Pourquoi la recherche fondamentale est-elle fondamentale ?

Au forum économique mondial de Davos, le 26 janvier 2011, le Directeur Général du CERN, Rolf Heuer, prend la parole et nous explique dans son discours que ce n’est pas en persévérant dans la recherche appliquée sur la bougie que l’homme a découvert l’ampoule électrique à incandescence ! C’est bien en faisant de la science fondamentale, en voulant comprendre l’essence même de la nature, que l’homme a mis en évidence la nature de l’électricité et son fonctionnement, sans vouloir à priori trouver un système d’éclairage pour remplacer la bougie ou trouver une nouvelle source d’énergie.

Cette problématique n’est pas nouvelle : Michael Faraday, un des pionniers dans la compréhension de l’électricité, fut à l’époque critiqué au sujet de ses recherches considérées comme « inutiles ». Il aurait répondu à William Gladstone au sujet de l’électricité : « Un jour, on pourra prélever des impôts dessus ». Faraday ne comptait pas si bien dire 50 ans avant la découverte de la lampe à incandescence par Thomas Edison puis de l’utilisation massive de l’électricité dans nos sociétés. Cette petite anecdote  nous permet de nous rendre compte qu’il est extrêmement difficile d’évaluer à un moment donné les retombées futures d’une découverte en recherche fondamentale.

De la recherche fondamentale à son application

Le délai entre la recherche fondamentale et son application peut être très rapide voire instantané comme la découverte des rayons X et de la radiographie par Wihelm Röntgen en 1895. Cependant, ce laps de temps peut être beaucoup plus long : c’est le cas de la découverte du spin des particules (une propriété quantique fondamentale des particules) en 1925 et de l’augmentation des capacités des disques durs en 1997 (spintronique).

Bien évidemment, avant d’utiliser le spin des particules  dans nos disques durs d’ordinateurs, il fallait d’abord inventer l’ordinateur et le disque dur, qui eux-mêmes dépendent de centaines de découvertes fondamentales et il est donc normal que Samuel Goudsmit et George Uhlenbeck, les découvreurs du spin en 1925, ne puissent pas penser aux disques durs…

Ce raisonnement peut paraitre absurde mais il est pourtant important de le mentionner pour comprendre que le monde évolue vite et que de nombreuses applications de la recherche fondamentale peuvent être inenvisageables avec les connaissances de l’époque. Aujourd’hui, nous vivons de plus en plus dans une société de l’immédiateté où tout le monde (politiques incluses) veut voir des résultats immédiats. Il faut bien comprendre que la Recherche ne marche pas de cette manière et que la Science a besoin de temps!

Le 20ème siècle multiplie l’information

Certes la Science d’aujourd’hui va plus vite qu’au 19ème siècle avec les moyens de télécommunications ultrarapides mais la quantité d’information a littéralement explosée et il devient de plus en plus difficile d’appréhender toute la recherche d’un domaine. Aujourd’hui, quand on fait un doctorat, on a besoin d’une année entière (après les 5 ans d’études universitaires réglementaires) pour faire l’état de l’art d’un domaine de la science souvent restreint.

Pour le dire plus simplement : il faut 1 année complète d’étude à un universitaire pour comprendre où en est la science dans un tout petit domaine que seule une poignée de chercheurs comprend vraiment. C’est pourquoi il est important de faire de la recherche dans un environnement pluridisciplinaire car aucun chercheur ne peut maitriser plusieurs domaines, contrairement aux scientifiques d’antan (disons jusqu’à la fin du 19ème siècle) qui cumulaient les fonctions de philosophes, médecins et scientifiques dans tous les domaines (mécanique, optique, thermodynamique…).

Quelques exemples…

ARVA (Appareil de Recherche de Victime d’Avalanches) :  Cet appareil permettant de sauver des vies en cas d’avalanches est basé sur l’émission et à la réception des ondes électromagnétiques découvertes à la fin du 19ème siècle et mises en équation par Maxwell en 1865.

Charpak et sa chambre à fils : Georges Charpak inventa un détecteur de particules bien particulier pour le CERN en 1968 et ce type de détecteur est aujourd’hui utilisé en imagerie médicale pour faire de la radiologie 3D.

L’échographie: Cette technique d’imagerie médicale bien connue des futures mamans est basée sur l’émission et la réception d’ultrasons, ondes sonores découvertes en 1883 par Galton.

Le web : Il ne faut pas non plus oublier que pour faire de la recherche fondamentale, il faut parfois construire des machines très complexes comme des accélérateurs de particules, et que pour construire de telles machines, il faut faire de la recherche appliquée et développer de nouvelles technologies. Un des meilleurs exemples est peut être le WEB : C’est en voulant échanger des informations issues de la physique des particules que Tim Berners Lee a inventé le WEB au CERN en 1989. Aujourd’hui, presque tous les foyers des pays développés l’utilisent.

Article initialement publié sur science-for-everyone.over-blog.com
Illustrations ©© FlickR: David H-W (Extrajection)talibamba

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