Le système de recherche français en chiffres

Grâce aux PAP (Projets annuels de performance), chaque année au moment du vote du budget nous pouvons savoir si les chercheurs et enseignants ont bien rempli leurs objectifs. Très enrichissant, ces fameux PAP ne sont pas très connus, à l’exception du plus célèbre d’entre eux, les reconduites à la frontière des clandestins (ainsi en 2010, 28000 personnes ont été reconduites à la frontière. Et en 2013, l’objectif chiffré est maintenu à 28000 ; pour rappel en 2008 29796 personnes avaient été expulsées).

Les PAP sont donc une batterie d’indicateurs chiffrés destinés à justifier chaque euro investit par l’Etat. Cette pratique n’a que quatre-cinq ans (le site du ministère explique bien cette politique de « mesure de la performance »). Elle a évidemment bien des défauts, comme toute politique du «chiffre», mais son survol livre tout de même quelques informations.

Les chiffres de la Recherche

Revenons donc à la mission «Recherche et enseignement supérieur», divisée en dix «programmes» (vie étudiante, spatial, culture scientifique…) et une soixantaine de d’ «actions». Les chiffres sont en ligne sur des liens portant le joli nom de « farandole ».

Tout d’abord, miracle des exercices budgétaires, l’enveloppe est en hausse : 25 milliards et quelques (25 183 596 754 exactement), contre 24 milliards et quelques, votés pour 2010 (24 726 352 086). Soit un +1.8%, finalement pas très florissant… (au regard de la priorité affichée et du milliard supplémentaire promis chaque année par le président pendant la campagne par exemple).

Dans le détail on constate une anomalie en contradiction complète avec les affichages gouvernementaux : le budget de l’Agence nationale de la recherche baisse ! Les crédits (de paiement) passent de 840 millions environ à 772 millions environ, soit 8% de baisse. Alors même que le principe de l’agence de moyen est un des piliers des réformes actuelles…

Nos jeunes diplômés

On apprend aussi que la France baisse ses ambitions en matière de diplômes. Dans les PAP de 2007, il était indiqué que le pourcentage d’une classe d’âge ayant un diplôme de l’enseignement supérieur devrait être en 2010 de 50%. Les PAP de 2011 nous informent que la cible n’a pas été atteinte avec 47% d’une classe d’âge. Pire, l’objectif 2013 reste inchangé à 50%…

Au niveau licence, l’échec est encore plus patent. Les PAP 2007 enregistraient 60.5% des étudiants obtenant leur licence en trois ans. Avec un objectif 2010 situé à 65%. Las, le résultat fin 2010 est de 40% et l’objectif 2013 est ramené à 52% ! Autrement dit le ministère ne croit pas à ses propres plans.

Pour être complet, signalons que si l’on tient compte des redoublements on se trouve en 2010 avec 19.8% des étudiants qui sortent avec une licence alors que les PAP 2007 prévoyaient 14%. Où l’on voit que la pédagogie est affaire de temps et de répétition.

Publications mondiales et citations

Grâce au chiffre des publications, on mesure l’absurdité de ces politiques chiffrées. Les PAP 2007 notaient que la recherche française compte pour 2.8 à 3% des publications mondiales. La cible 2010 se situait entre 2.6 et 2.9 % (on savourera la précision). Quatre ans plus tard (et tant de réformes d’excellence après), ce pourcentage est tombé entre 2.2 et 2.6 %. L’objectif 2013 perd sa virgule et le ministère ne vise plus que 2% des publications mondiales. Le déclin est acté… Notons cependant qu’un indicateur est positif, celui des «citations à deux ans», c’est-à-dire un chiffre qui indique si ces publications sont citées par la communauté internationale. Là aussi la précision est remarquable : 0.93 en 2006 et 0.95 à 1 en 2010 ! Hourra, ça monte ! La cible reste néanmoins fixée en 2013 à plus de 0.95.

Les autres chiffres

Je suis aussi tombé sur un truc bizarre. Un indicateur bien connu de l’état de santé de la recherche consiste à compter les brevets déposés par les chercheurs. Cet indicateur existait dans les PAP 2007 (1.2% des brevets européens étaient déposés par des français) mais a disparu dans les PAP 2011 !?! Ne l’ai-je pas trouvé ?

Sinon, entre autres découvertes on apprend que le crédit impôt recherche n’est pas un succès. Son effet levier tant vanté (on attend que pour un euro public, deux, trois euros privés «viennent») est au point mort : il stagne à 1…

On apprend aussi que les brevets ne rapportent quasiment rien à la recherche, environ 1.5 % des ressources des opérateurs (soit 66 millions d’euro environ).

Côté culture, le Palais de la Découverte et la Cité des sciences ont accueillis 3.6 millions de visiteurs.

Bonne exploration !

Article initialement publié sur A la source
Illustration ©© FlicrK : colemama, FREDBOUAINE

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