La vision de Sarkzoy pour l’université enfin décryptée ?

Quelques phrases interpellent au détour d’une interview d’Arnold Munich, conseiller scientifique du Président, parue dans Nature en 2010 :

Are the universities ready for this change?

The crucial task is to identify and support the most competitive research universities. Not all teaching universities can also be first-class research universities, so we are encouraging consolidation and mergers.

Les universités sont-elles prêtes pour le changement

Notre tâche première est d’identifier et de soutenir les universités de recherche les plus compétitives. Toutes les universités d’enseignement ne peuvent être aussi des universités de recherche de première classe, donc nous encourageons les consolidations et les fusions.

Dans ces deux phrases, on voit là une esquisse de projet, une vision pour l’université de demain : une dichotomie très claire entre universités faisant de la recherche et universités faisant de l’enseignement. Un peu comme aux Etats-Unis on peut faire la distinction entre « community college » et les Universités proprement dites.

A ma connaissance, jamais le Président lui-même n’a explicitement développé une telle vision. Dans ses discours, Nicolas Sarkozy montre simplement le chemin (concentration des moyens, initiatives d’excellence). Le but, qui tendrait donc à une réorganisation complète du système universitaire, avec au moins deux types très distincts d’universités, n’est jamais clairement souligné, sauf dans cette interview. C’est très dommage, car au-delà de la discussion sur le bien fondé de cette initiative, il s’agit d’une vraie rupture.

Il y a 6 ans (!), Hughes Serraf avait signé ce très intéressant billet sur la vision française de l’université, quasiment au coin de la rue, maillant tout le territoire de façon équivalente. Cette vision a existé de longue date : de mon temps par exemple, les bourses de thèses aux polytechniciens et normaliens étaient données en priorité aux étudiants qui choisissaient d’aller dans les universités provinciales (dans une perspective très « aménagement du territoire »). On imagine également parfaitement que chaque élu local souhaite disposer d’une université proche de sa municipalité, afin de satisfaire la population ne souhaitant (ou ne pouvant) pas financer les études de sa progéniture à l’autre bout de la France. La mobilité étudiante n’est d’ailleurs probablement toujours pas très ancrée dans la culture française – combien d’étudiants brillants préféreront étudier près de chez eux plutôt que de « monter » dans les gros pôles parisiens ? Et si l’on concentre les moyens de recherche dans un certain nombre de pôles au détriment d’un autre, quid des PME dont on voudrait qu’elles collaborent plus avec les chercheurs ? Comment peut-on former à l’innovation par la recherche si seulement une poignée d’universités en font effectivement ? Quid du statut des universitaires, forcément différent dans les universités de recherche et les universités d’enseignement ? (des questions qui correspondent d’ailleurs en partie à ce questionnaire plus ancien de Sauvons l’Université)

On lit très souvent que la réforme universitaire du Président est l’une des seules qui fasse consensus (en bien), à gauche comme à droite. Compte-tenu de toutes ces questions, on peut se dire que c’est probablement parce que les tenants et surtout les aboutissants n’ont jamais vraiment été débattus. Je serais curieux de savoir l’opinion réelle de l’opposition sur le sujet.

Article initialement publié sur Matières vivantes

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