les chercheurs puissent se consacrer à l’enseignement, en faisant bénéficier les étudiants de leur « esprit d’hypothèse ».

Le lien CNRS-universités-entreprises devra être établi dans un ensemble au sein duquel chacun joue son rôle : ni « domaine réservé », ni empiètement sur celui de l’autre. L’ensemble universités-CNRS sera centré sur la recherche fondamentale, et les entreprises sur la recherche appliquée. Le pont entre les deux sera d’abord assuré par les étudiants, qui sont le meilleur vecteur du transfert de technologie : dès leur entrée dans la vie active, ils sont en mesure d’appliquer les découvertes, effectuées en équipe avec les enseignants, dans les entreprises qu’ils rejoignent. C’est pour cela qu’il est si nécessaire d’associer universités et CNRS dans un ensemble « recherche fondamentale », impliquant l’esprit critique des étudiants et « pariant » sur leurs applications des découvertes en entreprise après (ou pendant) leurs études. C’est dans ce contexte renouvelé que les pôles de recherche et d’enseignement supérieur (universités/CNRS ou autres organismes publics) et les pôles de compétitivité (universités/entreprises) pourront se fertiliser, à condition que les impératifs de recherche fondamentale des uns soient séparés des impératifs de recherche appliquée des autres.

Les professeurs d’université et les chercheurs du CNRS pourront se voir accorder, par ailleurs, la possibilité d’intervenir une journée par semaine comme consultants dans les entreprises : ce sera le second pont. L’ouverture vers l’extérieur pourra être complétée par la possibilité de prendre un congé sabbatique d’un à deux ans tous les dix ans, pour étudier dans leur domaine ou dans des domaines complémentaires du leur.

Le CNRS ne doit pas être démantelé et morcelé en instituts monodisciplinaires, mais rajeuni et musclé avec toute la richesse d’une approche pluridisciplinaire. Je ne laisserai pas convertir le CNRS en une « agence de moyens ».

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Les initiatives décentralisées ne doivent pas être étouffées par l’action des pouvoirs publics (à l’exemple du contrôle abusif infligé aux travaux de Montagnier ou de Leroy-Beaulieu), mais ceux-ci doivent établir des lignes directrices. Il s’agit d’encourager et de suivre, mais pas d’encadrer.

Ajouter un commentaire

Martine Aubry : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Malgré les tours de passe-passe budgétaires, comme vous le soulignez justement, l’effort de la nation en matière de recherche n’a fait que décroître sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Il faut assumer que nous ferons de la recherche et de l’enseignement supérieur une priorité budgétaire, et redonner du souffle. Le court-termisme et l’utilitarisme qui caractérisent la politique de la droite depuis des années portent en germe le déclin : la recherche étouffe, asphyxiée par l’absence de vision politique, l’insuffisance des financements (la part de PIB consacrée à l’effort de recherche français a baissé de 10% entre 2002 et 2009), la précarité croissante et les injonctions autoritaires du pouvoir. Je remettrais des moyens humains. L’absence de création d’emplois et l’explosion de la précarité ont détourné de nombreux étudiants des métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur. Je mettrais en œuvre un indispensable plan pluriannuel d’emplois.

Au moment où, à travers sa politique universitaire et les modalités de distribution du grand emprunt, le gouvernement accentue les déséquilibres territoriaux ; au moment où il pervertit la notion d’autonomie pour organiser une mise en concurrence généralisée, masquer le désengagement financier de l’Etat et accroître la dépendance des Universités et des laboratoires de recherche  à l’égard de fondations et d’officines gouvernementales et privées, nous devons réaffirmer la nécessité de privilégier les dynamiques de coopération territoriale dans l’hexagone, mais aussi, et peut-être surtout, au niveau européen.

Il faut également relancer la recherche privée : nos entreprises investissent beaucoup moins dans la recherche que celles de la plupart des pays avancés.

Nous avons longtemps été bien placée grâce aux grands programmes liés à la reconstruction et à l’autonomie industrielle et énergétiques qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, stimulée par la recherche menée dans le secteur de la défense. La recherche n’a cessé de diminuer depuis. Cette baisse est d’autant plus dommageable que, parallèlement, au cours de ces dix dernières années, les pays émergents (BRIC) et nombre de nos voisins européens, les Etats-Unis, le Canada, le Japon ont, au contraire, encouragé la recherche privée comme publique. Un exemple extrême est la Corée du Sud où les aides ont augmenté de 76 % en 10 ans. En France, depuis 2002, malgré des aides directes et fiscales de l’Etat en forte croissance avec l’évolution d’un Crédit Impôt recherche multiplié par 5 en 5 ans, ce qui nous place à un niveau d’aides le plus élevé au monde, les dépenses de recherche des entreprises ont stagné. C’est pourquoi les aides publiques à la recherche et à l’innovation pour le secteur privé devront être conditionnées à la croissance du financement propre des entreprises à la R&D, au renforcement du potentiel humain ainsi qu’aux échanges réciproques entre chercheurs publics et privés.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Un des principaux outils, aujourd’hui détourné de ses finalités, est le Crédit impôt recherche. Je propose de le recentrer sur les dépenses de R&D des PME de moins de 2000 salariés et vers les entreprises industrielles stratégiques et de souveraineté. Plus généralement, il est temps de rétablir de la justice fiscale entre les entreprises et d’encourager l’investissement productif. Je m’engage à moduler l’impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices dans l’outil productif. Je redonnerai également des marges de manœuvre à nos collectivités locales, qui sont les plus à même de décliner aux plus près des réalités du terrain les orientations nationales. C’est pour cela que la Banque publique d’investissement que je créerai sera déclinée sous forme de fonds régionaux, et dotée d’une agence des PME.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Une science qui progresse est une science qui marche sur ses deux jambes. Privée et publique, fondamentale et orientée : il est indispensable de favoriser les coopérations. Pour autant, les universités ne doivent pas devenir les sous-traitantes des entreprises et leurs relations doivent être équilibrées. Or, les grands groupes ont progressivement diminué la place des recherches fondamentales en amont des applications recherchées, ce qui a considérablement freiné les coopérations publics privé, ainsi que les échanges réciproques entre chercheurs du public et du privé. Aujourd’hui, le sous-investissement financier des grandes entreprises dans leur propre recherche se manifeste notamment par le faible recrutement des jeunes docteurs. Par comparaison avec leurs voisines allemandes, les entreprises françaises affichent un taux de docteurs de 13 % dans leurs équipes de recherche pour 53 % d’ingénieurs, soit trois fois moins que les Allemands et seuls 20 % de jeunes docteurs travaillent dans le secteur privé à la sortie de leur thèse. De plus, le titre d’ingénieur-docteur est mal reconnu et même fragilisé par l’obligation faite au CNRS de diminuer drastiquement le nombre de BDI, formation qu’il faudrait au contraire fortement encourager.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Les pouvoirs publics doivent savoir respecter la temporalité de la recherche. Nul ne peut prévoir à l’avance quelles seront les champs, les découvertes les plus prometteuses : c’est pour cela qu’il faut laisser les chercheurs chercher en garantissant des financements pérennes et en leur laissant le temps de trouver… ou de ne pas trouver d’ailleurs. Je l’ai dit, il faut libérer les chercheurs de la gangue bureaucratique insensée qui les enserre aujourd’hui. Je me suis amusée à faire une liste  – incomplète – des nouveaux sigles qui sont apparu depuis quelques années et qui se sont superposés aux anciens : ANR, PRES, EPCS, RTRA, RTRS, l’AERES, pôles de compétitivité, instituts Carnot, CIR, LRU, Alliances, opérations Campus, Labex, Equipex, IEED, IRT, IHU, Idex, PCRD, crédits Ademe, FUI

Plus personne n’y comprend rien, à part que cet empilement de dispositifs conduit à un gaspillage considérable d’énergie – tout le temps que passent les chercheurs à répondre à des appels d’offre et à se repérer dans ce maquis, c’est du temps qu’ils ne passent pas à chercher, qui les épuise et qui les exaspèrent. Il faudra simplifier, retrouver de la cohérence et de la sérénité.

Ajouter un commentaire

François Hollande : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Nous n’avons cessé de le dire, et je ne cesserai de le répéter. Je donnerai la priorité au soutien à l’innovation. Il faut soutenir davantage la recherche fondamentale, et, dans le même temps, favoriser le lien entre l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ainsi que la valorisation et le transfert de technologies. Il faut en finir avec toutes ces contrevérités que l’on distille autour de la grande réforme du quinquennat que serait celle des universités et de la recherche. Les dernières années  ont été, en réalité, celles d’un tour de passe-passe permanent consistant à faire passer pour des priorités budgétaires des baisses et des stagnations. On ment à nos concitoyens dans cette affaire. Il n’y a pas eu, en valeur absolue, de créations de postes dans l’enseignement supérieur et la recherche ces dernières années. Le budget reste loin des 3% du PIB annoncés, le Crédit impôt recherche a été détourné de son usage d’origine et le Grand Emprunt a créé une concurrence éhontée entre nos établissements.

Notre vision de la science, de l’université et de la recherche est différente. Il convient de rééquilibrer les dotations, en redonnant aux universités et aux grands organismes des moyens qui leur font aujourd’hui défaut. Dans le cadre du R&D, il faudra ré-orienter le Crédit impôt recherche, qui a trop souvent servi d’effet d’aubaine pour les grands groupes, vers les PMI-PME et les ETI  (il bénéficie seulement pour 23% aux PME et ETI, et 77% aux grandes entreprises) et en redéployer une partie pour les organismes et les Universités . Et il faudra, bien sûr, miser sur l’embauche des docteurs dans les entreprises, en commençant par faire reconnaître le doctorat à la fois dans les grilles de la fonction publique et dans les conventions collectives.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il faut remettre à plat le Crédit impôt recherche afin de le rediriger en priorité vers les PME, soit en les ciblant directement, soit en encourageant des entreprises de plus grande taille ayant des PME comme sous-traitants, dans le cadre de leurs activités de R&D. Pour y pourvoir, il faut réfléchir à la création d’un statut d’entreprise d’innovation et de croissance. Si le CIR finance la preuve du concept, les phases de maturation de l’entreprise sont trop peu soutenues. Je pense donc que dans le cadre de l’actuel effort financier, il faut compléter le Crédit impôt recherche par un Crédit impôt innovation qui permettra aux start-ups et aux jeunes entreprises innovantes de devenir des Entreprises de taille Intermédiaire. On peut faciliter les liens entre entreprises innovantes et laboratoires, en poussant notamment au recrutement de celles et ceux qui ont été formés par la recherche, qui sont souvent docteurs, et qui ont envie d’aller vers les PME innovantes. Regardons enfin comment faciliter l’accès aux commandes publiques, à la manière du Small Business Act aux États-Unis.

L’un des problèmes de la France, non résolu, est la croissance de ses PMI-PME: je propose, pour y remédier, de facliter la diffusion de l’innovation, de faciliter l’accès facilité aux crédits, de renforcer les fonds propres, notamment grâce à la mise en place d’une banque publique d’investissement, avec une délégation régionale, qui permettra de développer la croissance des PME-PMI à fort potentiel et d’en faire des ETI, créatrices d’emplois et performantes à l’export.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Il faut, en la matière, se méfier de tout dogmatisme. Une part de ce qui devient de l’innovation provient de découvertes issues de la recherche fondamentale, sans que cette innovation soit d’ailleurs toujours prévisible à l’origine, est a le plus souvent pour cadre le monde académique. Mais il n’est pas interdit à l’industrie de s’y mêler. Un bel exemple en est le laboratoire mixte entre Thalès et le CNRS, autour du prix Nobel Albert Fert. Et puis, il est évident que plus on se rapproche de la partie « développement », plus l’expertise industrielle a toute sa place. Mais attention. Il faut éviter ces situations, qu’on a vu récemment avec la recherche pharmaceutique, où l’on voit le gouvernement pousser les entreprises à sous-traiter une partie de leur recherche dans les laboratoires publics. Un message bien reçu par Sanofi-Aventis qui propose de financer des recherches mais qui, dans le même temps, procède à des licenciements massifs dans ses propres laboratoires. L’État ne doit pas encourager de telles attitudes. Les crédits publics doivent servir l’emploi et la création de richesses dans notre pays.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

Parmi toutes les informations qui me remontent du monde des universités et de la recherche, j’entends les critiques multiples qui fusent contre cet empilement accru de structures diverses, de directives à appliquer, de formulaires à remplir, dont la prise en compte est particulièrement chronophage pour les chercheurs. Il faut simplifier les structures et les procédures pour dégager du temps à consacrer seulement à l’enseignement et à la recherche. Il faut aussi, comme je vous l’ai dit, redonner aux universités, aux laboratoires, aux organismes les moyens de définir leurs propres politiques scientifiques. Il faut revenir sur tous ces financements de projets à court terme, qui n’incitent pas à la prise de risque, qui n’assurent pas les conditions de découvertes, mais qui enferment la recherche dans le conformisme. Enfin, accompagner ces essais-erreurs dont vous parlez, c’est aussi mettre en œuvre une évaluation digne de ce nom : non pas une évaluation sanction, faite de critères numériques absurdes basée de plus en plus sur des critères numériques réducteurs (comme le nombre de publications) et qui conduit à supprimer les financements des secteurs non immédiatement rentables, mais une évaluation soucieuse de comprendre les besoins réels des chercheurs, de les aider à créer des synergies avec d’autres équipes, voire de les soutenir pour réorienter un projet de recherche qui n’aurait pas abouti. Il faut vraiment n’y rien connaître pour percevoir l’échec comme une faute, alors qu’il s’agit d’une étape logique du travail scientifique.

Dans certains pays, l’échec lié à la prise d’initiative et de risque est même considéré comme un élément positif, dans l’évaluation d’un cursus professionnel. On en est loin.

Ajouter un commentaire

Arnaud Montebourg : Innovation et R&D

L’innovation scientifique est sans aucun doute l’une des clés des investissements d’avenir. Les recherches d’aujourd’hui sont les TGV et les Airbus de demain, pourvoyeurs de croissance sur le long terme. 

Les dépenses de Recherche et Développement, comptées en part du PIB, ont atteint leur pic en 1993 (2.4 %), puis elles ont baissé fortement entre 2002 et 2007 et pourraient même être descendues sous les 2% selon certains instituts étrangers (sources : Sénat, 2011 GlobalR&DFundingForecast pour les chiffres 2010). La France est bien loin des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud en part du PIB consacré à la R&D, et les objectifs européens pris en 2000 d’une part de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010 n’ont jamais été réalisés. 

>> Quelle politique suivrez-vous pour enrayer ce déclin ?

Vous pourriez ajouter les pays du nord, qui ont pour objectif de dépenser 5% de leur PIB en R&D ! Et aussi signaler que l’intensité de recherche a augmenté entre 1997 et 2002. La situation est en effet très inquiétante. Elle est le résultat de deux facteurs : un investissement insuffisant de l’Etat dans la recherche publique, et un investissement insuffisant du privé dans les entreprises. Pour la recherche publique, les crédits budgétaires civils de R&D sont tombés de 0,8% en 1993 à à peine plus de 0,5%. Dans le privé, les dépenses de recherche ont stagné en dollars constants depuis 2004. Pour atteindre les 3% du PIB, il va falloir cesser la prestigiditation dans laquelle le gouvernement excelle, à savoir annoncer les crédits importants (le grand emprunt) qui se substituent en fait aux dépenses budgétaires de recherche, comme la cour des comptes l’a identifié. Mon engagement tient en deux axes : des moyens supplémentaires, avec de vrais crédits budgétaires, mais aussi une révolution des mentalités. Si nous avons des dépenses si faibles en France, c’est que notre élite est pour l’essentiel formatée dans des écoles où on ne fait pas de recherche. Regardez les programmes de l’ENA : pas un cours ayant trait à la science, ni aux politiques de recherche. Quant aux écoles d’ingénieurs ou de commerce, même si elles ont commencé pour certaines d’entre elles à muscler leurs laboratoires, les étudiants pour la plupart n’y font pas de recherche. Résultat, que ce soit à la tête des administrations ou des entreprises, on trouve des personnes qui n’ont jamais travaillé dans un laboratoire. Il faut que les docteurs occupent une place plus importante dans les administrations et les entreprises, pour y jouer le rôle de « passeurs de recherche » : ils connaissent la recherche, savent identifier les laboratoires, peuvent suivre l’actualité scientifique, pour saisir les opportunités de développement de leurs entreprises quand des découvertes scientifiques sont faites, et peuvent se traduire en innovation.

Cette évolution permettra une utilisation optimisée des aides de l’Etat pour les entreprises, aides qui seront remises à plat. Le Crédit d’Impôt Recherche, par exemple, qui s’avère trop souvent être un effet d’aubaine et est très inefficace, sera réduit et concentré sur les PME et les entreprises participant aux grands programmes stratégiques. Il sera aussi conditionné, à partir d’un certain volume, à l’embauche de docteurs, les « passeurs de recherche » dont je parlais.

Enfin, du côté du public, je m’engage à augmenter les moyens significativement, en mettant en place un plan pluriannuel de 5000 créations d’emplois scientifiques par an, et en augmentant fortement  les crédits de base des laboratoires.

Certains géants mondiaux d’aujourd’hui dans les nouvelles technologies comme Facebook et Google sont nés de PME. Or en France, la R&D est principalement le fait de très grandes entreprises (voir par exemple http://www.invention-europe.com/Article626999.htm).

>> Comment faire en sorte que la France puisse développer un tissu de PME technologiques ?

Il faut déjà le vouloir. La réforme du Crédit d’Impôt Recherche a essentiellement profité aux grandes entreprises, de manière aveugle. Je souhaite à l’inverse que les aides de l’Etat bénéficient en priorité aux PME innovantes, aident les jeunes chercheurs qui le souhaitent à créer des entreprises. Mais encore faut-il les protéger contre la concurrence déloyale. C’est pourquoi je défends une politique économique dans laquelle la commande publique favorisera les PME européennes, et les aidera à grandir. Un exemple concret : le gouvernement vient de lancer un plan d’équipement des étudiants en tablettes tactiles, selon des modalités d’ailleurs contestables. Cela va uniquement profiter à Apple et Samsung, alors qu’il aurait été de l’intérêt de tous de réserver ce plan à Archos, entreprise française qui produit de très bonnes tablettes tactiles. Enfin, il faut que les banques se concentrent sur leur activité de base, le crédit aux particuliers et aux entreprises. Car je connais trop d’exemples de créateurs qui lancent de nouvelles activités économiques et ne reçoivent aucun soutien de la part des banques. Ma loi de sécurisation financière, qui passe par la mise sous tutelle des banques et la séparation des activités de dépôt et de spéculation financière, remettra les choses à l’endroit.

>> Quel doit être le rôle des universités dans l’innovation ? Les entreprises doivent-elles être le lieu de la R&D, ou doivent-elles préférentiellement financer la recherche (bourses, matériel …)  pour qu’elle soit faite à l’université ?

Les universités, en formant des étudiants confrontés aux savoirs les plus récents, en développant avec les organismes de recherche des laboratoires de recherche, jouent un rôle fondamental dans l’innovation. Mais elles ne doivent pas devenir les sous-traitants des entreprises, qui se débarrassent des activités de recherche qu’elles ne veulent plus faire. La situation est grave à cet égard : Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse que les entreprises transfèrent leurs activités de recherche au sein des laboratoires, notamment dans le domaine pharmaceutique. Au moment où il délivrait ce message aux grandes entreprises pharmaceutiques, Sanofi-Aventis licenciait 1300 chercheurs ! Je pense à l’inverse que nous avons besoin de laboratoires et d’universités fortes, et d’entreprises qui investissent dans leur propre recherche, afin qu’elles puissent nouer des collaborations équilibrées. Chacun a un rôle différent, des motivations différentes, qu’il faut respecter. Mais encore une fois, pour que cela fonctionne, il faut que les entreprises emploient des passeurs de recherche, qui permettront ces échanges fructueux.

Enfin, je souhaite que le financement des laboratoires soit indépendant des entreprises. Les conflits d’intérêts sont un fléau contre lequel on ne pourra lutter avec de simples déclarations, comme le gouvernement voudrait nous le faire croire. Si les laboratoires ont besoin des contrats industriels pour survivre, comment peuvent-ils publier des résultats qui seraient contraires aux intérêts dans leurs financeurs ? C’est une sujet très grave, car l’évolution du financement de la recherche ces dernières années est générateur de conflits d’intérêts, auxquels l’essentiel des chercheurs résistent par honnêteté. C’est très malsain et dangereux pour notre société.

De plus en plus, l’innovation est le fruit d’initiatives décentralisées qui impliquent une succession d’essais/erreurs pour que certaines parviennent au succès.

>> Comment concilier cette vision avec l’action des pouvoirs publics ?

C’est très important de comprendre, en effet, que la recherche, et l’innovation, ne sont pas des processus linéaires, déterministes. Il faut retrouver une culture du risque que nos gouvernants n’ont pas. Il faut reconnaître qu’il faut dépenser de l’argent pour financer de la recherche dans toutes les directions, et qu’on ne sait pas a priori lesquelles seront gagnantes. Or le financement actuel repose aujourd’hui le plus souvent sur des évaluations  a priori et pas a posteriori. C’est le cas pour les financements de l’ANR, les projets du grand emprunt, les pôles de compétitivité… C’est pour cela que je souhaite donner de l’argent directement aux laboratoires, qui sont la cellule de base de la recherche, pour qu’ils puissent se lancer au plus vite dès qu’une idée nouvelle émerge, quand il faut aujourd’hui attendre 1 à 2 ans pour qu’un financement arrive… si des jurys estiment que votre idée est bonne ! Ce mécanisme est contradictoire : comment les idées neuves, donc dérangeantes, qui sortent des sentiers battus, seraient-elles choisies ? Rien ne nous laisse penser qu’on aurait financé, avec le système actuel, un projet de recherche sur les défenses immunitaires d’une mouche (la drosophile), dont il s’est avéré plus tard, de manière spectaculaire, que les protéines qui oeuvrent pour sa défense immunitaire se retrouvent chez l’lhomme, ouvrant la voie à des traitements médicaux… et au prix Nobel de médecine pour Jules Hoffman et deux autres équipes ? Il est urgent de refaire confiance aux chercheurs, à les encourager à prendre des risques. Il en est de même pour les entreprises, qui doivent être encouragées à prendre des risques. Cela passe par le soutien du capital risque, le soutien de l’Etat par la commande publique des technologies européennes, et l’emploi des docteurs dans les entreprises.

Ajouter un commentaire