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Éducation scientifique

Éducation et culture scientifique

Nicolas Sarkozy : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Améliorer les résultats de la France à PISA suppose d’engager une profonde transformation de notre système éducatif, qui doit prendre la mesure des changements intervenus dans la société depuis une trentaine d’années et s’adapter à la diversité des élèves qu’il accueille. J’ai fait des propositions fortes en ce sens : développement de l’autonomie des établissements, y compris de l’école primaire ; redéfinition des missions des enseignants et revalorisation de leurs statut ; mise place d’un dispositif de repérage et de traitement de la difficulté scolaire en 3e maternelle et en CP ; passage du collège unique au collège pour tous, etc.
En ce qui concerne les sciences, il me semble essentiel de mettre fin à la suprématie de la série S, et des études scientifiques en général. Cette suprématie conduit en effet les élèves à choisir un parcours scientifique pour de mauvaises raisons (se retrouver avec « les meilleurs ») et à se détourner ensuite des sciences par la suite. Nous devons susciter au contraire des vocations de vrais scientifiques – dont nous manquons cruellement aujourd’hui.

C’est l’un des objectifs de la réforme du lycée général entrée en vigueur à la rentrée 2010 (premier baccalauréat « nouvelle formule » en juin prochain).

Mais il faut aussi agir en amont, et susciter le goût des élèves pour les sciences, en développant notamment une approche plus concrète : c’est le sens de la pédagogie de la « main à la pâte » à l’école primaire. Dans le prolongement de cette logique, nous avons développé, en partenariat avec l’académie des sciences, « l’enseignement intégré de science et technologie » au collège. Il s’agit d’une approche interdisciplinaire : les trois disciplines (physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, technologie) sont enseignées en commun.

Enfin, nous ne pourrons former le nombre d’ingénieurs dont le pays a besoin que si nous diversifions les voies d’accès au diplôme d’ingénieur. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un véritable « parcours technologique » qui pourrait permettre, à partir d’un baccalauréat STI – via un IUT ou une classe préparatoire technologique – d’accéder à une école d’ingénieur.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Ces inégalités ont tendance à se réduire, dans le cadre de la réorganisation de l’enseignement supérieur dont je parlais tout à l’heure. Les grandes écoles s’ouvrent de plus en plus aux étudiants de l’université, les passerelles entre les filières se développent. La réforme de la licence a en outre permis de revaloriser ce diplôme (plus d’heures de cours, enseignement plus généraliste). C’est en encourageant ce mouvement de décloisonnement que nous parviendrons à diversifier les voies d’excellence et à mettre fin à ce système trop hiérarchisé. Je ne souhaite pas en revanche une modification des frais de scolarité.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Tout citoyen devrait pouvoir se repérer dans l’univers de la science contemporaine, être sensibilisé à ses principales problématiques. Il s’agit là d’un enjeu majeur pour nos démocraties contemporaines. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la thématique de « la science au service de la société » fasse partie de la contribution française à la construction de l’espace européen de la recherche.

Pour faire progresser « l’éducation informelle » dans le domaine des sciences, je compte beaucoup sur « Universciences », issu de la fusion entre la Cité des Sciences et le Palais de la découverte, qui est devenu l’opérateur de référence dans l’animation du réseau des centres de culture scientifique et technique. Universciences a pour mission d’assurer la diffusion de la culture scientifique, notamment en développant une offre pédagogique en ligne.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Comme vous le rappelez, le rapport 2010 de la MIVILUDES reflète la préoccupation des pouvoirs publics quant aux potentielles dérives des médecines alternatives, notamment dans le cadre du traitement de certaines pathologies lourdes.

La MIVILUDES remplit donc pleinement son rôle de vigilance et d’information par la publication de son rapport annuel et de sa lettre bimestrielle comme à l’occasion des consultations que lui adressent quotidiennement les pouvoirs publics, les associations ou les particuliers.

En ce qui concerne les médicaments, le rôle des professionnels de santé, au premier rang desquels les pharmaciens, est prépondérant pour améliorer l’éducation thérapeutique des patients. Je pense notamment à l’usage des médicaments qui doivent être correctement utilisés. C’est pour cela qu’il est important que les médicaments soient distribués en officine, là où les patients peuvent bénéficier des conseils de professionnels de santé expérimentés.

C’est pour cette même raison que je suis contre la vente de médicaments sur internet. 50% des médicaments vendus par internet sont falsifiés et des millions de médicaments contrefaits sont saisis par les douanes chaque année. La contrefaçon et la falsification de produits de santé sont une grande menace, tant pour les patients que pour l’industrie de la Santé. Elles mettent en danger la vie des patients, remettent en cause leur confiance dans les produits de santé et le système de santé et, pour les industries, elles portent atteinte à l’emploi, à la recherche, à l’innovation ainsi qu’à l’image des entreprises.

L’éducation scientifique et thérapeutique des citoyens est donc primordiale pour que chacun soit sensibilisé aux opportunités et aux dangers des potentialités offertes par la science.

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Marine Le Pen : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Nous avons en France un système très particulier que l’on pourrait en première approche qualifier de système à deux vitesses. D’un côté un système assis sur des filières sélectives (classes préparatoires aux grandes écoles, grandes écoles, filières universitaires techniques et professionnelles type BTS, DUT, IUT, – filières initialement destinées aux élèves du technique mais qui par dénaturation et effet logique de lutte pour la vie ont fini par être accaparées par les élèves issus des filières générales), et de l’autre système construit sur des filières non sélectives (université), ouvertes à tous et gratuites. Les premières sont payantes, qualifiantes, formatrices, extrêmement  attractives, mais en même temps réellement sélectives ; les places y sont chères, mais elles donnent lieu à des emplois souvent sûrs, relativement bien payés ; les autres sont effectivement ouvertes à tous, sans critères quasiment de concurrence au départ, sans critère d’excellence à l’entrée. Du moment qu’on a son baccalauréat  – et ici, on retrouve la question fondamentale du baccalauréat conçu à la fois comme titre de fin de cursus censé valider la fin de parcours dans le cycle secondaire et comme grade universitaire, le premier de la hiérarchie des titres universitaires très précisément, celui qui permet d’entrer à l’université – on est sûr de pouvoir entrer à l’université.

Il faut savoir ce qu’on veut. Il est clair que dans une logique de redressement national, dans le cadre d’une politique de retour à la souveraineté, dans le cadre d’un projet de reprise en main de nos appareils d’État, il va nous falloir mettre en place des politiques d’excellence qui nécessairement supposeront de revoir notamment la question de l’orientation et de la sélection.  A l’université bien sûr tant il est vrai que le système ne pourra pas continuer longtemps à produire ainsi de la fausse monnaie universitaire. Mais aussi plus généralement peut-être dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Même si celles-ci continuent aujourd’hui  de plutôt bien fonctionner – encore qu’il y aurait beaucoup à dire pour certaines d’entre elles – même si la plupart d’entre elles continuent à l’évidence à produire des éléments de qualité, force est de constater que nombre d’entre elles ont tendance à enfermer les élèves dans des parcours tous faits, au détriment tant de leur épanouissement intellectuel, culturel et scientifique, que de leur épanouissement personnel et professionnel. Grosso modo, on sait bien que celui qui sort aujourd’hui de Centrale ou de Polytechnique va passer sa vie dans le développement de telle filière dans la distribution de l’électricité ou dans l’amélioration des transports ferroviaires, mais sa carrière est quasiment tracée à vie.

Cela n’est ni sain ni normal.  Cela produit en effet un esprit de corps, une élite fermée et sclérosée, suffisante et insuffisante selon le beau mot de Talleyrand. Ce système a été extrêmement préjudiciable à l’harmonie et au développement de la société française. Il a contribué au blocage de notre société en empêchant l’instauration d’une véritable méritocratie et la constitution d’une véritable aristocratie de l’esprit. C’est ce système qui fait qu’aujourd’hui – contrairement à ce qui se produisait il y a un siècle ou deux – et plus encore sous la royauté – les personnes issues de milieux plus modestes ou même éventuellement de l’étranger ne peuvent accéder à des postes à responsabilité en phase avec leur compétence effective et leur talent réel. C’est ce qui fait qu’à l’inverse des gens médiocres et sans imagination qui ne se sont donné d’autre peine que de réussir un concours à vingt ans ont leur carrière toute tracée pour le reste de leur existence et cumuleront indépendamment de leurs résultats et de leur compétence effective postes, honneurs, pompes, gloires et prébendes.

C’est ce système qui fait que les personnes qui passent aujourd’hui par les bancs de l’université ou qui par malheur n’ont pas eu la chance de réussir les concours aux grandes écoles au bon moment ou la bonne année se voient obligés de voyager le reste de leur existence en seconde ou en troisième classe, et de vivre comme dans les entreprises ou les administrations d’Etat comme des cadres de seconde zone, suivant des carrières médiocres et sans fard sans rapport aucun avec celle à laquelle ils auraient pu prétendre s’ils avaient eu ce fameux concours le jour J à l’heure H. Le drame aujourd’hui d’un X ou d’un centralien c’est qu’à 20 ans il a déjà terminé sa carrière grosso modo. Le système a en effet aménagé tout un ensemble de dispositifs pour lui permettre de suivre jusqu’à la retraite sa voie sur l’autoroute de la vie. Ce confort émollient est quadruplement destructeur : il tue le goût du risque, il favorise l’irresponsabilité, il détruit le sens de l’honneur, il anéantit le sens de la virilité. Il fait de l’X ou de l’énarque une sorte de cuistre d’autant plus persuadé qu’il sait tout qu’en réalité il ne sait rien. Il fait de lui un fat et un sot, persuadé qu’il est le meilleur et indispensable à la terre entière. C’est ce qui fait que notre industrie va si mal. Si nous avions à la tête de nos entreprises des Goodyear, des Louis Renault ou des Benz, notre économie se porterait bien. Mais nous avons des Jean-Marie Messier, des Alain Minc et des Louis Dreyfus. C’est que qui fait que nous courons d’échecs industriel en échec industriel et vidons peu à peu la France de son tissu industriel et productif. L’énarque le centralien ou le polytechnicien est persuadé aujourd’hui qu’il est au centre de l’univers et que le monde entier a les yeux rivés sur lui. Il ne conçoit pas que l’on ne célèbre pas matin, midi et soir ses immenses qualités et son talent pharaonique. Il est tout surpris de voir quand il se rend à l’étranger que personne ne sait ce que cela signifie réellement d’être ancien élève de centrale, de l’ENA ou de l’ESSEC.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Ce sont des matières et des filières différentes, avec des finalités différentes. Le grand drame dans notre pays, c’est que l’on a cassé l’université. Le grand mensonge socialiste et UMP, le grand mensonge du système UMPS, a consisté à vouloir faire croire aux Français que tout le monde avait droit à un diplôme. L’UMPS, par démagogie a laissé ce qui constituait hier nos universités d’élite se transformer en une gigantesque université de masse dans laquelle s’entassent des étudiants sans devenir et sans avenir. LE crime de l’UMPS en cette matière a été de laisser peu à peu l’université s’enfoncer depuis 1981 dans la médiocrité la plus généralisée.

Sortir de ce système nous demander beaucoup d’effort. Cela exigera de nous du sang, de la sueur et des larmes. A l’évidence il ne faut pas casser ce qui marche – grandes écoles, IUT. A l’évidence, il ne faut pas vouloir tout aligner sur un seul système (université comme veulent le faire les gens de la gauche, grandes écoles de commerce comme souhaitent le faire certains membres de la haute bourgeoisie d’affaire). A l’évidence il faut se garder ici comme de la peste des grands projets utopistes qui amèneraient à l’absorption générale des classes préparatoires par l’université ou à l’abolition des filières sélectives… Ces projets utopiques tous teintés d’idéologies plus délétères et dangereuses les unes que les autres se sont toujours heurtés à la réalité et ont toujours conduit à des catastrophes.

Il est vrai qu’il y a un système particulièrement injuste qui fait qu’aujourd’hui on n’a plus même une « reproduction des élites » mais un « clonage des élites ». Aujourd’hui, on est énarque de père en fils, polytechnicien de père en fils. C’est un échec majeur pour le principe méritocratique dont se targuent tant nos prétendus républicains progressistes. C’est la mise en faillite de ce système qui, sous la Royauté, l’Empire puis la Troisième République naissante permettait en amont la détection des talents, au milieu la promotion vers les écoles d’instituteur ou les lycées des villes de province, puis par capillarité vers les grands centres de formation qu’étaient les grands lycées parisiens. C’est ce système qui permettait jadis de détecter dès le plus jeune âge les talents et les compétences,  de les aider au moyen de bourses, de les orienter vers les établissements d’élite, de les récompenser via l’octroi de récompenses, de citations au tableau d’honneur, et in fine de faire fonctionner une réelle méritocratie qui permette au paysan du fin fond de la Creuse, au fils d’ouvrier issu des forges du Nord ou de la Lorraine… de finir à Polytechnique ou d’obtenir une thèse de doctorat.

Quels sont les moyens pour y parvenir ? Modifier les frais de scolarité — je suis résolument contre. Ce serait entrer dans une logique de financiarisation du savoir à laquelle je m’oppose résolument. Ce serait entrer dans une logique oligarchique à l’anglo-saxonne où seuls les plus aisés ont le droit de faire des études. Or c’est précisément ce modèle qui est en train de détruire à grande vitesse notre système de formation des élites et notre méritocratie à la française. C’est un système qu’il faut combattre avec force et résolution.

La vraie solution passe au contraire par un rétablissement de la méritocratie et l’abrogation de la loi de l’argent qui fait que l’on ne peut réussir que si l’on est bien né.

Je me battrai résolument pour que les frais de scolarité demeurent à un niveau raisonnable dans les grandes écoles. Je me battrai pour que les droits d’inscription à l’université demeurent extrêmement bas de manière à ce que toute personne qui le peut, le souhaite et le mérite — quelle que soit sa condition sociale — puisse accéder à l’enseignement supérieur. Il ne s’agit pas de dire que tout individu est nécessairement fait pour faire un bac +5, mais de permettre à tous ceux qui en ont le talent ou les capacités d’aller aussi loin que possible. Je me battrai parallèlement pour revaloriser les filières courtes, via le renforcement de l’apprentissage. C’est là en effet l’une des clés pour éviter précisément de subir l’engorgement universitaire que nous connaissons aujourd’hui après le baccalauréat. Je me battrai enfin pour rétablir le baccalauréat dans sa mission sélective et d’orientation, de manière à ce que les mentions soient des vraies mentions et qu’on arrête d’avoir un baccalauréat bradé comme c’est le cas depuis 20 ans.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

On disait dans les années 1910-1920, époque où 1% d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat, que le baccalauréat était ce qui permettait justement de former un honnête citoyen c’est-à-dire quelqu’un qui sache ouvrir le journal et comprendre ce qu’il lisait quel que fût le sujet traité. On en est très loin aujourd’hui. La révolution de mai 68 est passé par là et avec elle, l’entrée dans l’ère de la décivilisation selon le beau mot de Renaud Camus ou encore de ce que l’on pourrait appeler en termes plus sociologiques et anthropologiques l’ère de l’abrutissement collectif. Nous devons sortir précisément du système de décervelage et de développement d’un comportement moutonnier et grégaire qui a été promu et mis en avant depuis trois décennies par les médias, pour des raisons essentiellement spirituelles, civilisationnelles et géopolitiques.

Nous devons à nouveau former non seulement des étudiants mais des citoyens et des hommes qui soient des hommes complets, des hommes qui, dès le baccalauréat, puissent exercer la plénitude de leurs facultés d’adultes, c’est-à-dire une liberté de juger, une liberté de penser, une liberté d’agir qui fasse d’eux des acteurs de la vie et non pas des spectateurs passifs de leur existence. Ca c’est un aspect absolument capital de la question éducative.

La question qui se pose, ceci reconnu c’est la question du comment faire ? Il est évident que la grande tradition française s’est construite sur la base d’un équilibre disciplinaire. Il est certain que le raisonnement et la culture scientifique, les mathématiques et la physique, ont toujours été dans notre tradition deux éléments incontournables et sans doute fondateurs de la formation de l’esprit français — en tous cas ça fait partie de l’héritage français, du génie français. C’est un des domaines dans lesquels le Français s’est le plus illustré. Cela ne veut pas dire bien évidemment qu’il faille écarter les autres disciplines scientifiques de la ratio studiorum. On peut évidemment réfléchir à l’introduction dans le secondaire de disciplines nouvelles, comme le droit, la santé ou la médecine. On peut réfléchir à l’enseignement de la biologie, mais il faut absolument libérer ces disciplines de toutes les charlataneries et autres délires  idéologiques type « gender studies » qui sont venu littéralement polluer en quelque sorte de l’intérieur ces disciplines. Ces doctrines et ces théories relèvent en effet du pur et simple conditionnement mental et de l’authentique matraquage idéologique pur et simple. Donc là aussi il faut remettre l’objectivité scientifique à sa place, c’est-à-dire la première. En outre, il faut remettre aussi davantage les sciences dans leur perspective historique. On est  beaucoup trop allé ces derniers dans le sens d’une présentation purement formaliste des problèmes (de type Bourbaki en mathématiques). En réaction à ce qui était déjà perçu par les enseignants et les pédagogues comme le caractère desséchant d’une telle approche, les psycho-pédagogues ont poussé en sens inverse et au nom du principe de plaisir et du spontanéisme de l’enfant développé des approches excessivement ludiques de l’enseignement. Conséquence, on a produit des générations d’élèves qui n’avaient plus la capacité d’asseoir leur raisonnement ou ne disposaient plus des connaissances scientifique fondamentales qui leur permettaient justement d’approfondir leur culture et à terme de développer eux-mêmes leur sens physique, leur sens mathématique et leur capacité à poser des problèmes et à trouver eux-mêmes les solutions.

Concernant la question du rôle dévolu au service public audiovisuel, il y a là beaucoup à dire. Le service public de l’audiovisuel a incontestablement un rôle très important à jouer dans la vulgarisation et la diffusion des sciences en même temps que dans la formation aux sciences. Nous avons en France de très grands savants ; nous avons de très bons vulgarisateurs ; nous avons des écoles d’excellence dans un certain nombre de disciplines. Et pourtant, il n’y a quasiment jamais d’émissions scientifiques sérieuses sur les principales chaînes publiques, et a fortiori sur les chaines privées. Jamais on ne voit aux heures d’écoute d’émissions scientifiques qui soient à la hauteur de ce qu’est l’excellence française et le génie français dans les sciences depuis  quatre siècles. Je m’attacherai une fois arrivée au pouvoir à remédier à cet état de fait.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Le choix qui s’impose à nous c’est un choix entre vérité et objectivité d’un côté, et fanatisme et endoctrinement de l’autre. Qui dit vérité et objectivité dit unité. Qui dit unité dit retour à un État fort, à une verticalité du pouvoir, à une hiérarchie des principes, à une reconnaissance méritocratique des talents ; l’exact inverse en somme de ce vers quoi nous nous dirigeons. La société actuelle fonce à grande vitesse vers la tour de Babel multicuturelle, s’achemine chaque jour un peu plus vers une société totalement horizontalisée conçue sur le modèle américain ou mondialiste et dans laquelle l’Etat et la nation ne seront plus rien d’autre qu’une juxtaposition de communautés et un agrégat d’individus n’ayant plus rien d’autre en commun que l’appât du gain et l’intérêt pour l’argent. Ces logiques se traduisent par un culte du « tout tout de suite »  absolument contraire à la poursuite du bien commun. Parallèlement elles s’accompagnent d’une exacerbation des revendications ethniques ou communautaristes et conduisent à la mise en avant de discours  ou de théories qui n’ont rien voir avec la vérité scientifique, la vérité historique ou la réalité sociale.  On voit ainsi aux Etats-Unis pulluler les télévangélistes, les marchands de rêve, les illusionnistes de tout poil et autres gourous du bonheur. Avec des conséquences parfois dramatiques pour la société et les personnes qui les suivent.

Ce qui se cache derrière ce type de comportements ce sont soit des logiques identitaires et communautaires, soit des logiques culturalistes et économiques fondées sur l’exacerbation des signes distinctifs et la propagation à tous les membres du clan, par exacerbation du désir mimétique, des comportements et modes identifiés comme bons par le système.

C’est un phénomène typique de l’hypercapitalisme financiarisé. Dans ce système, les entreprises sont contraintes pour conserver leurs parts de marché, de s’engager dans des logiques de segmentation. Du coup on voit apparaître des problématiques qui n’auraient eu aucun sens il y a 80, 70 ou même 50 ans de cela. Problématique de la nourriture hallal ou casher, problématique des produits pour hommes ou pour femmes, problématique des enseignements ad hoc dont on fait la promotion uniquement parce qu’on sait qu’en fait derrière il va y avoir une addiction ou comportement économique qui va être économiquement rentable. On pense aussi au sponsoring, à la multiplication des acteurs et intervenants extra-scolaires au sein de l’institution scolaire, à l’intrusion toujours plus massive des prescripteurs de comportement dans les enseignements, à la prise de pouvoir des entreprises de restauration dans les cantines scolaires mais aussi à l’intérieur des préaux, via la multiplication des distributeurs de canettes, de bonbons ou de sandwichs. Demain on en viendra à programmer les contenus scolaires en fonction des intérêts des multinationales, à segmenter les programmes en fonction des segmentations commerciales fixées par les grands groupes, à hacher les cours et donc les horaires de la journée en fonction des impératifs (publicitaires, commerciaux, mercantiles …) fixés par l’univers marchand, à saucissonner la vie des individus comme on saucissonne aujourd’hui le émissions de télévision ou les films télévisés en les entrelardant de spots publicitaires.

Il y a là une dérive très grave qui n’a plus rien à voir avec la science et nous éloigne grandement des principes d’objectivité, de neutralité et d’impartialité de l’enseignement.

Contre ces tentatives d’endoctrinement à grande échelle des citoyens, il faut qu’on puisse retrouver des émissions dignes, sereines, avec des hommes extrêmement compétents, hautement sérieux, qui puissent s’exprimer et éclairer les écoliers et les collégiens. Il faut refonder notre système médiatique, non seulement en inventant une nouvelle manière de produire l’information et de diffuser les émissions mais aussi et surtout en donnant aux médias de nouvelles règles déontologiques, plus claires, plus précises et plus justes. Il faut repenser le repenser le financement des médias, en permettant à chaque sensibilité d’opinion de s’exprimer mais aussi aux hommes de compétence et de talent de ce pays de s’exprimer et de débattre aux heures de grande écoute. Il faut enfin permettre aux acteurs de la médiasphère de retrouver le goût de la lumière. Il faut que le citoyen français soit un citoyen éclairé et instruit.

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Nathalie Arthaud : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Sur ces sujets encore, la soumission de la vie sociale aux intérêts privés et à la loi dite du marché aboutit à une situation dramatique.

En plus des chiffres que vous citez, il convient de mentionner le fait que cette année, le budget consacré au paiement des intérêts de la dette (une dette creusée par le secteur privé, qui a appelé l’Etat à la rescousse avant de lui plonger la tête sous l’eau) va dépasser l’ensemble des sommes consacrées à l’éducation nationale.

Cela intervient dans un environnement social où les croyances et les superstitions de toutes sortes trouvent un relai complaisant dans les médias, qu’ils soient publics ou privés. Quel journal, quelle magazine n’a pas sa rubrique d’astrologie ? Et même sur le service public de télévision, on trouve une émission hebdomadaire consacrée à la propagande des stupidités religieuses, sans qu’aucun point de vue rationaliste ne soit jamais exposé.

Mais c’est à un niveau plus profond que notre société est malade, et qu’elle ouvre la voie à la pire réaction. Quel est l’état de l’éducation dans ces quartiers populaires ravagés par le chômage, desquels l’Etat retire peu à peu les quelques moyens supplémentaires qu’il y avait consacrés ? Comment ne pas voir que ce chômage et cet abandon organisé, qui plus est lorsqu’ils concentrés dans des ghettos, fournissent un terreau pour les croyances les plus archaïques ? Et que deviendront l’éducation et le rationalisme, si la crise s’approfondit et précipite dans la misère des millions de personnes ?

« Non seulement dans les maisons paysannes, mais aussi dans les gratte-ciel des villes vivent encore aujourd’hui, à côté du XXe siècle, le Xe et le XIIe siècles. Des centaines de millions de gens utilisent le courant électrique, sans cesser de croire à la force magique des gestes et des incantations. Le pape à Rome prêche à la radio sur le miracle de la transmutation de l’eau en vin. Les étoiles de cinéma se font dire la bonne aventure. Les aviateurs qui dirigent de merveilleuses mécaniques, créées par le génie de l’homme, portent des amulettes sous leur combinaison. Quelles réserves inépuisables d’obscurantisme, d’ignorance et de barbarie ! ». Ces lignes, écrites il y a 80 ans par Léon Trotsky, ont hélas bien peu vieilli. Et elles resteront d’une terrible actualité tant que l’humanité n’exercera pas une maîtrise consciente sur sa vie économique et sociale, c’est-à-dire tant qu’elle n’aura pas instauré en lieu et place de l’aveugle et absurde loi du marché, la planification démocratique d’une production dont elle aura collectivisé les outils.

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Nicolas Dupont-Aignan : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

On ne peut pas faire de tous des bacheliers ou des médecins mais tous doivent pouvoir accéder au savoir qui rend libre. Chacun doit pouvoir développer le génie qui lui est propre et ce génie doit avoir sa place dans le puzzle qu’est une société. Concernant l’enseignement scientifique, il est important de revaloriser les métiers scientifiques, en particulier celui de chercheur qui est discrédité même au plus haut niveau de l’Etat. C’est inconcevable.

Il faut des chercheurs et des enseignants dédiés. Par conséquent, il faut constamment donner le choix à la vocation, pas à la rémunération de l’activité de recherche ou d’enseignement, ou du mélange des deux, tout au long de la carrière, après évaluation.

Il faut garder le service à l’Etat avec des salaires compétitifs par rapport aux autres pays européens.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Notre pays possède un système d’enseignement supérieur complexe : université, écoles d’ingénieurs de différents types avec et sans classes préparatoires, IUT, etc. Ces différentes composantes ont des missions propres et complémentaires qui doivent être clairement identifiées et respectées.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Dans l’audiovisuel, il est fondamental d’avoir des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité, ce qui n’est pas le cas à 90% actuellement.

La télévision est particulièrement efficace en termes d’éducation, bonne ou mauvaise d’ailleurs. Avec les journaux, c’est la source d’accès à l’information de beaucoup de personnes âgées.

Dans ce rôle des média, les pays nordiques nous donnent de très bons exemples :
Sur la page d’accueil de grands média suédois, il y a toujours un encart consacré à une avancée ou une information concernant les sciences.
En 1967, lorsque l’État suédois a changé la conduite de gauche à droite, ceci fut précédé par une intense campagne télévisée durant laquelle tous les soirs, pendant 5-10 minutes étaient expliquées les raisons de ce changement, les étapes mais aussi était dispensée une formation au code de la route et à tous les risques de la conduite. Le passage se fit sans problèmes, très rapidement, et surtout le nombre de morts sur les routes a fortement diminué depuis.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Pousser les chercheurs et les enseignants à faire de la vulgarisation, de la diffusion scientifique auprès de la population : formations, exposés, circulaires, débats, documents, etc. Que ce service à la société soit reconnu dans les CV et les évaluations, voir récompensé. Il faut impliquer tous les niveaux de l’Etat, la commune, la région.

Mais il ne faut pas comme dans certains parcs ou émissions télévisées ridiculiser le scientifique et ses recherches. Au contraire, de bons exemples ont déjà existé comme « La vie », « Ma petite planète chérie » ou « C’est pas sorcier ».

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Jean-Luc Mélenchon : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

L’objectif fondamental est l’accès des étudiants, notamment des classes populaires, à la science et à l’orientation de cette dernière vers le progrès humain. Aussi devons-nous faire coïncider une perspective quantitative (massifier le nombre d’étudiants qui accèdent à des qualifications scientifiques de haut niveau) et qualitative (en démocratisant le recrutement social de ces filières). Des passerelles avec l’enseignement technique et professionnel doivent exister, car certains de leurs étudiants à haute qualification peuvent souhaiter enrichir le socle théorique de leur pratique professionnelle. Nous retrouvons ici la problématique de l’enseignement supérieur dans sa généralité, et l’importance de partir des conditions d’existence : extension des bourses, allocation d’autonomie pour les étudiants leur garantissant le libre choix et les moyens de leurs études, fin de la mise en concurrence des universités, et projets coopératifs via la garantie d’un cadrage national des diplômes et de statuts protecteurs pour les professeurs et doctorants. Ensuite, le goût pour la science dépasse le strict cadre universitaire. Nous appelons de nos vœux l’éducation populaire, la culture scientifique pour toutes et tous dès le plus jeune âge, les forums citoyens sur les sciences afin de populariser et mettre en débat les innovations scientifiques dans ce qu’elles ont de potentiellement positif pour les citoyennes et citoyens. Ici comme ailleurs, nous défendons l’humain d’abord, et son accès aux sciences.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Les différences de financement entre filières et matières relèvent d’une conception élitiste, d’une hiérarchisation des savoirs. Loin de cette  perspective, le Front de Gauche trace un horizon égalitaire, qui encouragerait chacune et chacun à s’investir dans les sciences, selon le libre choix de l’étudiant. Nous valoriserons pareillement toutes les études scientifiques – et les mettront à égalité avec les études littéraires ou de sciences humaines, en les tirant toutes vers le haut. Pour cela, gratuité des frais d’inscription, allocation d’autonomie, hausse des budgets universitaires, et financement non plus sur projets concurrentiels mais selon les besoins de chaque université nous semblent indispensables.

Quant à l’inégalité entre premiers cycles universitaires et classes préparatoires, notre position est la suivante : si nous sommes attachés à la pluridisciplinarité qui fait la caractéristique de l’enseignement en classe préparatoire ainsi qu’au fort taux d’encadrement dont bénéficient les élèves, mais aussi à l’excellence et au haut niveau d’exigences attachés à ces formations, nous proposons que ce modèle, au lieu d’être réservé à quelques-uns, soit progressivement élargi à l’Université. L’objectif est donc à terme celui d’une remise en cause de la dualité grandes écoles-universités, et d’un rapprochement des taux d’encadrement et des moyens par élève dévolus aux premiers cycles universitaires et aux classes préparatoires, dans la perspective d’une intégration raisonnée et d’une convergence concertée de l’ensemble des formations post-baccalauréat aujourd’hui dispersées entre universités et CPGE, mais aussi BTS, IUT, Ecoles d’ingénieurs, formations paramédicales, etc. de commerce, des ENS, etc. L’une de nos préoccupations est notamment la revalorisation et la réhabilitation de filières techniques d’excellence (et par exemple l’attractivité des formations d’ingénieurs), mais aussi celles des carrières d’enseignants-chercheurs.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Trois éléments jouent dans ce processus d’apprentissage, trois éléments au cœur de la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux. Tout d’abord, l’accès à la culture dès l’enfance, afin de juguler l’autocensure sociale ou de genre, et son accessibilité tout au long de la vie. Les structures publiques de promotion, de sensibilisation à la science, tout comme l’éducation populaire massive et la mise en valeur du patrimoine par la découverte ludique et scientifique sont incontournables. Ensuite, la scolarité, que nous voulons porter de 3 à 18 ans, afin d’inculquer des connaissances scientifiques de bon niveau à chaque jeune Française ou jeune Français, avec égalité de traitement entre les filières, libre choix des étudiants et investissement massif, afin de permettre un rayonnement de l’université française et de son savoir par-delà ses murs. Enfin, les medias en général jouent un rôle pilier. Nous nous battons pour sauver la diversité de la presse, via une distribution publique, une majoration des aides, et de vrais statuts protecteurs avec contrats à durée indéterminé et autonomie des rédactions, pour permettre aux journalistes d’accomplir leur œuvre informationnelle dans de bonnes conditions.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

La déstructuration de la recherche et de l’encadrement public s’amplifie depuis 2005, accompagnée du recul des services publics, et donc de la recherche de solutions alternatives, privées et individuelles, ce qui laisse libre cours à toute dérive ou abus de sur personnes fragiles.

L’État ne doit pas abandonner la recherche, ses conclusions et l’intérêt général qui en découle aux marchands de superstitions. C’est pourquoi le Front de Gauche entend rompre avec les logiques d’autonomisation des universités, de précarisation du personnel, de la bibliométrie, de l’évaluation durcie, de la recherche par projet et des financements privés qui camouflent parfois fort mal les intérêts privés qui les meuvent. Les entreprises prennent le pouvoir par le biais du financement de la recherche et de la privatisation des conseils d’administration, tandis que la vie dans les laboratoires est rendue indigne.

L’indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent et de l’obscurantisme est une pièce centrale de la nouvelle logique que nous entendons promouvoir. Les citoyens ne peuvent avoir confiance dans une recherche qui fonctionne sur fonds privés et qui roule pour des intérêts privés. La perte de confiance est extrêmement grave pour des sujets d’intérêt majeur. La parole scientifique doit retrouver son rôle, et pour retrouver son rôle et donc être investie de confiance, il faut que l’État soit le premier à investir en elle. Nous entendons mener une planification écologique, afin d’orchestrer la transition énergétique et la bifurcation de nos modes de production et de consommation : nous avons besoin de scientifiques formés, d’excellence, dont les interventions publiques seraient dictés par leur conscience et leur sens de l’intérêt général. Contre les fondations privées et les lobbies industriels, les citoyens doivent être éduqués à l’école, et en dehors de l’école par l’irruption sur la scène publique des chercheurs et de leurs conclusions.

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Eva Joly : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

La France investit fortement dans l’éducation : il s’agit là d’une force pour notre pays et je combattrai sans relâche celles et ceux qui proposent de faire des économies sur la formation. Investir dans le savoir et la connaissance est un impératif pour former les citoyens éclairés de demain. Et dans une société où les questions scientifiques et techniques jouent un rôle toujours plus important, il est primordial que tous les jeunes disposent d’un bagage scientifique. Dans le système actuel, il est possible d’être diplômé à bac+5 en ayant fait de la physique ou de la biologie pendant moins de 4 ans de scolarité : quel sens cela a-t-il ? Cette revalorisation des enseignements scientifiques doit d’ailleurs être l’occasion d’un rééquilibrage au bénéfice des aspects expérimentaux : la démarche déductive et pratique est à la fois plus attrayante et moins exigeante en termes d’abstraction que les mathématiques.

J’identifie deux faiblesses majeures dans le système d’enseignement français : un investissement insuffisant dans le primaire par rapport au secondaire, et une obsession de la   notation et de la comparaison des élèves dès les petites classes. Les études PISA ont bien mis en évidence à quel point cet accompagnement insuffisant au niveau élémentaire et ce système de filtrage constant aboutit à abandonner en cours de route une fraction incroyablement élevée des élèves (22% d’élèves de 15 ans en grande difficulté, un des pires résultats de l’OCDE), tandis qu’au nom de la formation des « élites de la république » la fraction des meilleurs bénéficie d’un surinvestissement dont les classes préparatoires aux grandes écoles sont l’ultime avatar. Une telle école n’est égalitaire que dans la forme, comme le démontre la forte corrélation entre l’origine sociale et l’accès aux formations les plus prestigieuses. Il faut donc revoir toute la pédagogie et l’organisation de l’école pour que tous les jeunes puissent y trouver leur place.

Ces problèmes se retrouvent également dans le supérieur. L’accès au supérieur n’est pas encore suffisamment démocratisé pour autant, et les inégalités entre filières sont patentes. Je fais mien l’objectif de 50% d’une classe d’âge diplômé du supérieur : mais cela demande des moyens financiers concrets et la mise en place de cursus adaptés pour permettre aux jeunes issus des bacs technologiques, et même professionnels, d’y réussir. Cette évolution de l’orientation a au moins autant d’importance que l’amélioration de la pédagogie si l’on veut réduire le trop fameux échec en licence. Cette amélioration de la réussite des étudiants passe aussi par les conditions d’études : le travail en parallèle aux études est la première cause d’échec ! Le supérieur devrait évoluer vers la gratuité au même titre que le secondaire, le système de bourses doit être étendu pour se transformer progressivement en revenu d’autonomie, et une politique volontariste de construction de logements étudiants doit être entreprise.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

J’ai deux objectif centraux en matière d’enseignement supérieur : permettre à un plus grand nombre de jeunes de réussir et mettre la formation par la recherche au centre du système de formation. Pour cela, je souhaite rappeler aux BTS et aux IUT leurs missions initiales, à savoir la poursuite d’étude des bacheliers professionnels et technologiques: cela pourra passer par un système de quotas dans ces formations. Concernant les premiers cycles généralistes, on lit souvent qu’il faut donner aux licences les moyens de « se battre à armes égales » avec les classes préparatoires : je préconise pour ma part d’en finir avec cette dualité pour aller vers une fusion par le haut des deux systèmes. Des licences refondées conserveront leur dimension universitaire, le premier lien avec la recherche, mais l’encadrement y sera plus important, et la pluridisciplinarité en fera partie intégrante. Les enseignants de classes préparatoires, presque tous docteurs aujourd’hui, y trouveront toute leur place. Le rapprochement des écoles avec les universités doit être largement accéléré, dans le cadre de structures fédératives permettant des transitions culturelles progressives, structures pouvant s’inspirer pour partie des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, les PRES. A terme, les écoles pourraient devenir des instituts universitaires à part entière, conservant une forte autonomie mais parties prenantes de la dynamique de pôles universitaires rénovés.

Les formations supérieures ne sont pas différentes des formations primaires et secondaires : il s’agit d’un investissement de la société sur elle-même. Et les études économétriques  démontrent que l’investissement public dans l’enseignement supérieur est à la fois rentable pour l’Etat et redistributif. C’est donc à la puissance publique d’agir pour donner au supérieur les moyens de mieux remplir ses missions.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Le savoir ne s’acquiert pas uniquement lors de la formation initiale, mais tout commence par là. J’ai déjà souligné plus haut que la place actuellement dévolue aux sciences dans l’enseignement est à la fois insuffisante et mal équilibrée, alors même que la simple compréhension des transformations à l’oeuvre dans la société fait de plus en plus appel à la culture scientifique et technique. Je souhaite par exemple encourager un recours accru à l’observation dans l’enseignement primaire, de façon à familiariser les élèves dès leur plus jeune âge avec la démarche scientifique, en leur apprenant à raisonner rationnellement sur des faits observés et établis. Il est également impératif de dispenser à l’ensemble des étudiants inscrits dans les cursus de formation des professeurs des écoles, une formation scientifique de base leur permettant d’assurer dans les meilleures conditions l’initiation de leurs élèves aux sciences.

Cela posé, je souhaite faire de la diffusion de la culture scientifique dans l’ensemble de la population une priorité des politiques culturelles. Toucher l’ensemble de la population, cela veut dire privilégier la proximité, donc préférer des expositions itinérantes et des structures locales plutôt que des éléphants blancs. Les médias comme la télévision ont un rôle de premier plan à jouer : la culture scientifique devrait faire partie intégrante de leur cahier des charges.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Toute tromperie des consommateurs doit être poursuivie et sanctionnée, à plus forte raison lorsqu’elle peut avoir des conséquences sanitaires ou sociales. Face à des discours pseudo-scientifiques, il est bien évident que l’éducation des citoyens est un premier rempart. Mais cet exemple questionne en fait tout le système de la publicité, qui reste insuffisamment contrôlé et encadré. Je propose la création d’une autorité indépendante chargée de la régulation pour tous les supports, composée de représentants de l’État, des ONG, des associations de consommateurs, des professionnels du secteur. Une de ses missions pourrait porter sur l’évaluation de la réalité des argumentaires utilisés. D’autre part, les citoyens sont d’autant plus susceptibles d’être abusés qu’ils sont fondés à douter de l’impartialité des expertises issues des agences officielles : la lutte contre les conflits d’intérêts, la transparence des procédures et le recours systématique à des actes d’expertise indépendant (et non pas réalisés par les fabricants) sont indispensables, ce qui implique entre autres la création d’un système de protection des lanceurs d’alerte.

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Jacques Cheminade : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

J’ai défini ci-dessus les idées directrices pour parvenir à relancer notre recherche et notre éducation scientifiques. En termes de moyens, il faut ramener progressivement les moyens financiers, par an et par étudiant à l’université, au niveau de ceux des classes préparatoires aux grandes écoles. Les inégalités entre grandes écoles et universités, comme celles entre filières, sont très préoccupantes. On ne peut les gommer par une décision immédiate, mais il faut tout de suite se mettre à l’œuvre en réorientant les investissements publics. Cependant, il s’agit d’un problème de société, dont ce qui arrive dans l’enseignement scientifique supérieur et la recherche sont des symptômes graves. C’est toute notre société à qui il faut redonner les yeux du futur, c’est-à-dire l’horizon des générations futures, en rompant avec une logique du court terme et de l’éternel présent.

Nos dirigeants, obsédés par l’exercice du pouvoir, gardent les yeux fixés sur l’avis des sondages et les caprices des médias sous influence financière. Contre cette obsession, nous devons mener le combat au nom des principes qui ont guidé les grandes découvertes de la science et inspiré la beauté des œuvres d’art, c’est-à-dire au nom de ce qui fait de l’homme un être humain : transmettre ces principes en les appliquant pour le bien commun, sans être déterminés par un code ou un classement.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

« Le chœur est le modèle réduit de la société idéale », nous dit Michel Serres. Et c’est notre mission de former et d’informer les citoyens une fois sortis du système éducatif, car sans culture scientifique et artistique il ne peut y avoir de chœur, donc de véritable République. Rendre les citoyens capables de connaître et de comprendre les grands enjeux de leur temps est le seul moyen de les faire échapper à la tutelle des oligarchies et à la tentation de la servitude volontaire. A une heure où la droite exploite les peurs et la gauche les humiliations, nous devons rendre les citoyens capables de remonter aux causes.

Dans le domaine scientifique, je m’engage à faire ouvrir des palais de la découverte régionaux, un par région pendant les cinq années du prochain mandat présidentiel. Rompant avec les formules des manuels scolaires, ils seront organisés, comme celui de Paris, autour d’expériences scientifiques pour mettre les visiteurs dans les pas de la démarche de ceux qui ont découvert, éveillant ainsi les capacités créatrices de tous. Comme à Paris, ils devront être munis d’un planétarium afin que l’univers qui nous entoure nous devienne plus familier et que notre identité elle aussi grandisse. En un temps de l’histoire où le système solaire entre dans une région instable de notre galaxie, il est nécessaire que chacun puisse « faire le point » et comprendre scientifiquement la cause des phénomènes climatiques ou telluriques qui dès lors ne seront plus vus comme des catastrophes plus ou moins fatales, mais comme la manifestation d’éléments de l’univers que l’être humain doit s’efforcer de maîtriser.

Chaque département devrait également posséder un télescope de 80 centimètres de diamètre accessible à tous, et un musée de la préhistoire et de l’histoire du monde et de la région qui, même s’il devra fatalement demeurer modeste, ne sera pas une série de salles figées dans lesquelles une caste rassemble ses biens, mais un centre de vie à la portée de chacun.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

France TV doit devenir une plateforme éducative fournissant en masse des contenus vidéo gratuits par internet, avec une France 5 consacrée « chaîne d’idées » et centrée sur la découverte et l’éducation. Des équipes de France 5 seront envoyées auprès d’institutions publiques de recherche comme le CNRS et le CEA, les Opéras et les grands orchestres, pour réaliser des programmes avec des ingénieurs, des chercheurs et des artistes visant à faire découvrir au peuple ce qu’ils font, comment et pourquoi. L’exceptionnelle base d’archives que constitue l’INA devra en même temps être mise en libre accès et les émissions éditées libres de droits dix ans après leur production.

Ainsi, un grand programme pour rendre l’art et la science au peuple pourra être financé par une taxe spéciale sur l’oligopole des fournisseurs d’accès et de téléphonie mobile. Et pourquoi pas, une forte taxe sur la pornographie devra aussi être instaurée pour financer son contraire !

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

L’Etat doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives en ayant recours à tous les organismes en mesure d’intervenir, qui sont aujourd’hui peu nombreux mais trop souvent, comme en matière de santé publique, associés à ces professions.

Ainsi, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) devrait dire clairement ce qui relève réellement de la médecine et ce qui relève de la superstition. L’on sait cependant que l’AFSSAPS est constituée de manière corporatiste et qu’il s’est établi une connivence entre les membres de ses neuf commissions et les laboratoires pharmaceutiques. Les Agences régionales de santé (ARS), compétentes en matière de dispensation des produits de santé, doivent transmettre, conseiller et déconseiller. L’on sait par ailleurs que le Code pénal ne sanctionne pas le charlatanisme médical et que l’on a confié à l’Ordre des médecins la moralité de la profession. L’article 30 du Code de déontologie (les articles 18,19 et 28 sont aussi d’application) définit, lui, très précisément le charlatanisme médical et l’interdit explicitement. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé, ainsi que le secrétariat d’Etat à la Santé, doivent engager une coopération plus constante et continue avec l’Ordre. Pour des pratiques exploitant la crédulité (chamanisme ou néo-chamanisme, coaching abusif, promotion de l’Iboga…), l’action de lutte contre les sectes doit être engagée dans le respect des libertés publiques et en fonction des conséquences constatées de ces pratiques.

L’éducation scientifique des citoyens est une exigence présente dans tout mon projet politique. Elle est un levier nécessaire, pourvu qu’elle ne mette pas tous ses efforts dans la répression de ce qui n’est pas scientifique, mais promeuve en même temps ce qui l’est : l’esprit de recherche et de découverte validé par des expériences.

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Martine Aubry : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISAclassement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Avant de fixer un chiffre – j’y viendrai – il faut rappeler un objectif simple : il faut élever le niveau de qualification et de formation dans notre pays. L’égalité réelle en ce domaine, est un impératif de justice sociale, un enjeu démocratique, autant qu’une nécessité économique.

L’enseignement supérieur doit permette à chacun, quels que soient ses talents et capacités, d’identifier sa propre voie et s’y réaliser en dehors de toute contrainte économique ou sociale. Il nous faudra donc donner plus à ceux qui ont moins, à ceux qui ont le plus d’efforts à fournir, pour garantir un service public équitable. Qu’à peine 4 jeunes sur 10 obtiennent un diplôme d’enseignement supérieur dans notre pays est vraiment un handicap à la fois pour les jeunes et pour notre pays. Une nouvelle étape de la démocratisation de l’enseignement supérieur est indispensable et nous devons atteindre les 50% d’une classe d’âge diplômé de la licence. La première condition est que les étudiants puissent faire des études en ayant une chance réelle de les réussir, et pour cela, d’avoir les moyens financiers nécessaires. Il n’est donc naturellement pas question d’augmenter les frais d’inscription. Je m’engage en revanche à mettre en œuvre une allocation d’étude et de formation, qui remplacera et complétera un système de bourse aujourd’hui très insuffisant et un système fiscal inégalitaire.  Je pense qu’elle doit prendre en compte la situation réelle du jeune, ses ressources comme son niveau d’autonomie.

La seconde condition, c’est la réussite à l’Université. Nous sommes le pays de l’OCDE dans lequel le taux d’encadrement des étudiants est le plus faible : 5 enseignants seulement pour 100 étudiants. Il faut en finir avec ces amphis bondés dans lesquels se perdent les étudiants les plus fragiles et qui conduisent à l’échec. A l’université comme à l’école, il faut accompagner chacun selon des pédagogies différentes, des rythmes différents : cela fait partie de la révolution de nos services publiques que je veux entreprendre. Je mènerai une vraie réforme des premiers cycles universitaires pour offrir aux étudiants à l’université les mêmes conditions qu’à ceux des classes prépa : 25 heures d’enseignements minimum par semaine, des petits groupes, une véritable pluridisciplinarité, un accompagnement personnalisé par des enseignants…

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Je n’accepte pas la reproduction des inégalités et le recul de la démocratisation à l’œuvre aujourd’hui dans l’enseignement. Le fait que trop d’étudiants choisissent de contourner l’Université, au profit d’écoles souvent extrêmement onéreuses, qui ne sont pas toutes « grandes » et qui ne garantissent pas nécessairement un niveau de formation satisfaisant y participe largement. Je veux mettre un terme à l’hémorragie de l’enseignement supérieur public au profit de l’enseignement supérieur privé, et cela passe d’abord par une amélioration des conditions d’études, de la pédagogie et de l’encadrement dans les universités. Je rapprocherai également les classes préparatoires, les BTS, les écoles, les universités, au sein de Réseau territoriaux de la Connaissance qui permettront de mutualiser les moyens et d’offrir une offre de formation cohérente sur le territoire. Je crois par ailleurs qu’il est absolument essentiel de développer les formations technologiques et professionnelles et de créer un vrai service public de l’orientation : trop de jeunes échouent, ont l’impression de ne pas être à la hauteur et sont obligés de se remettre en cause parce qu’ils ont été mal orientés.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

La pensée critique, la culture du doute, la capacité à mettre en œuvre des stratégies de résolution de problèmes sont des outils intellectuels essentiels à l’émancipation et à l’exercice de la citoyenneté. La science fait partie de la culture, tout comme les arts et les humanités. Aujourd’hui plus que jamais, les progrès scientifiques et techniques (de la physique quantique au séquençage génétique) et les avancées des sciences humaines conduisent à de nouvelles interrogations relatives à l’éthique, au droit, au travail, à l’environnement et à la santé. Elles vont jusqu’à remettre en cause les structures et les règles sociétales. Le politique ne peut se contenter de s’en remettre sur ces sujets à l’analyse des seuls experts. Les citoyens doivent disposer de la faculté de comprendre les enjeux environnementaux, éthiques, scientifiques des décisions politiques et des moyens de participer à leur élaboration.

Or, le niveau de la culture scientifique de la population, composante essentielle de la démocratie, doit s’accroître. Les citoyens comme les politiques ont souvent peu accès à la science et la diffusion des connaissances se fait mal. L’éducation à la science reste peu développée et les carrières scientifiques demeurent trop peu attractives. C’est d’autant plus grave que les oubliés de la science sont les laissés pour compte de demain.

Je veux encourager la créativité, l’initiative, la formation à la démarche scientifique et mettre pour cela en place de l’école primaire aux premiers cycles universitaires, une véritable formation à la culture scientifique, visant à la fois à faire émerger des vocations scientifique, et à former les citoyens de demain. Il faut multiplier les pratiques du type « main à la pâte » et en  même temps, introduire de l’histoire des sciences, voire de l’épistémologie dans les programmes. Vous avez raison de le souligner : la place faite à la science par les journaux et radiotélévisions nationales est proprement scandaleuse. Les informations à caractère scientifique et technique représentent 1,8 % de l’offre totale d’information télévisuelle. Je suis favorable à l’élaboration d’une charte d’information pour les médias publics ou recevant des subventions ou l’allocation de canaux de diffusion, particulièrement la télévision, afin de changer l’échelle de la diffusion de la culture scientifique. Il faudrait d’ailleurs également développer, avec une formation adéquate, le métier de journaliste scientifique. Enfin, il faut rapprocher cette culture, comme toute les cultures, des territoires pour que les citoyens, même après leur formation, y aient accès. La diffusion de la culture scientifique ne peut se résumer à l’organisation de quelques grandes expositions parisiennes. Le débat entre les chercheurs et les Français doit se développer au plus près de la vie locale, au fil des interrogations soulevées par les grands problèmes du monde (défis climatique, énergétique, démographique, éthique) et par le besoin dans le même temps de développement social, culturel et technique au plus près du territoire en créant notamment des lieux d’interaction entre chercheurs et citoyens.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p. 129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Bien sûr que l’éducation des citoyens, le développement de leur esprit critique, est essentiel. Mais cela ne suffit pas toujours. Les pouvoirs publics doivent garantir une information complète et diverse, encourager les scientifiques et chercheurs à prendre part au débat public.

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François Hollande : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISAclassement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

J’ai placé la jeunesse au cœur de mon projet pour la France. L’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, sera donc une priorité avec l’objectif de lutter contre l’échec scolaire afin d’augmenter significativement le nombre de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et d’améliorer l’égalité d’accès à ces diplômes, de refaire de l’Université un lieu d’ascension sociale. Cette formation, la plus qualifiante possible, doit à la fois soutenir la diffusion des savoirs contre une simple acquisition de « compétences » et permettre de s’insérer dans la vie professionnelle. Préparer l’avenir de notre jeunesse, c’est aussi disposer d’une recherche forte, du fondamental à l’application, et, en sciences humaines et sociales, pour mieux faire face aux enjeux sociétaux et environnementaux auxquels nous sommes confrontés : réchauffement climatique, accès du plus grand nombre aux ressources naturelles, à l’alimentation, lutte contre les pandémies… Par ailleurs, pour conforter les emplois aujourd’hui et préparer ceux de demain, assurant ainsi un avenir professionnel aux jeunes générations, il est indispensable de mettre en place des systèmes de soutien au transfert de technologie simples, efficaces, sans effet d’aubaine, avec un effort particulier pour les PMI-PME et les Entreprises de Taille Intermédiaire les plus créatrices d’emplois durables, avec un double objectif : la réindustrialisation et la promotion de nouvelles filières, en particulier les écotechnologies (énergies renouvelables, efficacité énergétique, traitement des déchets) mais aussi la médecine personnalisée, la réponse aux enjeux du vieillissement, les métiers de la culture, les métiers liés aux technologies de la communication par exemple.

Des indicateurs alarmants

Disons-le clairement, les indicateurs sur la formation des jeunes en France sont plus qu’alarmants. Aujourd’hui, 150 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni formation qualifiante et le taux de chômage des moins de 25 ans est l’un des plus élevés d’Europe. Avec 24 % seulement de jeunes titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au niveau licence contre 41 % au Danemark, avec 1,3 % de son PIB consacré à l’enseignement supérieur, un montant inférieur à celui de l’OCDE (1,5 %) et des Etats-Unis (2,9 %), la France est à la traîne et doit réagir. Facteur aggravant : la mixité sociale est en nette diminution à l’Université et les jeunes issus de familles modestes sont de moins en moins nombreux à être diplômés de l’enseignement supérieur. Deuxième facteur aggravant : leur nombre diminue au pro rata du nombre d’années d’études : en 3ème cycle, ils ne sont plus que 5 % contre 13 % dans le premier, alors que les ouvriers, salariés modestes, employés, représentent 25,4 % de la population active. Pourtant, nous avons besoin du talent de tous les jeunes, quel que soit leur milieu social, car la recherche, la connaissance, l’innovation ne sont pas le privilège de quelques-uns.

Agir en continuité, de la petite enfance à l’enseignement supérieur

Nous devons réagir vite, sous peine de continuer à accumuler un retard qui deviendra impossible à combler. Pour cela, il faut agir dès la petite enfance et tout au long de la scolarité, en redonnant des moyens en personnel et en ressources et en refondant les modes d’apprentissage, les rythmes scolaires, au service de la réussite à l’école. Les décisions doivent être prises en fonction de l’intérêt de la communauté éducative (enseignants, parents, enfants) et pas seulement, comme c’est le cas depuis 5 ans, selon des critères de baisses de crédits systématiques. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de recréer, en 5 ans, les 60 000 postes d’enseignants perdus au cours de ces dernières années. C’est un signe fort qui devra s’accompagner de changements profonds et d’un contrat avec la communauté éducative pour la réussite à l’école, avec des moyens supplémentaires pour les quartiers en ZUS. Il faudra en parallèle revenir sur la réforme de la « masterisation » pour promouvoir une formation des enseignants basée sur une entrée progressive et encadrée dans le métier. Enseigner est un métier qui s’apprend : l’année de formation pédagogique, avec des stages pratiques encadrés dans les écoles, supprimée par la droite, sera rétablie et les postes d’enseignants et d’encadrants dans les quartiers les moins favorisés seront revalorisés et confiés à des tandems d’enseignants expérimentés et d’enseignants plus jeunes, au lieu d’y envoyer des débutants, souvent démunis, comme c’est le cas aujourd’hui.

La lutte contre l’échec des étudiants sera une priorité

La réforme de l’Université doit avoir pour principe l’exigence d’une véritable égalité pour tous. Pour l’université, la priorité sera de lutter contre l’échec qui frappe aujourd’hui le premier cycle où près d’un étudiant sur deux inscrit en première année ne décroche pas de diplôme, et lutter contre la précarité étudiante. Pour atteindre en 15 ans l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, des mesures immédiates et concrètes s’imposent :

  • favoriser un parcours personnalisé pour les étudiants : information et orientation choisie au collège et au lycée, avec le soutien et l’engagement des collectivités territoriales, avec une présentation des métiers et une incitation à poursuivre des études, y compris pour les filières technologiques et professionnelles, amélioration de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants à l’université, organisation des licences sur une base pluridisciplinaire les deux premières années pour élargir le champ des choix ultérieurs et des débouchés professionnels, diversité des méthodes pédagogiques  (davantage d’alternance, tutorat par des doctorants, alternatives aux amphis bondés, utilisation renforcée des TIC, minimum de 25 heures de cours par semaine pour les étudiants, possibilité de faire une licence en 4 ans…), intégration d’un projet professionnel dès les années de licence
  • faciliter les passerelles : accompagnement des titulaires de bacs pro et technologiques dans des filières courtes (DUT, BTS) intégrées à l’université, et incitation à la poursuite d’études ensuite, intégration des classes préparatoires à l’université pour favoriser « en douceur » le rapprochement grandes écoles-universités à l’image des standards internationaux, intégration plus importante d’étudiants issus de cursus universitaires dans les écoles et échanges accrus entre écoles et universités… Cela passe aussi par une répartition plus équitable des dotations de l’Etat pour les étudiants en licence et les étudiants des classes préparatoires : aujourd’hui, le ratio est de 1 à 5 en faveur des prépas, c’est tout à fait inacceptable… Toutes les filières doivent être considérées comme des filières d’excellence, avec une même ambition : la réussite des étudiants, leur insertion professionnelle et l’avenir économique et social de notre pays
  • encourager les efforts pédagogiques par une reconnaissance de l’investissement pédagogique des enseignants chercheurs et des bonifications des dotations de l’Etat au bénéfice des universités faisant preuve d’initiatives innovantes et efficaces à la fois pour assurer la diversité sociale et la réussite des étudiants
  • Augmenter le nombre d’allocations de recherche pour les jeunes chercheurs, y compris en recherche fondamentale et en sciences humaines et sociales, et les possibilités de séjour à l’étranger, valoriser le statut des docteurs en facilitant leur insertion professionnelle aujourd’hui insatisfaisante dans la recherche publique comme privée, reconnaître le doctorat dans les conventions collectives, recruter des docteurs dans les grands corps d’Etat, développer des doctorats professionnels en direction des entreprises, à l’image des contrats CIFRE, en bonifiant les programmes coopératifs entre recherche publique et privée en cas d’embauche de doctorants qui compléteront ainsi l’apport des ingénieurs de recherche
  • améliorer l’environnement et les conditions de vie des étudiants : allocation de formation globale avec un montant tenant compte du revenu des parents, augmentation en parallèle des bourses sur critères sociaux et universitaires, programme volontariste de rénovation et de construction de logements (de l’ordre de 8 000 par an)  tenant compte des nouvelles pratiques de vie des étudiants (co-location, cohabitation intergénérationnelle et solidaire) et généralisation du principe de cautionnement solidaire, développement du « pass mutuelle » pour une meilleure couverture santé des étudiants, réflexion sur les bibliothèques, les espaces internet et lieux de convivialité communs, lancement d’un « Plan Culture » pour dynamiser la vie culturelle et associative à l’université.
  • renforcer l’accueil des étudiants étrangers, qui ouvrent à la culture internationale et développent un maillage durable entre notre pays et le reste du monde utile à la coopération internationale et au développement des échanges économiques, culturels, politiques.

Rétablir la confiance avec l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et assurer la reconnaissance internationale de l’université et de la recherche françaises sera mon autre priorité.

Le discours de défiance de Nicolas Sarkozy en janvier 2009 envers « les chercheurs qui cherchent mais ne trouvent pas » ainsi que les réformes et appels d’offres qui se sont succédé à un rythme effréné ont déstabilisé en profondeur le milieu universitaire. Les mouvements de protestation de 2007 et de 2009 en témoignent. L’affirmation d’une augmentation de la dépense par étudiant est une astuce comptable puisque ce chiffre englobe les différentes filières de formation ;classes préparatoire, IUT, BTS , Premiers cycles universitaires. Les taux d’encadrement dans les universités Françaises sont inférieurs à ceux de l’OCDE et la part de Recherche et développement civil situe la France au 26e rang des pays de l’OCDE. Pour moi, le premier signe adressé aux universités sera d’affirmer sa confiance dans leur capacité à innover, à prendre des initiatives, à développer des formations et des recherches porteuses de progrès dans toutes les disciplines, sciences humaines et sociales, trop souvent parents pauvres, comme sciences dites « dures », en privilégiant, pour l’enseignement comme pour la recherche des croisements et échanges entre toutes ces disciplines. Des incitations au décloisonnement des formations seront apportées, en rétablissant le dialogue entre l’Etat, les Régions et les universités qui a tellement fait défaut au cours de ces dernières années.

Il s’agit bien de reconstruire l’enseignement supérieur et la recherche, en s’appuyant sur ses atouts et ses talents, afin d’y impulser une nouvelle dynamique.

Les financements de ces mesures : garantie de l’État pour un financement pérenne, par des crédits de base récurrents, afin que les financements privés nécessaires interviennent en complément, et non en remplacement des financements publics ; réorientation de la partie « effet d’aubaine » du CIR et limitation de sa croissance exponentielle (entre 700 000 et 1 Md euros), perception de la taxe d’apprentissage par les universités, recours à leurs fonds propres par les universités, soit 1,5 Md euros aujourd’hui bloqués par leurs tutelles.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

Il faut privilégier une formation large, au niveau licence, qui permette ensuite une adaptation aux mutations technologiques. Les années 80, c’était la montée en force du bac, 30 ans plus tard, l’horizon c’est qu’une partie importante d’une classe d’âge atteigne le niveau L. Aujourd’hui seuls 24% d’une classe d’âge atteignent ce niveau en France  contre 45% au Danemark. J’ai fixé comme objectif d’atteindre 50% en 15 ans.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Un premier constant choquant, c’est que la dépense par étudiant est sensiblement inférieure pour un étudiant à l’université comparé à un élève des classes préparatoires (le ratio est de 1 à 1,5). D’ailleurs il faudrait probablement mieux parler ici d’investissement que de dépenses. De plus, chez les premiers, nombreux sont celles et ceux qui doivent travailler (20% travaillent à plein temps) pour subvenir à leurs besoins, ce qui diminue d’autant leur possibilité de réussite. Je propose une allocation d’autonomie qui tienne compte des revenus familiaux et mutualise les aides.

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

Déjà, ce que j’ai dit à l’instant, augmenter le niveau moyen vers celui de la licence. Développer à l’école l’esprit critique, apprendre à réfléchir, à s’informer. Donner des moyens pour qu’une formation scientifique soit donnée tout au long de la vie. Soutenir le tissu associatif de médiation scientifique, dès le plus jeune âge , avec des associations comme « la main à la pâte » créée par Georges Charpak ou « Mathématiques en herbe… »

Un exemple à ne pas suivre (mais on ne commande pas aux medias !) : la polémique sur le réchauffement climatique, qui voit les résultats scientifiques d’une communauté quasi unanime être mis sur un plan d’égalité par les medias avec des détracteurs largement moins pertinents scientifiquement … mais bon clients médiatiques.

Le monde académique le montre régulièrement, par exemple, mais pas seulement, lors de fêtes de la science, il est toujours très disponible pour rencontrer la population. Il conviendra de trouver les lieux et les formes pour rendre ces contacts plus permanents, en utilisant les autres cultures scientifiques et techniques de façon décentralisée.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p. 129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

François Hollande et son équipe n’ont pas répondu à cette question.

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Arnaud Montebourg : Éducation et culture scientifique

La comparaison de la France avec les autres pays est peu élogieuse. Légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en termes de moyens (mais ne tenant pas la comparaison avec l’Autriche, les Etats-Unis, les pays nordiques et le Japon en particulier) [source : Regards sur l’éducation 2011: Les indicateurs de l’OCDE] mais en réel retard en termes de résultats (étude PISA, classement des universités de Shangaï), l’éducation scientifique française, du primaire jusqu’au supérieur n’est pas, et de loin, un modèle sur le plan international. De plus, d’importantes disparités existent :

  • Entre matières : les mathématiques restent la matière de « l’excellence ». Par exemple, au collège, l’ensemble de l’enseignement scientifique hors mathématiques se partage le même volume horaire que le sport. Et au lycée, les sciences physiques et les SVT voient leur volume horaire diminuer fortement avec la réforme du lycée.
  • Entre filière : les moyens financiers par an et par étudiant sont beaucoup plus importants en classe préparatoire (14 850 euros par an et par étudiant) et en BTS (13 730 euros par an et par étudiant) qu’à l’université (10 220 euros par an et par étudiant, en y incorporant les filières IUT, mieux dotées que les cursus LMD classiques), parent pauvre de l’enseignement supérieur.

Enfin l’érosion des inscriptions en filières scientifiques viennent clore ce constat préoccupant.

>> Quels objectifs doit se fixer la France en terme d’enseignement scientifique : classements internationaux par classe d’âge (Etudes du type PISA), effectifs et accessibilité du supérieur ? Quelles sont d’après vous les idées directrices à suivre pour y parvenir ?

La situation en effet est peu brillante, et somme toute assez logique : notre système est très élitiste, et n’a pas fait le choix, le plus souvent, d’un développement important du niveau de connaissance. Nous avons aujourd’hui seulement un quart d’une classe d’âge diplômée au niveau licence : c’est la même situation qu’en 1981 avec le bac. Mon ambition est de doubler ce taux de diplômés de licence. Je pense qu’au 21ème siècle, faire une licence n’est pas un luxe, cela doit devenir commun. Mais il faut accompagner cette ambition d’un renforcement de nos licences universitaires, qui sont délaissées, contournées. Je propose une transformation globale, que j’ai développée dans mon livre disponible sur internet : la mise en oeuvre de l’école commune, du primaire au collège, pour avoir une véritable mixité scolaire au sein de laquelle des dédoublements de classe deviendront la règle. Le lycée doit devenir polyvalent, associant les différentes filières, pour lutter contre des processus d’orientation dont les enfants des classes populaires sont les victimes. Les universités doivent offrir des conditions de formation aussi bonnes que dans les filières les plus prisées, comme les BTS ou les classes préparatoires. Il faut sortir de l’idée qu’il est légitime de dépenser beaucoup plus pour les meilleurs élèves que pour les autres. Il faut fortement élargir notre élite, c’est ainsi que nous progresserons globalement, comme l’ont très bien montré les sociologues Baudelot et Establet.

Pour augmenter le niveau, il faut agir sur plusieurs niveaux : capacité des étudiants à se concentrer sur leurs études, avec l’allocation d’études et de formation ; transformation des licences, avec amélioration de l’encadrement pédagogique et développement du lien avec la recherche ; développement de la formation tout au long de la vie, car il n’y a pas que les jeunes qui sont concernés par ce besoin de savoir.

>> Les inégalités entre filières (université / classes préparatoires par exemple) ou entre matières (mathématiques / biologie par exemple) sont-elles pour vous préoccupantes, et faut-il chercher à les gommer ? Quels moyens pour y parvenir (investissements publics, privés, modification des frais de scolarité, …) ?

Elles ne sont pas seulement préoccupantes, elles sont absurdes et génératrices d’échec et de souffrance. Aujourd’hui les filières se livrent une concurrence acharnée. Je souhaite mettre en place à l’inverse un véritable service public de l’enseignement supérieur, en donnant aux universités les moyens d’être attractives, par une augmentation de l’encadrement pédagogique notamment, et en regroupant les filières dans des réseaux territoriaux, au sein desquels le processus d’orientation sera redéfini. Je suis aussi inquiet devant les baisses d’effectifs dans de nombreuses filières fondamentales, en sciences dures depuis longtemps mais aussi dans certaines disciplines de lettres et sciences humaines. Tout cela témoigne d’un processus d’orientation qui a perdu la tête, où le futur étudiant est livré à lui-même face à des machines alors qu’il devrait pouvoir échanger avec les équipes enseignantes des filières dans lesquelles il envisage de s’orienter. Il y a beaucoup d’idées reçues sur les filières, qui engendrent des erreurs d’orientation, et des déséquilibres préoccupants entre filières et entre disciplines.

En ce qui concerne le financement, je souhaite rappeler que les études, qu’elles soient au niveau primaire, secondaire ou supérieur, sont le meilleur investissement qu’une société peut faire. Je trouve très grave que certains, jusque dans les entourages de candidats à la primaire, militent publiquement pour une augmentation des droits d’inscription universitaires. J’y suis fermement opposé. Si on suivait leur logique, on rendrait aussi le lycée payant ! Ce serait un retour au début du 20ème siècle…

>> Plus généralement, quelles sont pour vous les bases nécessaires à un citoyen pour donner un avis éclairé, en terme de raisonnement et de culture scientifique ? Comment former et informer les citoyens une fois sortis du système éducatif ? Le service public audiovisuel, très pauvre en contenu spécifiquement axé vers les sciences, a-t-il un rôle à jouer et comment ?

La République s’est construite en parallèle d’un fort développement de l’éducation nationale. Au début du 20ème siècle, un quart d’une classe d’âge avait le certificat d’études. En 1981, un quart avait le bac. Aujourd’hui, il en est de même pour la licence. Il faut sortir de l’idée que le bac est jalon symbolique qui sépare le nécessaire du supplémentaire. Pourtant, nous avons cessé de progresser, nous régressons même, avec la récession étudiante. La formation tout au long de la vie est resté à l’état de slogan, trop peu de personnes en bénéficient.

Or être citoyen, c’est se confronter à des débats toujours plus complexes : énergie, climat, rapports hommes-femmes et théorie du genre, désordres économiques et financiers…

Pour comprendre un monde complexe et être en mesure de faire des choix politiques, il faut donner aux citoyens l’accès au meilleur des connaissances contemporaines, sans quoi adviendra soit le règne des experts, soit celui des démagogues et de leurs solutions simplistes. Il est de notre tâche de donner à chacun des outils pour être plus créatifs dans leurs métiers et maîtriser les évolutions technologiques.

Mais il faut aussi raisonner en-dehors des diplômes eux-mêmes. Nous ouvrirons les universités et les laboratoires sur la cité, elles doivent être des lieux d’effervescence intellectuelle, et favoriser les rencontres entre chercheurs et citoyens, développer les conférences pour tout public, amener les classes dans les universités. La culture scientifique et technique est une nécessité pour que les citoyens puissent se saisir des grands sujets scientifiques et technologiques.

En ce qui concerne l’audio-visuel, je suis favorable à une exigence plus forte sur les contenus. Plutôt qu’un contrôle politique comme Nicolas Sarkozy l’a mis en place, je souhaite que le CSA se saisisse du besoin de diffuser plus de programmes culturels et scientifiques. Et ce n’est pas une punition : l’expérience montre qu’il y a un public important pour des émissions scientifiques. Il faut les encourager et les développer.

Mais se limiter à l’audio-visuel serait oublier que beaucoup de gens tirent l’essentiel de leurs information d’internet, de temps passé sur les réseaux sociaux. Il faut donc aussi soutenir les initiatives des associations ou institutions qui développent des contenus adaptés à ces modes d’accès à la connaissance.

Dans un monde de plus en plus complexe et technologique, les citoyens sont bombardés d’offres basées sur un argumentaire scientifique. Certains en profitent et voguent sur ces tendances pour tirer parti de consommateurs peu informés ou en situation de faiblesse, occasionnant au mieux une perte économique, au pire des dommages sur la santé. Le rapport 2010 de la MIVILUDES pointe par exemple les dérives des médecines alternatives dans le traitement du cancer (Rapport annuel au premier ministre 2010, p.129).

>> Dans quelle mesure l’état doit s’impliquer dans la lutte contre ces dérives ? L’éducation scientifique des citoyens est-elle un levier d’action dans ce domaine ?

Cela relève en effet de l’Etat, par la diffusion importante d’informations scientifiques, mais aussi des chercheurs qui doivent être encouragés à participer aux débats publics, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais attention à ne pas développer une science d’Etat, dont on sait à quelles aberrations cela peut conduire. Il faut donc à la fois traquer les mensonges et organiser la pluralité du débat scientifique. L’éducation scientifique est sans nul doute un levier d’action, mais il est insuffisant : le diplôme ne protège pas toujours contre la dérive sectaire.

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